L'Action Agricole Picarde 21 février 2020 à 06h00 | Par Vincent Fermon

2020, la riche année de Cobévial

La coopérative vise un objectif de commercialisation de quelque 400 000 porcs charcutiers en 2020 et annonce la création d’une société de transport pour écraser ses charges.

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L’amélioration des cours s’est accompagnée en 2019 d’une légère augmentation du poids moyen des animaux abattus, mais le jeu est risqué selon la Cobevial.
L’amélioration des cours s’est accompagnée en 2019 d’une légère augmentation du poids moyen des animaux abattus, mais le jeu est risqué selon la Cobevial. - © D. R.

Après plusieurs années de prix jugés trop faibles par les éleveurs de porc, le cours moyen du porc français constaté en 2019 (1,496 €/kg) a visiblement «fait du bien», selon les mots du directeur de la Cobevial, Eric Bettens. Devant une assemblée d’éleveurs adhérents à la coopérative, le 28 janvier, à Amiens, il est revenu sur les chiffres de la filière porcine en France, en Europe, mais aussi sur les abattages en région Hauts-de-France, comme ailleurs. «Ce sont des cours que l’on n’avait pas connu depuis 1992, poursuit M. Bettens. Cela fait du bien après dix années un peu compliquées». Néanmoins, la situation aurait pu être plus confortable si certains industriels n’avaient pas tardé à répercuter l’amélioration des cours sur leurs prix d’achats aux éleveurs. Finalement, toujours selon la Cobevial, «ce n’est qu’à partir de septembre qu’on a en vu l’effet». Ailleurs en Europe, les cours du porc se sont situés à 1,34 €/kg en Espagne, 1,46 €/kg en Allemagne, 1,48 €/kg au Danemark ou encore 1,77 €/kg aux Pays-Bas. Par rapport à 2018, l’embellie des cours en 2019 se chiffre autour de 20 %. Qu’en sera-t-il en 2020 ?
Difficile aujourd’hui de prédire quels seront les effets du coronavirus qui frappe la Chine depuis plusieurs semaines ainsi que ceux de l’épidémie de peste porcine africaine (PPA) qui reste aux portes de l’Allemagne.

Objectif 400 000 porcs charcutiers en 2020
Retour en France, au sein de la zone Uniporc, où cette amélioration des cours s’est accompagnée en 2019 d’une légère augmentation du poids moyen des animaux abattus. Ce poids moyen s’est affiché à 95,52 kg contre 94,91 kg. Une situation qui n’est pas sans risque : «Avec des cours élevés, les éleveurs sont tentés d’aller chercher des kilos de carcasse supplémentaires, constate le directeur de Cobevial, mais c’est dangereux parce que le marché continue de demander des animaux plus légers». Globalement, le volume abattu par Cobevial augmente, «même si le volume n’est pas une fin en soi», a défendu Eric Bettens : en 2019, Cobevial a ainsi fait abattre quelque 397 118 porcs charcutiers en 2019 contre 380 935 en 2018 et 379 509 en 2017. Son objectif pour 2020 est d’atteindre la barre des 400 000, en priorisant le marché intérieur. En porcelets, la coopérative passe de 41 284 à 45 757 en 2019. S’y ajoutent 4 168 cochettes, 13 verrats de reproduction et 8 137 coches de réforme. Si les volumes abattus dans le cadre de la démarche VPF et Porc d’antan sont en légère baisse, la Filière qualité carrefour (FQC) progresse, comme la gamme Porcilin, le porc bio, et les filières tracées. Pour le marché de la cheville, les démarches Porc des Hauts Pays (PHP) et Omega 3 sont stables. Pour résumer l’activité porcine de Cobevial, son président Hervé Drouvin insiste sur l’intérêt de la diversité des débouchés : «On a besoin des filières régionales, du marché national mais aussi de l’export. Cela nous permet de ne pas être dépendant d’un seul débouché».

Ecrasement des charges
Parmi les projets à court terme de Cobevial, la coopérative annonce la création d’une entreprise de transport bovin «comme on l’a fait en porc», détaille Eric Bettens. Cette nouvelle entité est créée en partenariat avec Bovi 2000 et aura son siège à Siracourt. «Cette société sera chargée de ramasser des animaux pour la Cobevial, pour Bovi 2000, mais aussi pour des tiers», explique le directeur de la coopérative, avec un potentiel d’animaux collectés compris «entre 65 000 et 70 000 bovins la première année». Pour la coopérative, l’idée d’externaliser le transport des bovins collectés pour ses adhérents n’est pas nouvelle : «Nous avions déjà tenté il y a trois-qautre ans avec d’autres opérateurs, mais cela n’a pas abouti, regrette Hervé Drouvin. Cette fois-ci, les choses sont allées vite. Nous restons convaincus qu’il y a des charges à écraser».


