L'Action Agricole Picarde 07 mars 2018 à 17h00 | Par Propos recueillis par Virginie Charpenet

Campagne en mutation : «Une méthodologie fondée sur la confiance»

Entretien avec Michel Lalande, préfet du Nord et préfet de la région Hauts-de-France.

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- © D. R.

De par ses fonctions, le préfet est amené à intervenir sur de nombreux sujets qui concernent la question agricole. Pour des raisons aussi bien personnelles que professionnelles, Michel Lalande, préfet du Nord et de la région Hauts-de-France depuis 2016, affirme son attachement au monde agricole et au monde rural en général. Il a répondu à nos questions.

En tant que décideur public, quel regard portez-vous sur l’agriculture et la ruralité ?
Dans tous les postes que j’ai occupés, la question agricole et rurale a été très importante. Si l’on reprend les paroles de la chanson de Jean Ferrat «La Montagne», il y présente une ruralité incomprise et s’interroge : comment une ruralité aussi belle suscite-t-elle une telle envie de départ ? On parle d’une époque où la terre était perçue comme aliénante quand la ville était libérante. Je pense qu’aujourd’hui cette affirmation ne tient plus. La ruralité attire à nouveau. Par ailleurs, aujourd’hui, l’agriculture doit intégrer des contraintes majeures - environnementales, humaines, techniques -
qui l’oblige à évoluer dans son organisation, ses relations sociales, ses rapports commerciaux, sa recherche. Ce sont ces changements qui m’intéressent.

Vous avez exercé des responsabilités dans différentes régions de France. Quelle est votre perception de l’agriculture des Hauts-de-France ?
Le secteur agricole et les filières agro-alimentaires de la région sont un atout économique remarquable. Ce qui me frappe, c’est l’incroyable diversité de ce territoire sur le plan agricole. La diversité du secteur s’exprime à travers ses productions : le blé, la betterave à sucre, les légumes frais, les pommes de terre et le lait demeurent les points forts de l’agriculture régionale. Mais elle s’exprime aussi à travers ses modes de transformation des produits agricoles avec des filières courtes et longues et des domaines alimentaires et non-alimentaires. On peut aussi citer la diversité des modes de distribution qui va de la vente à la ferme à l’export.
Pour rappel, la valeur des productions agricoles en Hauts-de-France représente, en moyenne, un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros, la région compte 25 830 exploitations, 650 établissements agro-alimentaires, 1 200 entreprises de commerces de gros et le secteur agricole et agro-alimentaire emploie plus de 110 000 personnes.

L’administration et les représentants du monde agricole ont travaillé durant plusieurs mois à l’élaboration du 6e programme d’action régional «nitrates». Comment se sont déroulés les échanges ?
Sur ce sujet, il a été décidé d’arrêter la stigmatisation des uns et des autres. Sur le programme nitrates, l’enjeu est double : il s’agit de respecter collectivement nos engagements européens concernant la préservation de la qualité de l’eau, mais il s’agit aussi de permettre aux agriculteurs de disposer de règles claires, adaptées à la diversité des situations de terrain, et avec suffisamment de souplesse. L’objectif reste de parvenir à une baisse tendancielle de la pollution en nitrates de l’eau. Mais plutôt que de faire le catalogue de ce qu’il faut faire, l’idée est de développer des pratiques professionnelles basées sur les échanges, l’évaluation, le partage de connaissances et de créer un écosystème où chacun apporte son intelligence. On a quitté une posture ascendante pour opter pour un mode d’écoute et de coconstruction. L’idée est d’entrer dans une démarche citoyenne plutôt que technocratique, où chacun prend conscience de la nécessité de faire évoluer ses pratiques. Ce chantier est emblématique de la nouvelle équipe de l’Etat en région où nous avons réussi à accoucher d’une méthodologie fondée sur la confiance et non la défiance.

Que dire de la teneur du nouveau programme ?
Les deux anciens programmes Nord-Pas-de-Calais et Picardie étaient complexes et peu lisibles. Le document a été simplifié en essayant de prendre en compte la réalité du terrain. Nous avons réussi à ne pas rester sur une norme régionale, mais à définir des critères en fonction des territoires.
Le travail de concertation a permis de dégager un texte réglementaire équilibré, qui est désormais connu de la profession agricole, des associations de consommateurs et des associations environnementales. Il est actuellement évalué par les autorités compétentes au sein du ministère de l’Environnement, à Paris. Ensuite, il devra être rendu public par arrêté pour une entrée en application en septembre 2018 pour une durée de quatre ans.
En complément de la partie réglementation, un volet accompagnement va être porté de façon très volontaire par la chambre régionale d’agriculture pour diffuser les bonnes pratiques. Ce volet n’est pas obligatoire : c’est une des originalités de nos discussions en Hauts-de-France. C’est normal qu’il y ait des règles, mais c’est normal qu’il y ait un accompagnement pour les mettre en œuvre.

Après plusieurs années difficiles, l’administration est-elle parvenue à rétablir la situation concernant le calendrier de paiement des aides du premier pilier de la Pac ?
Sur ce dossier, nous sommes en train de rattraper le calendrier normal. Les services du ministère de l’Agriculture ont versé aux agriculteurs une bonne partie de ce qui était dû au monde agricole dans le cadre du premier pilier de la Pac. Le solde des aides couplées animales pour les bovins lait et viande de la Pac 2017 a été versé le 25 janvier dernier à la très grande majorité des éleveurs. Dans la région, cela représente un total de 28 millions d’euros. Le solde des aides découplées de la Pac est versé depuis fin février. Les aides de 2015 ont été payés fin 2017, 2016 devrait suivre dans les mois qui viennent. Pour 2018, nous devrions revenir à des calendriers «normaux», c’est-à-dire le versement du solde en décembre de l’année de la demande.

Michel Lalande en quatre dates

Mai 2008
Il est nommé préfet de Saône-et-Loire

Janvier 2010
Il est nommé préfet de La Réunion

Juin 2014
Il devient secrétaire général du ministère de l’Intérieur (Bernard Cazeneuve)

Avril 2016
Il devient préfet du Nord, préfet de la régionHauts-de-France

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