L'Action Agricole Picarde 13 septembre 2012 à 11h29 | Par François Magnier

Chasse - 2012, morne plaine !

La saison qui s’ouvre ce dimanche, une semaine plus tôt que d’habitude, s’annonce triste pour la perdrix, le lièvre et le faisan. Le gros gibier est en revanche abondant.

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Yves Butel (au centre), entouré des responsables de la Fédération des chasseurs de la Somme : «une année catastrophique pour la perdrix».
Yves Butel (au centre), entouré des responsables de la Fédération des chasseurs de la Somme : «une année catastrophique pour la perdrix». - © AAP

«Catastrophique, calamiteuse». Des mots auxquels on est peu habitué de la part du président de la Fédération des chasseurs de la Somme, Yves Butel, traditionnellement jovial et optimiste. La campagne de chasse au petit gibier s’annonce d’ores et déjà triste du fait d’une reproduction compromise par les conditions pluvieuses et froides du printemps. 
Pour la perdrix grise, les comptages d’après moisson fait apparaître un taux de reproduction moyen de 2,4 jeunes par poule présente en août, avec des écarts allant de 1,5 à 5. Le chiffre tombe à 1,5 jeune par poule présente en mars, ce qui illustre davantage la mortalité printanière de l’espèce (voir encadré). Depuis le début de ce mode de comptage (qui remonte à plus de trente ans), c’est la plus faible reproduction constatée par les techniciens de la Fédération des chasseurs, confirme François Crépin, directeur technique.

Saison triste pour le petit gibier
Les secteurs les plus affectés sont au nord d’Amiens (canton de Bernaville surtout, mais aussi ceux de Doullens et Domart-en-Ponthieu), qui ont cumulé pluviométrie en excès et températures froides. A l’inverse, les secteurs aux terres crayeuses et séchantes de l’Amiénois et de la vallée de la Somme ont été relativement épargnés.
Au-delà de la perdrix, c’est tout le petit gibier qui souffre cette année, car les populations de lièvres sont également affectées, tout comme celles du faisan, même si la colonisation se confirme sur le territoire, avec des souches génétiques rustiques à l’état sauvage.

Des mesures exceptionnelles
Cette année est d’autant plus frustrante que la Fédération des chasseurs avait enfin vu ses efforts se concrétiser par une ouverture au 16 septembre. «Nous avons toujours milité pour une ouverture plus tôt en saison, et force est de constater que cette année, il faudrait plutôt être patient et chasser plus tard, et le moins possible, voire pas du tout selon les secteurs», commente Yves Butel.
Dès lors, en concertation avec le responsable du GIC, la Fédération des chasseurs a proposé au préfet des mesures de limitations drastiques et exceptionnelles. Outre les limitations par une attribution réduite de bracelets pour les communes pratiquant un plan de gestion, la chasse au petit gibier sera limitée. Ainsi, la date de fermeture à la perdrix grise a été ramenée par le préfet au samedi 20 octobre à 17h (au lieu du dimanche 28 octobre). De plus, du 16 septembre au 20 octobre, la chasse au lièvre, à la perdrix grise et au faisan commun est limitée à un jour par semaine. Après cette date, le calendrier à deux jours de chasse par semaine est repris. Au final, pour les perdrix, c’est un passage radical de quatorze à quatre jours de chasse en plaine en 2012.
De surcroît, la Fédération des chasseurs conseille la plus grande responsabilité quant à la préservation du capital «petit gibier», et souhaite consacrer l’ouverture à d’autres espèces.

Pigeon, lapin : gibiers de report
En effet, d’autres espèces comme le pigeon ou le lapin de garenne ont moins souffert et présentent des populations correctes pour le premier, qui est le premier gibier prélevé dans le département, et correctes voire excédentaires par endroit pour le second. Pour le lapin, la Fédération invite tous les chasseurs à en faire un gibier de report, et ce d’autant plus que le chasser en début de saison est profitable à plus d’un titre : là où les populations sont à réguler, les prélèvements de septembre limitent la reproduction et réduisent le risque de dégâts lorsque les cultures sont les plus fragiles. De plus, là où le virus de la myxomatose est actif, chasser le lapin est beaucoup plus agréable avant que le virus n’ait fait son œuvre.

Gros gibier : présence importante
Côté grand gibier, l’année s’avère plutôt bonne, car, pour les chevreuils, la pluie de printemps a permis aux massifs forestiers d’offrir une nourriture abondante, favorisant ainsi la reproduction. Pour le sanglier, là aussi, on observe des populations fournies, grâce avant tout à une production importante de fruits forestiers à l’automne dernier. D’ailleurs, cette présence pose question puisque les fruits forestiers seront rares cette année, et on peut craindre que les animaux ne se reportent vite vers la plaine pour assouvir leur appétit.
La Fédération des chasseurs envisage sur ce point de recourir à l’agrainage en forêt, pour y maintenir les animaux.
Côté régulation, elle exhorte tous les chasseurs à prélever les attributions dès à présent, notamment en battant en plaine les parcelles de maïs susceptibles d’abriter les sangliers. Une mesure qu’elle souhaite voir appliquer aussi aux renards dont les populations ont quintuplé en vingt ans. Cette explosion inquiète tant sur l’aspect sanitaire, le renard étant vecteur de l’échinococcose alvéolaire et autres zoonoses transmissibles à l’homme, que sur l’aspect cynégétique, ce dernier n’ayant aucun prédateur naturel et étant responsable de la disparition de 60% de la mortalité printanière des perdrix.

