L'Action Agricole Picarde 15 novembre 2018 à 03h00 | Par Florence Guilhem

Cocorette : le pari gagnant des œufs alternatifs

Entre une stratégie en parfaite adéquation avec les attentes des consommateurs et une communication qui fait le buzz avec Poule-emploi, le groupe Cocorette a le vent en poupe.

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Sur plus de 850 millions d’œufs commercialisés par Cocorette, 500 millions sont conditionnés sur le site de Doullens (80), 
le vaisseau amiral du groupe, acquis en 2010. 
Sur plus de 850 millions d’œufs commercialisés par Cocorette, 500 millions sont conditionnés sur le site de Doullens (80), le vaisseau amiral du groupe, acquis en 2010.  - © Cocorette



S’il lui arrive encore d’aller ramasser les œufs des poules de son exploitation, le week-end, Pascal Lemaire, président directeur général du groupe Cocorette, est plutôt sur les routes à la recherche de nouveaux éleveurs pour augmenter la collecte d’œufs de son groupe. Et pour cause. Entre une hausse régulière de la consommation des œufs alternatifs en France (cf. p.6) et une demande croissante de la grande distribution et des casseries, satisfaire toutes les attentes est quasiment impossible. Et ce, même si le groupe est dans les premiers producteurs d’œufs alternatifs en France, et a débuté dans ce créneau avec un coup d’avance.

Aujourd’hui, du Nord au Sud-Ouest, en passant par l’Est et l’Ouest, le groupe a convaincu plus de six cents éleveurs de travailler pour lui. Le gros des effectifs se trouve dans le Nord de la France, avec près de 70 % de la production. «On passera le cap des sept cents en 2019», dixit le PDG. La taille des élevages, elle, oscille entre 3 000 et 30 000 poules (3 800 à 6 000 poules pour le Label Rouge, 6 000 à 12 000 poules pour le bio, et entre 20 000 et 30 000 poules pour le plein air). Mais ce n’est pas encore assez.


Pour développer la production
Pour répondre à la demande croissante d’œufs alternatifs, Cocorette souhaite convaincre ses éleveurs de développer leur production, mais est aussi à la recherche de nouveaux candidats. C’est pour cela qu’il a lancé, en février dernier, l’opération «Poule-emploi». Quésaco ? Il s’agit d’une campagne de recrutement nationale, via un site internet dédié.  Plus de mille cinq cents personnes ont postulé sur le site cette année. Quatre cent soixante-dix réunions ont été organisées depuis. Et, à présent, des visites d’élevage sont organisées. Elles sont suivies par une centaine de personnes motivées. Au final, selon Pascal Lemaire, une dizaine de projets devrait émerger en 2019-2020.
L’opération a fait également le buzz dans les médias et a permis à Cocorette de remporter, le 17 octobre dernier, l’Or des Grands prix Stratégies, dans la catégorie «Sites éditoriaux, plateformes de marque». C’est ce que l’on appelle un coup double, puisque le groupe a trouvé de nouveaux éleveurs et a fait parler de sa marque dans tout l’hexagone. Une fois cela dit, le PDG rappelle que les gens doivent impérativement investir par rapport à leurs capacités techniques et financières. Quant à Cocorette, sa recherche de nouveaux éleveurs se fait «en s’adaptant, comme on l’a toujours fait, à chaque type d’agriculture dans chaque région», insiste-t-il.
Cette «philosophie» n’a pas bougé d’un iota depuis la création du groupe, ainsi que son credo, soit être au plus près des consommateurs. Cela se traduit par un maillage du territoire avec six sites de conditionnement (Doullens, Arras, Breteuil, Montauban, Valence et Nancy). «Le consommateur veut manger plus local. Les bassins de consommation, pour nous, sont, en premier lieu, les Hauts-de-France et l’Ile-de-France, ensuite Nancy, puis une zone allant du Sud-Ouest au Sud-Est et, enfin, la Bretagne», détaille Pascal Lemaire. Mais pour gagner des parts de marchés, dans ces bassins, notamment en Ile-de-France, Cocorette doit développer sa marque.

