L'Action Agricole Picarde 30 août 2018 à 06h00 | Par Bruno Osson (Gnis)

Adapter son système fourrager aux contrastes climatiques

En cette fin du mois d’août, il est opportun de faire le point sur les solutions pour remédier au manque de fourrages à court terme, mais aussi de penser à des solutions plus sécurisantes à long terme.

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C’est la climatologie de l’année qui va ensuite déterminer les espèces qui vont dominer.
C’est la climatologie de l’année qui va ensuite déterminer les espèces qui vont dominer. - © © Gnis


2018 restera dans les mémoires comme une année fourragère difficile : un hiver doux, qui a entraîné un réveil précoce de la végétation, puis un coup de froid, quelques jours à - 8°C, qui a fait des dégâts chez certaines graminées rendues sensibles par le fait que leur dormance était levée.

Enfin, dans un contexte de déficit en eau s’est ajoutée une période de canicule avec des «pointes» à 36°C. Tout ceci a entraîné non seulement un arrêt de la production, mais aussi de la mortalité de plantes dans les flores mal adaptées. Le surpâturage a également été préjudiciable.

Le sursemis de prairie
En ce qui concerne les prairies, ce contexte de plantes en souffrance est tout à fait favorable au sursemis. Il est important de rappeler les dix règles à respecter pour réussir. La première est d’intervenir sur une végétation rase. La seconde est d’ouvrir le sol avec un outil à disques ou à dents. La troisième est de loger la graine dans le minéral (et non dans la matière organique de surface). La quatrième est de semer à 1 cm de profondeur. La cinquième est de plomber le semis avec un rouleau ou le piétinement des animaux quelques jours après le semis.
La sixième est de surveiller la levée et de faire pâturer si la repousse risque d’étouffer le jeune semis. La septième est de choisir des espèces rapides d’installation telles que le ray-grass anglais et le trèfle blanc pour le pâturage, le ray-grass hybride pour la fauche ou le pâturage, avec éventuellement du trèfle violet. La huitième est la suivante : le sursemis avec d’autres espèces est aussi possible, mais l’implantation est plus lente. Il faudra alors surveiller davantage. La neuvième est de ne pas amener d’azote avant que les jeunes plantules ne soient pas bien développées. Enfin, la dernière concerne l’agrostide stolonifère, qui est souvent préjudiciable aux jeunes plantules mais, cette année, elle a elle-même souffert de la sécheresse.

Choix des espèces et variétés
L’utilisation d’une espèce pure permet de conduire la parcelle selon les stades physiologiques, mais face aux contrastes climatiques, l’association de plusieurs espèces permet de mieux faire face aux aléas. C’est la climatologie de l’année qui va ensuite déterminer les espèces qui vont dominer : année sèche ou pluvieuse, chaude ou plus tempérée.  Pour aider au choix des espèces, un outil d’aide à la décision est disponible sur www.prairies-gnis.org, de même qu’une réglette offerte sur simple demande faite au Gnis.
L’utilisation d’espèces mélangées présente donc des intérêts avec deux possibilités : achat de semences déjà mélangées ou achat d’espèces pures que l’éleveur mélange alors lui-même. Il faut être rigoureux sur le choix des variétés : pour ce faire, le Gnis met à la disposition de tous, le site internet www.herbe-book.org, qui informe sur leurs caractéristiques, et qui permet d’ordonner ses critères prioritaires.
Pour concevoir son mélange en tenant compte du PMG (poids de mille grains), un calculateur de dose  de semis est en ligne sur www.herbe-actifs.org, de même qu’une application pour smartphone : le calculateur pour les mélanges prairiaux.
Dans le cas d’achat d’espèces déjà mélangées, l’AFPF (Association française pour la production fourragère) a créé le label France prairies, qui garantit l’utilisation pour le mélange des variétés les mieux notées et la pertinence de leur mélange face à une situation définie. Ces semences sont reconnaissables grâce à leur logo.

Cultures dérobées fourragères
Pour faire face au manque de fourrages, de nombreuses espèces sont utilisables. Pour les choisir, huit questions clés sont à se poser : à quelle date se libère la parcelle ? Est-ce que la parcelle se trouve près de la stabulation ou d’une prairie que les animaux connaissent bien ? Quel est le mode de destruction du couvert envisagé ? Quelle sera la culture suivante ? Pour quelle utilisation ? Pour quelle période d’utilisation ? Pour quelles contraintes pédoclimatiques ? Y a-t-il d’autres objectifs que fourrager : agronomique, environnemental, cynégétique, mellifère, autre… ?

Et pour les années futures ?
Il est important de remarquer l’excellent comportement de la betterave fourragère qui, même d’apparence fanée, a une excellente faculté de récupération et de compensation face à la sécheresse et la chaleur.
Parfois même, on peut avoir recours à des espèces que l’on croirait peu adaptées dans les Hauts-de-France, comme le sorgho qui est intéressant notamment derrière des pois, du méteil.
On peut aussi évoquer l’aménagement de quelques parcelles par l’implantation d’arbres, de haies, de pré-vergers afin de constituer des zones de confort pour les périodes de chaleur.
Le monde des semences présente une grande diversité d’espèces et de variétés, qui continue de croître pour répondre à l’évolution des besoins de l’élevage et au contexte pédoclimatique. A chacun d’exploiter cette richesse en raisonnant ses choix, l’implantation et la place dans la rotation et l’exploitation.

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