L'Action Agricole Picarde 09 août 2017 à 08h00 | Par Anthony Uijttewaal (Arvalis - Institut du végétal)

Bien rythmer les coupes dans une luzernière

Comment procéder pour obtenir des fourrages de bonne qualité ?

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Le choix de la date de la première coupe est crucial.
Le choix de la date de la première coupe est crucial. - © S. Leitenberger

Un rythme de quatre coupes par an optimise le rendement, la qualité des fourrages produits et la pérennité des luzernières. La première coupe aura lieu au début, bourgeonnement à bourgeonnement. Puis, la récolte des repousses se fera tous les trente à quarante jours, en ménageant une floraison (viser le stade début floraison est suffisant) au moins une fois par an afin que la plante reconstitue ses réserves. Les essais récents menés par Arvalis - Institut du végétal, montrent que cette exploitation des luzernes permet d’obtenir régulièrement des fourrages de bonne qualité (> 0,75 UFL/kg MS et > 18 % MAT en vert).
Le rendement d’une coupe de luzerne augmente d’autant plus que le stade de récolte est retardé… Sauf que, dans le même temps, la valeur alimentaire du fourrage chute, l’optimum étant généralement obtenu au stade début de bourgeonnement (figure 1). C’est donc à ce stade que doit avoir lieu la première coupe. Cette date permet de produire un fourrage de bonne qualité pour une luzerne destinée à être ensilée ou enrubannée.
Une telle stratégie pénalise un peu le rendement de la première coupe, mais permet de récolter la deuxième coupe avant le déficit hydrique estival, ce qui contrebalance le moindre rendement en première coupe.

Le 15 mai, une date pivot
Le choix de la date de la première coupe est donc crucial. Dans les conditions françaises, le 15 mai constitue une date pivot. Avant, il est possible de récolter des fourrages de très haute valeur nutritive avec des rendements corrects. Au-delà, plus la fauche est retardée, plus le rendement de la première coupe est important, mais plus la concentration énergétique et azotée du fourrage devient insuffisante pour les animaux à besoins élevés. Par ailleurs, les risques de verse deviennent très importants. Lorsque le fourrage est versé, les pertes à la fauche peuvent atteindre près de 20 % de la biomasse sur pieds. Les résidus laissés pénaliseront également la qualité de la coupe ultérieure.
Un bon compromis, ménageant la quantité et la qualité, consiste à récolter le premier cycle entre le 10 et le 20 mai. Pour les régions de montagne, ces dates peuvent facilement être décalées d’une dizaine de jours, voire plus selon l’altitude. Pour la zone méditerranéenne, il faut au contraire les avancer de presque deux semaines. Ces dates sont des repères et le réajustement annuel doit se faire avec l’observation de la végétation, car c’est le stade qui dicte l’exploitation (figure 2) !
Les coupes suivantes sont également déterminantes pour assurer la pérennité de la luzernière. Lorsqu’elles sont trop fréquentes, elles ne permettent pas à la plante de reconstituer ses réserves racinaires. Les expérimentations indiquent qu’un écart de trente à quarante jours entre les coupes constitue une bonne solution. Il est cependant nécessaire de rallonger l’intervalle d’une semaine entre la première et la seconde coupe, si la première exploitation a eu lieu au stade début de bourgeonnement  c’est un moyen de garantir une meilleure reconstitution des réserves.

Au moins une floraison
Il est recommandé de laisser fleurir la luzerne au moins une fois dans l’année afin de permettre la reconstitution des réserves (10 % de plantes avec des fleurs suffisent ). La plante les stocke sous forme de sucre et d’amidon dans ses racines, et les mobilise en fin d’hiver ou après une coupe, pour assurer la production fourragère. Cette reconstitution est assurée par le système aérien dès qu’il est suffisamment développé. Les réserves atteignent ainsi leur niveau normal au début de la floraison (figure 3).
La troisième coupe s’adapte le mieux à cette contrainte, car son rendement est plus faible que celui des coupes précédentes.

Les repousses
L’aptitude de la luzerne à la repousse dépend du niveau des réserves carbonées et azotées contenues dans le pivot. Dans les deux semaines suivant une coupe, sa vitesse de croissance est directement fonction des réserves azotées puisées dans les racines. La plante peut alors mobiliser jusqu’à quarante unités d’azote par hectare à partir de ses réserves racinaires.
Si les coupes ont lieu trop fréquemment ou si la nutrition azotée des plantes est déficiente, le système racinaire s’appauvrit en azote mobilisable et la repousse est alors plus faible. Des coupes trop rapprochées remettent ainsi en cause la pérennité de la luzerne.
En conditions agronomiques non-limitantes (bonne nutrition minérale et hydrique, absence de pathogènes et de ravageurs), la croissance aérienne de la luzerne dépend ensuite de trois éléments  l’indice foliaire, qui correspond à la surface totale de feuilles par unité de surface du sol, la somme des températures reçues depuis la coupe et le rayonnement photosynthétique intercepté par le couvert.

Avant les premières gelées
Dans les zones les plus continentales de culture de la luzerne, la dernière coupe de l’année doit intervenir autant que possible un mois et demi avant les premières gelées. Celles-ci entraînent la mise en repos de la luzerne : il est important que la plante puisse au préalable reconstituer ses réserves afin de bien redémarrer au printemps suivant.
En pratique, il est parfois difficile de respecter l’ensemble de ces recommandations, notamment dans un système d’affouragement en vert où il faut exploiter tôt une partie des surfaces de façon à étaler les repousses régulièrement dans l’année.
Mais il faut se rappeler que l’exploitation intensive d’une luzernière pénalise la durée de vie de la culture  les rendements se réduisent au bout de la troisième année.

 

- © aap

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