L'Action Agricole Picarde 28 mai 2015 à 08h00 | Par François Magnier

Betteraves : négocier le virage de l’après quota

L’association syndicale betteravière de la Somme (Asbs) a tenu son assemblée générale annuelle le 22 mai, plus de 130 participants avaient ainsi répondu à l’invitation de Dominique Fievez, président. Trois temps principaux ont marqué cette assemblée : le bilan de la campagne betteravière dans la Somme, les enjeux de l’après quota, et une table ronde sur les pulpes et son avenir.

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Pour l’après quota, la CGB plaide pour un accord cadre interprofessionnel, avec des déclinaisons par «contrat-type» entre chaque industriel et chaque planteur.
Pour l’après quota, la CGB plaide pour un accord cadre interprofessionnel, avec des déclinaisons par «contrat-type» entre chaque industriel et chaque planteur. - © AAP

2014 : dans la tendance
L’année betteravière 2014 s’est inscrite dans la tendance des deux dernières décennies : avec 41 777 hectares cultivés et 37,2 millions de tonnes produites, c’est un rendement moyen de 90,6 T/ha ramené à 16° qui conclut l’exercice. En hausse de 3% sur l’exercice 2013, ce rendement s’inscrit surtout dans la continuité du progrès technique : en moyenne, depuis vingt ans, le rendement betteravier progresse de 1,32 tonne chaque année dans le département (cf. graphique évolution des rendements). Les débouchés portent à 63,2% sur le sucre (quota et travail à façon), 23,9% sur l’alcool/éthanol, 4,8% sur l’industrie chimique, 8,4% sur l’export, et, chose exceptionnelle, presque 1% en report.
Côté process industriel, le déterrage atteint l’an dernier le seuil de 91%, avec l’élargissement au périmètre Cristal Union (ex SVI).
La projection sur 2015 marque un repli des surfaces de 6,8%, pour se situer autour de 38 900 hectares, niveau comparable à la moyenne des campagnes 2010-2011-2012.
Concernant la recette à l’hectare, celle-ci s’effrite sur deux pans : la chute des cours de sucre met un terme à la redistribution de suppléments de primes (sur le quota) au titre de l’accord interprofessionnel (supplément qui avait frôlé 14 €/T en 2014, pour redescendre à 4 -8 € en mars 2015, et être nul en 2016» ; par ailleurs, la chute des cours du pétrole entraîne dans son sillage les alcools/éthanols et autres débouchés alternatifs, dont la valorisation 2014 reviendra à 20 – 22 €/T, contre 24 en 2013 et 26 en 2012. Au final, en deux ans, le prix de la betterave aura perdu près de 15 € /T en moyenne, pour une recette betteravière de l’ordre de 2 300 €/ha (valorisation pulpes incluses).

2017 : les clés de l’après quota
Eric Lainé, président de la CGB, a présenté les axes défendus par le syndicalisme betteravier pour l’après quota. La position repose sur deux piliers principaux : un accord cadre interprofessionnel, avec des déclinaisons par «contrat-type» entre chaque industriel et chaque planteur. Pour appuyer la position des producteurs, la CGB met en avant les résultats de l’observatoire des prix de la betterave, qui fait une projection de la répartition du prix à hauteur de 56% pour l’industriel et 44% pour les planteurs sur une tonne de sucre à 404 €. La CGB compte maintenir cette extrapolation au-delà de 2017, et cela aboutit, en fonction du cours du sucre, à une valorisation connue (voir tableau).
Par ailleurs, la CGB estime qu’il demeure possible de progresser en coût de fabrication. Il est en effet de 190 €/T de sucre en France (pays européen où il est le plus élevé) à comparer à 162 €/T en Allemagne ou 134 €/T en Belgique. Cette performance peut être améliorée avec la durée de campagne, et éventuellement un écrasement par un volume supplémentaire si les industries françaises captent de nouveaux marchés.
En résumé, la CGB reste fidèle à ses principes : un partage de la valeur ajoutée et une stratégie de filière concertée.

- © AAP

Quel avenir pour les pulpes ?

Dominique Fiévez avait organise une table ronde sur la pulpe, éclairée par Etienne Lénaerts, directeur de l’Asbs mais aussi de la Sica de déshydratation d’Epenancourt, Serge Faller, directeur de Désialis, et Guillaume Ponsin, betteravier dans la Marne.
Longtemps mise au second plan de la filière betteravière, la pulpe prend une place à part entière dans l’économie de cette filière.
En effet, dans le sillage des autres matières premières alimentaires des élevages, la pulpe de betterave consolide ses parts de marché.
Et lorsque les planteurs éleveurs voient son prix maintenu, voire baissier en droits (passant de 13 à 10,5 €/T), la valorisation progresse hors droit (passant de 12 à 16 €/T) net départ.
Cette branche, pour la filière betteravière, reste fortement dépendante de l’énergie et du cours des céréales.

Rester à l’affût pour exporter
Selon Serge Faller, directeur de Désialis, les marchés de la pulpe sont amenés à bouger : chaque pays a ses débouchés «de prédilection», comme par exemple la Belgique pour les industriels français, alors que l’Allemagne exporte davantage vers les Pays-Bas. Au niveau mondial, les besoins vont s’accroître dans plusieurs bassins de consommation. Ainsi, la préservation des ressources en eau dans les pays du Moyen Orient risque d’accroître leurs importations de fourrage. Par ailleurs, dans le triangle Chine – Corée – Japon, la Chine va passer du statut d’exportateur au statut d’importateur.
Au final, si certains bassins de production vont progresser (et on peut extrapoler à une fourchette de 2 à 2,5 millions de tonnes), la consommation devrait absorber ces volumes, charge à la France de défendre ses parts de marchés en restant à l’affût pour exporter, mais aussi en évitant au maximum l’effet d’importation.

Méthanisation
Dernière voie de valorisation, en (début de) développement, la méthanisation. Bien que parfois crainte par les éleveurs comme une concurrence dangereuse, la pulpe (ou la betterave entière) s’avère être un élément intéressant pour la méthanisation.
C’est ce qu’a montré Guillaume Ponsin, agriculteur à Vaudemange (51), qui a réalisé une installation de méthanisation. Si la pulpe est intéressante, elle ne peut néanmoins pas être la seule source d’approvisionnement pour que le méthaniseur exprime un potentiel correct et régulier. Et Guillaume Ponsin de pointer les faiblesses de la filière en France, allant du soutien à l’élevage au tarif de rachat.

- © AAP

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