L'Action Agricole Picarde 31 octobre 2018 à 15h00 | Par Florence Guilhem

Aviculture : top départ pour le poulailler d’Hailles

Ce mardi, avec l’arrivée des poules dans leur nouveau poulailler, sur les hauteurs d’Hailles, Loïc et Florent Dumoulin vont enfin pouvoir se lancer dans la production d’œufs de plein air.

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Arrivées lundi 29 octobre dans la nuit, les 39 500 poules ont été déchargées à potron-minet le 30 octobre.
Arrivées lundi 29 octobre dans la nuit, les 39 500 poules ont été déchargées à potron-minet le 30 octobre. - © Florent Dumoulins

Mardi 30 octobre, cinq heures du matin. Ce n’est pas Paris qui s’éveille, comme le dit la chanson, mais 39 500 poules, âgées de dix-sept semaines et de race Bovans, qui arrivent par camion dans leur nouveau logis, un bâtiment d’élevage flambant neuf, à Hailles, achevé la semaine du 22 octobre, après cinq mois de travaux.
La salle principale d’élevage, d’une superficie de 3 700 m2, se compose de trois rangées de pondoirs, avec 2,6 km de perchoirs et 210 m2 de nids, ainsi que de deux jardins d’hiver de 3,75 m de large, avec 1 175 m2 de balcons. Sans oublier 16 ha de parcours enherbé pour que ces demoiselles puissent gambader tout leur soûl. Mais avant de goûter au plein air, elles resteront confinées pour un temps d’acclimatation, soit quatre semaines, date à laquelle elles commenceront à pondre.
Depuis la désinfection du bâtiment et l’importation de flores de barrière, une semaine avant l’arrivée des gallinacés, Loïc et Florent se sont activés pour réaliser les derniers réglages. «Enfin, on arrive au bout», dit Florent Dumoulin, même si tout ne fait que commencer, en réalité. Mais la présence des poules sonne bel et bien le début de l’activité.
«Il faut vraiment avoir le moral», ajoute Loïc Dumoulin, après avoir attendu presque deux ans et demi pour pouvoir se lancer dans la production d’œufs de plein air, et avoir affronté une controverse autour du projet, considéré comme gigantesque par les médias, et assimilé à la Ferme des mille vaches. Mais la polémique s’est dégonflée comme une baudruche, la consultation publique n’ayant fait l’objet d’aucune observation majeure, et aucune opposition ne s’est manifestée dans le village.

Un marché porteur
Ce projet, ils y pensaient depuis juin 2016. Le coup d’accélérateur a été donné en 2017, après deux mauvaises années de moisson consécutives. Les 93 ha cultivés (betterave, colza, blé et maïs) suffiront-ils pour assurer la viabilité économique de l’exploitation ? Rien de moins sûr, se disent alors les deux frères. Pour sortir de l’ornière et dégager un revenu supplémentaire permettant à Florent de revenir sur la ferme, la solution, pensent-ils, est de se lancer dans la diversification de leur activité agricole.
Entre un marché de l’œuf alternatif offrant de réelles opportunités, et ce, d’autant plus avec la fin de la commercialisation d’œufs issus de poules élevées en cage à l’horizon 2022, et l’expertise que peut leur apporter leur père, Claude, ancien directeur général de Matines et gérant de l’ancien poulailler collectif de Framicourt, les deux frères décident de se lancer dans la production d’œufs de plein air, après avoir hésité un instant avec celle d’œufs bio.
Outre l’impératif de créer une nouvelle société dans le cadre d’une production en bio, l’autre facteur rédhibitoire a été économique. La croissance de la production d’œufs bio est supérieure à celle de la consommation, même si la demande existe et se développe. «Cela risque de faire mal à un moment», prévoit Claude Dumoulin. Enfin, les fientes issues du poulailler auraient dû être revendues dans la filière bio uniquement, et n’auraient pu être épandues sur leurs terres. Exit donc le projet d’œufs bio.

Environnement
et bien-être animal
Qui dit bien-être animal, dit d’abord respect du cycle naturel. L’ouverture des nids est prévue à 4h30 du matin. Une demi-heure plus tard, la lumière est allumée dans le bâtiment. A 5h15, la nourriture, composée à 65 % de céréales, est distribuée. Suit la collecte des œufs à partir de 8h. Les trappes sont ensuite ouvertes à 10h pour que les poules puissent sortir. Un deuxième passage pour distribuer la nourriture est réalisée à 11h. Autre nourriture : deux variétés d’herbes (ray-grass et trèfle), semées dans le parcours extérieur pour diversifier leur alimentation
Le retour des poules dans le bâtiment se fait le soir, en fonction du crépuscule. «On ne fermera les trappes que lorsque toutes les poules seront rentrées. Une fois toutes dedans, on éteindra la lumière progressivement pour leur permettre d’aller se percher. En procédant de la sorte, on respecte leur cycle naturel», précise Loïc Dumoulin.
Pour que les poules aient les meilleures conditions de vie possibles, le bâtiment répond à la norme Kat - norme supérieure aux normes européennes -, qui impose notamment un parcours extérieur couvert et grillagé, ainsi que 3 % de lumière naturelle dans le bâtiment. En termes d’espace par poule, chaque poule dispose de 4 m2 en surface dans le parcours extérieur et 9 m2 en intérieur, dans la volière. De quoi prendre ses aises. Le bâtiment est également équipé de capteurs multiples pour surveiller l’hygrométrie, la pression de l’air, la température, les rations d’eau et de nourriture, etc., ainsi que deux balances pour suivre le poids moyen des poules.
Par ailleurs, pour les plus chétives ou qui subissent les coups de leurs congénères, une infirmerie a été mise en place, avec accès à l’alimentation et à l’eau. Une cinquantaine de poules peuvent y être accueillies le temps de se refaire une santé. «Une fois qu’elles se sont remises, on les relâche de nouveau, car il est hors de question de les mettre en quarantaine et de les confiner dans cet espace», précise Loïc Florent.
Sur le plan environnemental, les fientes séchées seront stockées dans un bâtiment fermé et hermétique. Aucun rejet dans l’environnement n’est donc à craindre, pas plus que des nuisances d’insectes, de ravageurs ou  autres. Deux fosses récupéreront les eaux de lavage lors du vide sanitaire. Enfin, pour ce qui est du trafic généré par l’activité, quatre passages de camions sont prévus. Ces derniers emprunteront la route d’Hailles - Castel, limitant ainsi au maximum le passage dans le village.
Les onze millions d’œufs attendus par an seront commercialisés par Matines. Avec un marché au beau fixe, le début de l’activité s’annonce sous de bons auspices. Seule ombre au tableau : l’attente des aides PCAE à l’investissement, dont ils sont sans nouvelle.

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