L'Action Agricole Picarde 19 janvier 2017 à 08h00 | Par Stéphane Lefever

2016 année particulière : comment rebondir pour l’avenir

L’année 2016 est une année à oublier. Avec un EBE aussi bas, elle laissera des traces pendant plusieurs années. Il est nécessaire d’aller plus loin et d’avancer : une véritable matière à réflexion.

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- © AAP


Comme l’ont rappelé les experts conseil du Cerfrance Somme, lors de l’assemblée générale du 16 janvier dernier, la récolte 2016 est sy­nonyme de rendements très faibles dans la plupart des productions végétales, associée à une mauvaise qualité, les marges brutes ont fait une chute vertigineuse, du jamais vu depuis plus de vingt ans. En plus de cette mauvaise récolte, la chute des prix, notamment en lait, n’arrange pas les choses. Les charges proportionnelles sont moins élevées à l’exception des phytosanitaires et les charges fixes ont sta­gné, le tout dans un contexte économique globalement difficile, voire inquiétant. Une année que l’on veut oublier.


Analyses du blé et du lait
Le blé, ce sont 700 € de marge brute en moins que l’an dernier, mais 850 € de moins sur la dernière période quinquennale, qui est de 1 110 €/ha. Ce sont les mauvais rendements de cette année qui ont détérioré cette marge. Les prix sont extrêmement bas cette année, de l’ordre de 125 € tonne, voire décoté de 10 € en raison de la mauvaise qualité. Un tiers des exploitants avaient souscrit l’aléa climatique avec un coût moyen de 45 €/ha, qui leur a permis de toucher en moyenne 130 €/ha.
Le lait, lui, a connu une chute moins brutale que l’an dernier, mais ce sont encore 30 € de marge en moins. En deux ans, ça fait plus de 80 € de moins les 1 000 litres. Pourtant, la consommation augmente, mais cela n’a pas suffi. Cette forte baisse du prix provient de l’impact des cours mondiaux et de la production des pays européens. Par contre, le coût alimentaire baisse, des efforts ont été faits sur les rations alimentaires, mais pas assez pour maintenir au moins la marge de l’an dernier qui était déjà basse. La marge brute du lait ainsi dégagée, arrive à 141 € con­tre 168 € en 2015, tout en sa­chant que la moyenne quinquennale est à 194 €.
En termes de résultat, pour 2016, l’excédent brut d’exploitation de la Ferme Somme a baissé de 62 000 €, ce qui est «énorme» par rapport à l’an dernier, pour un montant moyen d’EBE de 334 € à l’hectare. Si on se réfère à la mo­yen­ne quinquennale, il est de 770 € à l’hectare. Ceux qui ont diversifié leur assolement cette année ont limité la casse en termes de revenus. Autre fait marquant : les prélèvements privés ont été moins importants qu’à l’habitude (lié à la baisse de l’impôt), les annuités liées aux investissements ont sta­gné. C’est vrai, au cours des six dernières années, quatre ont été plutôt bonnes : 2011, 2012, 2013 et 2015. Et les revenus dégagés ont incité la plupart des exploitants à investir afin de limiter les impacts fiscaux et so­ciaux. D’autre part, le fonds de roulement s’est dégradé depuis trois ans, et cette année à grande vitesse, chose qui n’avait pas été vue depuis plusieurs années. Cette baisse de fonds de roulement se chiffre à plus de 58 000 € en moyenne, alors qu’en 2015, elle était positive de plus de 4 000 €.

