L'Action Agricole Picarde 23 janvier 2014 à 08h00 | Par Gérald Le Page

CER France Somme : conseiller et accompagner les chefs d'entreprises

Le centre de gestion de la Somme met toujours plus l'accent sur le conseil pour aider les entreprises à s'adapter à un contexte économique et social fluctuant.

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"CER France Somme a une activité toujours soutenue, ce qui est une performance honorable dans la morosité actuelle". C'est ce qu'a indiqué son président, Hervé Demalle, dans son intervention à l'assemblée générale du centre de gestion le 21 janvier dernier à Amiens. Au 31 août 2013, l'AGC (l'association de gestion et de comptabilité) comptait 6 699 adhérents contre 6 682 l'exercice précédent. Parmi ceux-ci 3 567 agriculteurs (53%), un groupe qui perd une trentaine d'adhérents (- 0,8%), ce qui est conforme à l'érosion de la démographie agricole qui se poursuit au rythme de 1% par an. Le nombre des artisans, commerçants et prestataires de service (27,5% des adhérents) progresse encore (1844 adhérents contre 1818 en 2012), de même que les professions libérales (138 adhérents contre 114). Le nombre des particuliers reste stable à 1 150.

Un chiffre d’affaires de 23 millions d’euros
Si l'on prend le groupe CER France Somme qui rassemble outre l'AGC, l'AER (l'association d'économie rurale) et les cabinets d'expertise comptable Secra, Cecop et Acri 80, ce sont au total 353 salariés qui travaillent pour 8185 clients, l'ensemble générant un chiffre d'affaires de 23 millions d'euros .
La répartition de l'activité reste stable, la comptabilité représentant toujours 73% des prestations, le conseil généraliste arrivant à 18% et le conseil d'expertise (juridique, fiscal, social, patrimonial) à 9%.

Deux orientations majeures
Devant la nécessité d'adaptation toujours plus rapide des entreprises, CER France Somme a pris deux orientations majeures, a indiqué Olivier Taisne, le directeur général. C'est d'une part une politique volontariste de développement du conseil "sur l'ensemble des domaines où nos adhérents ont des besoins, pour qu'ils puissent prendre la bonne décision au bon moment". Cela s'est traduit au cours de l'exercice écoulé par différentes actions : l'accompagnement des créateurs d'entreprise avec notamment le dispositif "Avenir jeunes agriculteurs" (36 JA accompagnés dans leur première année d'installation et 86 dans leur deuxième et troisième année) ; les conseils de gestion (technico-économique, optimisation fiscale et sociale, structuration juridique, etc.) avec 3 989 visites en progression de plus de 6% ; la réalisation des fiches de paie (3 433 en hausse de 3,2%) et les audits sociaux, etc. ; les déclarations PAC (479 réalisées) et les conseils d'environnement, qualité, hygiène, sécurité (284 en hausse de 52%) ; enfin les formations (94 sessions et 593 participants) et réunions d'information (41 et plus de 1 100 participants).
L'autre orientation, c'est l'innovation. Le centre de gestion a entrepris la scannérisation des factures pour les réintégrer automatiquement dans la comptabilité. C'est un gros avantage pour l'archivage, la tenue des tableaux de bord en temps réel. Autre nouveauté, le déploiement de l'e-mailing. Chacun des collaborateurs du centre de gestion peut ainsi envoyer rapidement une information ciblée à ses clients. Enfin, le centre de gestion propose à ses adhérents de prendre du recul sur la marche de leur entreprise dans une démarche collective. Un premier groupe d'une quinzaine d'éleveurs laitiers s'est ainsi réuni pour déboucher sur des plans d'action personnalisés.
"Nous sommes une association membre du réseau national CER France. Notre objectif n'est pas de faire du profit, mais de satisfaire nos clients. Nous souhaitons les rencontrer et discuter ensemble pour prendre en considération les attentes de chacun", a rappelé Hervé Demalle. Il a indiqué par ailleurs que la nouvelle gamme de services "3D" touche désormais la moitié de la clientèle, et que l'agence de Poix de Picardie bénéficiera bientôt de nouveaux locaux ; la demande de permis de construire a été déposée.

