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Brexit : des crises comme seules perspectives

Le Brexit régira des échanges commerciaux trans-Manches plus difficiles. Mais le scénario du pire n’est pas exclu : des pénuries alimentaires en Grande-Bretagne et des excédents agricoles sur le continent européen.

© AAP



Selon une étude du Cepii, les exportations agroalimentaires européennes à destination du Royaume-Uni diminueraient de 62 % à l’horizon de 2030 si la Grande-Bretagne sortait de l’Union sans accord commercial et politique. La France verrait à elle seule son chiffre d’affaires réduit de moitié à 4,07 milliards de dollars américains conte 9,1 milliards de dollars sans le Brexit.
«Soft ou hard, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne occasionnerait des pertes pour les deux protagonistes, tant sous l’angle de la croissance du produit intérieur brut, de l’emploi que des échanges commerciaux. Membres de l‘Union européenne depuis quarante-six ans, le Royaume-Uni retrouve donc son autonomie de décision, encourant à la fois des risques et des coûts économiques incalculables mais, l’expérience historique l’a prouvé, pouvant reconfigurer ses propres politiques publiques et sa stratégie économique», écrivent Quentin Mathieu et Thierry Pouch de l’APCA, co-auteurs de «Brexit : scénario du pire et les conséquences sur le marché agricole».
En attendant, le choc pourrait être rude. La production agricole du Royaume-Uni ne pourvoit qu’à la moitié de l’approvisionnement du marché intérieur. La Grande-Bretagne importe massivement des biens alimentaires. Plus de 60 % d’entre eux étaient expédiés de l’Union européenne à Vingt-sept en 2017. Le taux d’autosuffisance britannique n’excède pas 60 % pour la viande de volaille et 55 % pour la viande porcine.

Taxes exorbitantes
Sans accord commercial sur les échanges et les droits de douane, l’Union européenne à Vingt-sept sera commercialement assimilée à un pays tiers. Les produits laitiers, la viande de bœuf et le sucre pourraient être taxés à 30 %, les céréales, les volailles, le porc et les grains entre 10 % et 30 % et certains produits jusqu’à 50 %.
Le blé français exporté Outre-Manche pourrait être plus onéreux que celui importé en Grande- Bretagne, en provenance, par exemple, des Etats-Unis, avec lesquels des accords commerciaux préférentiels pourraient avoir été conclus entre temps.
Outre l’application de droits de douanes aux produits importés, l’instauration de barrières non tarifaires pourrait aussi compliquer les échanges commerciaux entre l’Union européenne à Vingt-sept et le Royaume-Uni.
Aussi, la dévaluation de la livre sterling n’est qu’un avant-gout des répercussions économiques et financières du Brexit. Une baisse de la valeur de la monnaie britannique n’est ni plus ni moins assimilable à une taxe appliquée aux importations Outre-Manche de denrées agricoles. En renchérissant leurs prix, elle restreint la demande des consommateurs.
Par ailleurs, l’absence d’accord politique déstructurerait le marché du travail car la main-d’œuvre agricole est essentiellement étrangère (50 % des salariés). Les citoyens des pays de l’Est de l’Union européenne, venus offrir leurs services, pourraient ne plus être autorisés à rester travailler en Grande-Bretagne. A moins qu’ils partent d’eux-mêmes, estimant que les salaires proposés en livres sterling dévaluées ne sont plus avantageux.
Tous produits agricoles confondus, la fermeture du marché britannique pourrait avoir les mêmes impacts que ceux générés par l’embargo russe en 2014. Les produits qui ne seront plus exportés vers le Royaume-Uni engorgeront le marché communautaire si les principaux pays exportateurs européens (France, Irlande, Belgique, Pays-Bas) ne trouvent pas de nouveaux débouchés vers les pays tiers.

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