L'Action Agricole Picarde 23 novembre 2018 à 06h00 | Par Florence Guilhem

Chemins ruraux : auxiliaires et bords de chemins, le bon duo

Agriculteur dans l’Aisne, Hubert Compère a fait le pari des auxiliaires. Et ça marche.

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Hubert Compère : «Les chemins ruraux ont une forte capacité à fixer de la biodiversité.»
Hubert Compère : «Les chemins ruraux ont une forte capacité à fixer de la biodiversité.» - © F. G.



Araignées, carabes, momie aphidius… L’araignée est la généraliste du groupe, se nourrissant de tout ce qui passe. Le carabe, lui, affectionne les limaces. La momie aphidius se délecte, elle, de pucerons, etc. Pas un auxiliaire, en fait, qui ne rende pas un service aux agriculteurs. Et ce n’est pas Hubert Compère qui dira le contraire. Pas moins de quatre-vingt familles d’auxiliaires recensées en juin dernier, soit des centaines en termes d’espèces, qui ne font leurs bons offices dans ses parcelles et chemins ruraux. «
J’ai commencé à chercher des informations sur le rôle des insectes quand je me suis retrouvé dans des impasses avec les insecticides, il y a une dizaine d’années de cela. Je me suis d’autant plus penché sur le sujet, car les auxiliaires sont une des meilleures solutions pour diminuer les insecticides. Et, en plus, c’est une solution garantie et pérenne», explique Hubert Compère.
Installé dans l’Aisne, depuis 1985, dans une exploitation de 170 ha, Hubert Compère cultive des betteraves, du colza, des pois protéagineux, du blé, de l’orge et parfois du maïs. Il a rejoint le réseau Dephy en 2011 et a diminué, depuis, son usage de produits phytosanitaires de 50 % par rapport à la moyenne régionale. Il pratique aussi le non-labour. Son parcellaire étant très éclaté, il a pas mal de chemins ruraux. Or, la problématique des chemins ruraux fait partie des tours de champs, comprenez des zones non agricoles. Il a tout de suite compris que ces chemins ruraux étaient un atout pour lui, et non un handicap, car «ils ont une forte capacité à fixer de la biodiversité». Qui dit fixation de biodiversité, dit auxiliaires et pollinisateurs, mais aussi petite faune.

Premier travail : planter des buissons
Sur ses 20 km de bords de champs, il plante des buissons par groupe de dix à quinze sur des linéaires de six à sept mètres pour rompre le linéaire uniforme. Il ne plante que d’un seul côté du chemin pour ne pas être bloqué par les branches des buissons, tant pour éviter toute complication pour la circulation des engins agricoles que les problèmes de conflits avec les autres usagers. Au menu des espèces plantées : du prunelier, de l’aubépine, du rosier, du troène en fleurs, des lotiers, du matricène ou encore de la carotte sauvage. Autant d’espèces à fleurs. L’objectif ? Diversifier au maximum la biodiversité en ayant des fleurs le plus longtemps possible et le plus souvent possible. «A vrai dire, je suis parti un peu à l’aveugle, au départ. Mon idée était de voir ce que chaque espèce pouvait apporter aux insectes», reconnaît-il. Il détermine sa stratégie au fur et à mesure de ses observations, puis de ses échanges avec la chambre d’agriculture et un entomologiste.
Dix à quinze ans plus tard, il est à même de savoir quelles sont les fleurs de saison et annuelles qui attirent plus que d’autres. Et d’ajouter : «Quand il n’y a pas d’emprise sur un de mes champs, je laisse les plantes fleurir, car c’est cela qui fixe les insectes.» Avec tout cela, depuis, il n’a utilisé aucun insecticide depuis une dizaine d’années, et dit faire une économie de 15 à 20 e de l’hectare tous les ans. Ce qu’il gagne aussi, «c’est une mise en évidence de la beauté de ce patrimoine naturel et, en termes d’enjeux sociétaux, on apporte des réponses sur l’usage des produits phytosanitaires», ajoute-t-il.

Aucune prolifération d’insectes sur ses parcelles
Autre bénéfice : la régulation des insectes est à peu près couverte sur toutes ses cultures. «Pour l’instant, je n’ai constaté aucun cas de prolifération d’insectes dans mes parcelles, qu’ils soient ravageurs ou autres. Il reste cependant quelques failles par rapport aux mouches sur les betteraves, qui n’ont pas encore été parasitées», indique-t-il. En termes de coût à supporter par l’agriculteur, s’il y en a un, c’est le poste travail en raison  du temps passé à l’entretien de ces chemins ruraux et des bordures de ses champs. Mais ce coût vaut la peine au vu des résultats obtenus.
Alors, pour ceux et celles qui seraient tentés d’en faire autant, il rappelle que pour favoriser la présence des auxiliaires, il ne faut pas broyer régulièrement les bords de chemins afin de ne pas favoriser les adventices. Il faut aussi choisir des essences à fleurs, car la bouture est efficace. De plus, il est important, selon lui, de maintenir les chemins en terre et de les réensemencer si nécessaire. Enfin, pour les bordures de champs, le mélange de fétuque et de dactyle est intéressant.

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