L'Action Agricole Picarde 29 juillet 2020 à 14h00 | Par Vincent Fermon

A l'Assemblée nationale, députés et ministre se fritent autour de la betterave

Montré du doigt par une élue de l'Assemblée nationale pour sa gestion de la jaunisse qui touche la production betteravière française, le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie invite les parlementaires à proposer un texte de loi pour revenir sur l'interdiction des néonicotinoïdes.

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La députée du Loiret, Marianne Dubois, le 17 juillet dernier, lors d'une visite de terrain pour constater les dégâts de la jaunisse dans les parcelles de betteraves de son département.
La députée du Loiret, Marianne Dubois, le 17 juillet dernier, lors d'une visite de terrain pour constater les dégâts de la jaunisse dans les parcelles de betteraves de son département. - © Twitter

Après la filière lin la semaine dernière, c'était au tour de la betterave de s'inviter sur les bancs de l'Assemblée nationale ce mardi 28 juillet lors de la séance des questions au gouvernement.

Députée (LR) de la 5ème circonscription du Loiret, Marianne Dubois a fait état de la situation « catastrophique » de la production betteravière dans son département avant d'étendre son propos à la France betteravière dans son ensemble. Adressant sa question au Premier ministre, c'est au ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie qu'est revenue la responsabilité de lui répondre : « Depuis trois semaines, je travaille d'arrache-pied pour trouver une solution », a-t-il dit. Et d'assurer l'Assemblée nationale que « le secteur de la betterave est un élément de souveraineté alimentaire. Jamais, jamais, jamais (sic), je ne l'abandonnerai ».

Quelques minutes plus tôt, la députée Dubois avait fustigé « la mise à mort d'une filière toute entière, sciemment organisée par les gouvernements successifs ». Dans la région Centre-Val de Loire, où elle est élue, « 100% des plantations de betteraves sont touchées par la jaunisse ». « Certains agriculteurs ont appliqué jusqu'à 6 traitements insecticides sans résultat », a-t-elle décrit. Avant de chiffrer la perte pour les agriculteurs à « 1 000 euros par hectare », et de craindre « à terme l'abandon de la production, des fermetures de sucreries... »

Une réponse « législative » ?

Mais pour le ministre de l'Agriculture, la responsabilité de l'impasse dans laquelle se trouve la filière betteraves n'est pas au gouvernement, mais au parlement : « Le pouvoir exécutif ne peut pas changer la loi si ce n'est pas le pouvoir législatif qui le fait », a-t-il dit. « Le gouvernement actuel est en train de mettre en application une loi votée en 2016 », a défendu Julien Denormandie, faisant référence à la loi Biodiversité portée à l'époque par... Barbara Pompili, aujourd'hui ministre de la Transition écologique. C'est ce texte qui interdit les néonicotinoïdes depuis septembre 2018.

En résumé, selon le ministre Denormandie, seul un nouveau texte de loi autorisant l'utilisation des néonicotinoïdes pour l'enrobage des semences de betteraves pourrait remettre en cause la loi votée en 2016. Or, a fulminé le ministre de l'Agriculture à l'adresse de la députée Marianne Dubois, « elle est où, la proposition de loi que vous auriez dû déposer depuis quatre ans pour dire aux Français: "On veut revenir sur les néonicotinoïdes"».

Une proposition de texte à la rentrée

Député (LR) de la 3ème circonscription de la Somme, Emmanuel Maquet assurait le mardi 27 juillet, à l'issue des questions au gouvernement, être « prêt » à soutenir une future proposition de loi allant dans le sens indiqué par Julien Denormandie : « Nous sommes tous d'accord pour réduire l'utilisation de produits phytosanitaires quand ils sont nocifs pour l'agriculture, mais en ce qui concerne la betteraves et les néonicotinoïdes, des experts nous expliquent qu'il n'y a pas de danger. Cette interdiction est une aberration qu'il faut rattraper. Mais en attendant que des solutions alternatives soient trouvées, on ne peut pas laisser la filière betterave se fragiliser ».

Concernant le reproche adressé par le ministre de l'Agriculture aux parlementaires, Emmanuel Maquet dit avoir « entendu le message » : « Le ministre nous a tendu une perche en demandant à ce qu'une proposition de loi soit déposée. Nous allons travailler dans ce sens pour qu'un texte soit déposé à la rentrée, mais il faudra ensuite que celui-ci soit débattu et adopté par la majorité... »

Quatre régions apportent leur soutien à la filière

Cet après-midi, le mercredi 29 juillet, les Régions Hauts-de-France, Grand-Est, Normandie et Ile de France apporteront leur soutien à la filière betteraves en organisant une conférence de presse par visioconférence, avec la participation du président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), Frank Sander.

Representant la grande majorite de la production française de betteraves, ces trois régions entendent interpeller le gouvernement sur la possibilite d’utiliser, via une derogation temporaire, des protections en enrobage de semences pour les prochains semis, ainsi que la mise en place d’un dispositif d’indemnisation pour soutenir les planteurs ayant subis de graves pertes de rendements.

Compte-rendu de cette réunion à lire très bientôt sur le site de l'Action Agricole Picarde.

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