Alliance, le groupe à l’appétit insatiable

Si le résultat d’exploitation de 2019 de la Cobevial est qualifié de «plutôt bon» pour ses responsables - il pourrait s’agir de l’un des trois meilleurs exercices sur les dix dernières années -, qu’en est-il du groupe Alliance ? Pour le président de son conseil de surveillance, Hervé Drouvin, les choses sont relativement simples : «Le groupe continue d’accroître ses activités». En témoigne les dernières acquisitions réalisées dans le secteur agroalimentaire : «Chaque année, détaille M. Drouvin, on analyse une vingtaine d’entreprises en vue d’une acquisition... ou pas». Au cours des douze derniers mois, plusieurs sociétés sont entrées dans le giron du groupe à l’exemple de Charcuterie du moulin ou Sauvage Viande. «Sauvage Viande est une entreprise dont le chiffre d’affaires progresse et pour laquelle on considère qu’il y a encore du potentiel de développement. Son activité peut encore progresser sur le segment des viandes locales et nous sommes d’ores et déjà en train de regarder comment nous pourrions agrandir l’usine. Enfin, il y a une activité découpe et transformation hâchée qui nous intéresse, avec un savoir-faire».
D’autres entreprises ont vu la participation du groupe Alliance augmenter au sein de leur capital. C’est le cas par exemple de l’entreprise Touquet Savour dont Alliance est devenu l’actionnaire majoritaire il y a quelques jours. «Touquet Savour est une maison que nous connaissons tous, reconnue sur le plan national. Nous continuons de croire en son activité», rappelle Hervé Drouvin. Et d’annoncer que d’autres acquisitions sont dans les cartons : «Dans les trois mois qui viennent, il pourrait y avoir de nouveaux dossiers, dans le secteur de la charcuterie, mais pas seulement, mais aussi à l’international».

Baisse de consommation et véganisme : «ne pas avoir peur»

Au sein de la Cobévial comme du groupe Alliance, pas question de se voiler la face quand il s’agit d’évoquer la consommation de viande en France : «On le voit, c’est clair, elle est en baisse», constate Hervé Drouvin. En 2019, la baisse est de 5,8 % en porc frais (hors haché), de 3,1 % en bœuf (hors haché), de 0,5 % pour les charcuteries ou encore de 2,6 % pour le seul jambon.  Pour autant, pour le président de Cobevial, pas question de noircir le tableau : «On ne mange plus de viande tous les jours mais les chiffres ne sont pas si négatifs si l’on considère l’échelle mondiale. D’ici une vingtaine d’années, la consommation globale de viande va augmenter en même temps que la population mondiale, même s’il faut s’attendre aussi à une augmentation de la consommation de steak végétal, des viandes in vitro...». Pour un certain nombre de marques et d’enseignes, «proposer une gamme végétale est devenue une obligation», poursuit M. Drouvin. Et d’estimer que d’ici 2040, «la viande in vitro pèsera 25 à 30 % de la consommation totale». Eric Bettens démontre quant à lui la «facilité» avec laquelle des entreprises nouvellement créées se développent. Une illustration ? Le 22 janvier dernier, la start-up américaine Memphis Meat, spécialisée dans la viande in-vitro, a annoncé avoir levé 161 millions de dollars, doublant d’un seul coup le total des sommes jamais investies dans ce secteur. Basée à Berkeley, en Californie, l’entreprise veut utiliser cet argent pour construire une usine de production, étoffer ses équipes et lancer ses différents produits sur le marché (viande de bœuf, de poulet ou de canard). Memphis Meat travaille actuellement avec diverses agences sanitaires pour obtenir le feu vert à leur commercialisation. Selon l’organisme promouvant les alternatives à la viande et au poisson, The Good Food Institute, l’argent levé par Memphis Meat dépasse tous les investissements réalisés dans la viande in-vitro. Elle est emmenée par les sociétés d’investissement SoftBank, Norwest et Temasek. Plusieurs personnalités y ont aussi participé, dont Richard Branson, Bill Gates et Kimbal Musk, ainsi que les géants de l’agroalimentaire Cargill et Tyson Foods. Le premier burger «in vitro» conçu à partir de cellules souches de vaches par un scientifique néerlandais de l’université de Maastricht, Mark Post, a été présenté en 2013 et plusieurs start-ups se sont depuis engouffrées sur le créneau.

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