Gibier d’eau : les bienheureux
S’il est une catégorie de gibier qui se satisfait de l’année, c’est naturellement celle du gibier d’eau. Les marais ayant été humides tout au long de la nidification, les chasseurs de gibier d’eau bénéficient depuis l’ouverture d’une présence agréable de colverts, sarcelles et autres limicoles. De quoi les satisfaire malgré le décalage encore une fois de l’ouverture entre le domaine maritime et les marais.
Au final, c’est donc une année que la Fédération des chasseurs souhaite vite oublier avant de l’avoir débuté.
Et de rester philosophe : des années comme 2012, en 35 ans, on n’en a jamais vu deux d’affilée !

Au centre de formation de Lamotte Brebière, le parcours initiatique fait une grande place aux consignes de sécurité.
Au centre de formation de Lamotte Brebière, le parcours initiatique fait une grande place aux consignes de sécurité. - © AAP

Sécurité : l’objectif absolu !
Pour que chaque journée de chasse reste un bon souvenir, la Fédération départementale et la Fédération nationale des chasseurs mettent l’accent encore cette année sur la sécurité. En rappelant que la chasse est une activité de loisir dont l’accidentologie demeure modérée face aux autres activités de plein air (montage, natation…), la Fédération des chasseurs n’en demeure pas moins attentive aux consignes de sécurité, qu’elle ne cesse de rappeler, et qui font désormais l’objet d’une épreuve pratique obligatoire lors de l’examen du permis de chasser. Avoir le réflexe de décharger son fusil à chaque franchissement (haie, clôture, fossé…), de vérifier les canons avant de le recharger, de le refermer canon pointé vers le sol, de se retenir d’épauler dans une situation à risque (présence d’habitations, de haies, d’autres personnes, d’espèces protégées…), de respecter les angles de tir… autant d’exigences sur soi qu’il est fondamental d’acquérir dès le plus jeune âge et d’entretenir tout au long de sa carrière.
Au centre de formation de Lamotte Brebière, un parcours initiatique permet de former les candidats et de valider les acquis. Au premier passage, 85% des candidats s’en sortent sans problème. Pour les 15% restant, un temps de formation complémentaire permet de pallier les dernières lacunes.

Après le permis sur internet, le carnet de prélèvement unique
CPU : pour les amateurs de l’informatique, il s’agissait de l’abréviation de «computer», terme anglais désignant l’ordinateur. Pour les passionnés de chasse, le lien à l’informatique existe mais sous un autre angle. En effet, constatant le succès de la validation du permis de chasser par internet (environ 10 000 permis sont ainsi validés sur un total de 27 000), la Fédération des chasseurs propose à présent pour tous les chasseurs de télédéclarer quotidiennement leurs prélèvements. Mesure de flicage ? Non, de gestion ! Car l’objectif est précisément d’avoir des données statistiquement représentatives pour mieux argumenter les positions de la Fédération des chasseurs. Par exemple, en gibier d’eau, quel est le taux de prélèvement sur les centaines de milliers d’oiseaux de passage. Au-delà des affirmations sans fondement, la Fédération espère ainsi accroître sa connaissance des espèces et des pratiques. Une disposition qui s’adresse à tous les chasseurs et non pas simplement aux détenteurs de droit de chasse.

Valider son permis de chasse sur internet www.fdc80.com
Arrêtés préfectoraux d’ouverture, de fermeture et formulaire de déclaration de jours de chasse : mairies, Ddtm, ou www.fdc80.com rubrique téléchargement.
A qui adresser le formulaire des jours de chasse : un exemplaire à envoyer le 14 septembre au plus tard pour la plaine et le 25 octobre pour le bois à la Fédération des chasseurs, 1 Bd Baraban, 80038 Amiens cedex 1, par fax au 03 22 80 02 36 ou par mail fede.80@wanadoo.fr
Un exemplaire à conserver pour pouvoir le présenter à un agent de l’Oncfs en cas de contrôle.

Une perdrix sur deux ne passe pas le printemps !
Depuis plusieurs années, des études poussées sont conduites sur les populations de perdrix, car les observations montrent que seule la moitié des effectifs présents en mars a survécu au mois d’août. Plusieurs causes avaient même été invoquées : pratiques agricoles, modification de la stratégie de reproduction rapide de l’espèce…
Les chiffres tombent et montrent la réalité : 80% des cas de mortalité de perdrix sur les périodes mars-août sont imputables à la prédation naturelle.
Plus encore, dans cette prédation, 80% à nouveau sont l’œuvre du seul renard.
Tant et si bien que la Fédération des chasseurs incite d’autant plus les chasseurs à maîtriser cette population qui ne cesse de s’accroître, et dont les dégâts sont considérables au sein du petit gibier.

La reproduction des perdreaux en 2012
• Un animal sur deux est mort entre mars et août.
• 1,5 jeune par poule présente au mois d’août, contre plus de 5 en 2011.
• 56% des poules sans jeune en août contre 25 à 30% habituellement.
• 20% des animaux ayant moins de 4 semaines au 18 août (recoquetage) contre 5% habituellement.

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