Commercialisation
Cocorette vend 70 % de ses volumes sous marques de distributeurs (MDD) et 30 % sous sa marque, qui se distingue par son Label Rouge fermier, avec ses œufs pondus dans des nids en paille et ramassés à la main, mais aussi avec ses œufs plein air et bio. Le logo et le packaging ont été revus pour accroître la notoriété de la marque auprès des consommateurs. «L’objectif est d’être encore plus présent chez les distributeurs. Mais communiquer sur les œufs est difficile, car un œuf reste un œuf», commente-t-il.
Autre créneau sur lequel travaille Cocorette depuis cette année : la poule au sol, depuis sa reprise  de la marque «Poule heureuse». Un contrat a déjà été signé avec Carrefour, et d’autres marques devraient suivre. «Cela démarre pas trop mal. On va continuer à proposer cette marque à la grande distribution pour 2019», commente Pascal Lemaire. Le PDG pense que c’est une piste intéressante dans la mesure où, suivant la stratégie du CNPO, d’ici 2022, neuf millions de poules en cages devraient sortir du marché pour être remplacées par le même nombre de poules en systèmes alternatifs.
«Mettre toutes les poules dehors, il ne faut pas rêver, ne serait-ce que parce que le coût de la terre est trop élevé. Aussi la poule au sol avec jardin est-elle une option intéressante pour que les éleveurs de poules en cages puissent faire évoluer leur système sans trop de casse. J’y crois dur comme fer», dit-il. Même si le marché se développe timidement, selon lui, il y a donc une carte à jouer.
Reste que le marché est compliqué, d’une part avec la problématique des poules pondeuses en cages, qui représentent encore 63 % du marché de la production d’œufs en France, mais aussi en raison du prix de l’aliment très fluctuant (l’aliment représentant 60 % du prix de revient de l’œuf, ndlr). «Certains distributeurs ne veulent pas entendre parler d’une hausse du prix de l’œuf. De notre côté, nous essayons de passer avec certains un contrat filière, incluant un prix de l’œuf indexé sur les matières premières, et des contrats sur la durée. Nous y sommes arrivés, pour le moment, avec Carrefour et Auchan», indique Pascal Lemaire. Là encore, Cocorette a un coup d’avance.



Chiffres clés du groupe :
6 sites de conditionnement (Doullens, Breteuil, Arras, Valence, Montauban, Nancy) et une casserie d’œufs en Bretagne
600 : c’est le nombre d’éleveurs en contrat avec Cocorette
800 à 900 millions : le volume d’œufs collectés par Cocorette
3 000 à 30 000 poules : la fourchette de la taille des élevages
30 % : c’est le pourcentage de production pour les œufs plein air, les œufs bio et les œufs Label Rouge
10 % : c’est le pourcentage d’œufs produits par des poules au sol
Plus de 100 M : c’est le chiffre d’affaires réalisé en 2018


D’One au groupe Cocorette

1996 : premier bâtiment de production à Boffles, dans le Pas-de-Calais
2003 : création d’Œufs Nord Europe (One)
2010 : lancement du site de Doullens, dans la Somme, premier centre de conditionnement d’œufs alternatifs en France, pouvant traiter aujourd’hui 500 millions d’œufs par an, et de l’usine d’aliments Cap Bio Nord, dans la zone d’activité de Rouval
2014 : robotisation du site de conditionnement
2016 : acquisition de l’entreprise Cocorette
2017 : reprise d’une usine d’ovoproduits dans le Finistère. A cette occasion, le groupe Even entre dans le capital du groupe, mais d’une façon très minoritaire
2018 : en février, le groupe lance une campagne de recrutement nationale, via un site internet dédié, poule-emploi.fr. Cette campagne a été récompensée par le magazine Stratégies, qui lui a décerné, en octobre dernier, l’Or des Grands prix Stratégies, dans la catégorie «Sites éditoriaux, plateformes de marque».

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