Les ratios financiers sont très mauvais
Cette an­née, l’EBE ne suffit pas à faire face aux remboursements de l’ensemble des annuités, ce qui est quasiment normal en raison de cette baisse du revenu économique. Cela en­gendre des ratios financiers hors du commun. En termes d’annuités, le ratio pour la Ferme Som­me est de plus de 100 % (80 % en 2015) en moyenne contre un objectif à maintenir de 40 à 45 %, quasiment plus de 60 %. En ce qui concerne, le taux d’endettement, il est de 70 % (65 % en 2015), alors que l’objectif à atteindre est de 50 %.
Pour finir, le ratio de fonds de roulement sur charges est de 35 % cette année (il était de 43 % en 2015), alors que l’objectif normal devrait se situer autour de 60 %. Ce qui est le plus inquiétant, dans ces ratios financiers, c’est le montant des annuités. A cela, Christian Boddaert, expert conseil à Cerfrance Somme, souligne «qu’au cours de l’année 2016, les investissements ont baissé de plus de 20 % et que les exploitants ont perdu leurs repères depuis plusieurs années, notamment en raison de ces bonnes années qu’ils viennent de vivre.»

Solutions pour 2017
Face à cette baisse de rentabilité, à la situation financière qui se dé­grade, et «même si le climat décide au final des résultats techniques, ce risque peut et doit être géré. C’est pourquoi, il est impératif de réaliser un budget de trésorerie, de faire le bilan de son entreprise, de décapitaliser certains stocks pour avoir de la trésorerie, de regarder les productions qui exigent moins de fonds de roulement, de réfléchir à prendre l’assurance récolte ou pas, sachant qu’elle est faite pour atténuer un coup dur», a rappelé Sébastien Daguenet, expert conseil au Cerfrance Somme. Selon Christian Boddaert, il faut viser «l’efficience», avoir des dépenses pertinentes, effectuer le report des éché­­ances et bien maîtriser sa mé­canisation. Il rappelle que dans le département, en termes de coût de mécanisation, les écarts vont de 230 à 920 € /ha, et cela pour une même culture.

Pilotage au quotidien
Quand on vient de passer une an­née comme celle-ci, c’est là qu’on s’aperçoit que le budget prévisionnel est très important. Bien entendu, comme le rappelle Sébastien Daguenet, «gérer son exploitation avec un budget prévisionnel est indispensable. Le faire, permet de se fixer des indicateurs, que ce soit en phyto, en carburant, etc. En lait, c’est le même processus, il faut dérouler ces factures tous les mois pour suivre et se fixer des indicateurs de production. Il faut augmenter en précision et en rigueur, notamment connaître et anticiper ses coûts et ses prix de revient. On améliore ainsi ce que l’on suit, et cela permet de réagir plus vite.» Ce ou ces budget prévisionnels permettent de se donner l’objectif à atteindre, soit l’équilibre financier annuel.
Dans le cas contraire, il faudra identifier les moyens d’actions à mettre en place. Christian Boddaert nous rappelle «qu’investir pour les prélèvements obligatoires n’est pas forcément la meilleure chose. Il faut avant que ces investissements créent de la valeur ajoutée, c’est-à-dire, qu’ils viennent réduire le coût de production ou qu’il soit nécessaire pour une nouvelle production. Les cotisations sociales ne sont jamais à 100 %. Elles varient entre 30 et 50 % des prélèvements obligatoires. Attention de ne pas tomber dans le piège.»
Après une année comme celle-ci, il est impératif de se constituer des réserves financières, soit sous la forme d’épargne classique, de dé­duction pour aléas ou encore d’optimiser par le biais de l’impôt sur les sociétés qui permet de se garder du résultat et qui servira en cas de coup dur. Et de revenir à des annuités sur EBE plus raisonnables, de l’ordre de 40 à 45 %, pour pouvoir se reconstituer du fonds de roulement. Sinon, ce ne sera pas possible.

Cerfrance Somme en chiffres

L’association de gestion et de comptabilité (AGC) compte 6 890 adhérents

3 498 agriculteurs (- 0,55 %)
2 070 commerçants et artisans (+ 5,1 %)
186 professions libérales (+ 12 %)
1 135 particuliers (- 2,24 %)

Le groupe de Cerfrance Somme a réalisé en 2016 80 000 fiches de paie
1 105 déclarations Pac

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