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Comment relancer la machine économique ?

"La conjoncture est poisseuse, on n'a toujours pas rattrapé le niveau de PIB que l'on avait atteint en 2008", a fait observer d'emblée Dominique Seux, rédacteur en chef du quotidien "Les Echos", invité à analyser la situation économique à l'issue de l'assemblée générale de CER France Somme.
Pourquoi en est-on là ? "La France a une économie 'pouf', d'autres pays sont 'trampoline'. En temps de crise nous descendons moins bas du fait des amortisseurs sociaux et de la dépense publique, mais nous remontons moins vite". Dominique Seux signale le facteur psychologique. La France est un pays atypique. "Le moral des Français est plus bas que celui des Afghans, mais quand on les interroge eux-mêmes les choses vont mieux ; malheur public, bonheur privé. Il y a aussi un écart croissant entre le pessimisme parisien et les régions où l'on a plus le moral. Et puis en France, on vit dans le mythe du trésor caché, quelqu'un qui a de l'argent : l'Etat, tel ou tel groupe, ce qui évite de nous remettre en cause".
Sur un plan strictement économique, ce qui pénalise la France, c'est d'avoir les prélèvements obligatoires les plus élevés de l'UE. Et l'on est parmi les premiers dans le monde pour la dépense publique. Dominique Seux pointe aussi le coût du travail trop élevé et sa durée trop courte, le manque de grosses PME, le problème du logement trop cher, la complexité du changement et sa lenteur liée à la profusion des normes : "on a mis moins de dix ans pour construire le TGV Paris Tours, et il aura fallu vingt-deux ans pour faire Tours Bordeaux parce qu'on a du négocier avec 57 collectivités locales". Et puis, il y a aussi l'épuisement croissant du système politique, le rejet de la classe politique par les Français.
La France a toutefois des atouts. L'intervenant cite sa démographie, ses grands groupes industriels dans l'automobile, le luxe, les transports, etc. Il voit aussi un début de changement d'état d'esprit : les partenaires sociaux signent des accords, l'opinion réalise qu'il y a des choses à changer.
Sur le plan mondial, Dominique Seux fait observer que si l'Occident n'a pas perdu sa puissance économique, il n'en a plus le monopole. La mondialisation réduit les écarts de niveau de vie entre les pays. "Dans la partie évoluée de la Chine, le salaire minimum est aujourd'hui plus élevé qu'en Bulgarie ou en Roumanie". Et alors que l'on assiste à un retour des Etats, les problèmes sont transnationaux.
Alors quelles sont les réponses possibles face à cette atonie de l'économie ?
- La fin de la mondialisation ? Non, répond Dominique Seux. "La mondialisation ne va pas s'arrêter, mais elle change, elle va se régionaliser. Nos chances, ce sont les difficultés que vont rencontrer les pays émergents".
- La technologie : "on n'a encore rien vu en matière de découvertes scientifiques".
- Les politiques publiques : "le déficit, non ; la politique monétaire, non si l'on reste dans l'euro ; la dévaluation : pourquoi pas, l'euro est trop élevé ; l'endettement privé : non ; le protectionnisme : pourquoi pas dans la mesure où les pays émergents arrivant à l'âge adulte, on peut être plus exigeants à leur égard", commente Dominique Seux.
- Le coût du travail : il faut jouer sur ce levier. Il faut simplifier les procédures, avoir une réelle politique du logement, faire disparaître les blocages de la société...
"De toute façon, nous aurons des années de croissance plus lente pour éponger les dettes du passé, et donc il faudra être davantage frugal", souligne Dominique Seux.
Et l'euro ? Cela fait 15 ans qu'il a été acté. "C'est un échec, non pas comme instrument monétaire, mais en tant qu'instrument d'intégration économique. Il devait être une force centripète, il a été une force centrifuge, les économies des pays de la zone euro ont divergé", analyse l'intervenant. Et de conclure sur la question de l'Europe : "pour nos parents, c'était la paix, pour nous, la liberté de circulation, la monnaie unique, mais pour nos enfants, ils ne voient rien, pas de projets".

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