L'Action Agricole Picarde 19 juin 2020 à 06h00 | Par Benjamin Delhaye, Terres Inovia

Colza bio : mieux vaut prévenir que souffrir

Un démarrage rapide, une bonne nutrition azotée, une croissance régulière à l’automne et une reprise dynamique en sortie d’hiver sont les gages d’un colza bio robuste.

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Atteindre le stade 4 feuilles avant le 20 septembre permet d’éviter les attaques nuisibles de la grosse altise adulte.
Atteindre le stade 4 feuilles avant le 20 septembre permet d’éviter les attaques nuisibles de la grosse altise adulte. - © Laurent Jung - Terres Inovia




Comment réussir sa culture de colza bio ? Pour les techniciens spécialisés de Terres Inovia, il n’y a pas quatre chemins pour y arriver, mais plutôt une série de recommandations à appliquer aux différentes étapes de l’itinéraire culturale.

Se tenir prêt à semer début août
Être prêt à semer tôt et être réactif pour déclencher le semis avant une pluie significative (> 5 mm) vous permettra de maximiser les chances de réussir la levée. L’objectif est d’avoir un colza levé au 31 août, et d’atteindre le stade 4 feuilles avant le 20 septembre, date d’arrivée des grosses altises adultes dans les parcelles.

Ne pas surdensifier le semis
Dans ce contexte de semis plus précoce, une surdensité favorise l’élongation et l’obtention de pieds chétifs et peu robustes. Viser une densité de levée d’environ 35 plantes/m² en semoir céréales, et pas plus de 30 plantes/m² en semoir monograine.

Conserver un sol frais via une bonne gestion de l’interculture
La gestion du travail du sol de l’interculture, qui débute le jour de la récolte du précédent, doit avoir pour objectif de préserver au maximum l’humidité du sol, en limitant son assèchement lors des passages d’outils. Conserver au maximum cette humidité permet de garantir une levée rapide et homogène du colza. Si le sol doit être travaillé (sol tassé sur 10 - 20 cm), les passages sont à réaliser le plus tôt possible après la récolte ou juste avant le semis.

Assurer une bonne disponibilité en azote sur la phase automnale
Pour assurer une croissance régulière et suffisante à l’automne, ce qui atténuera la nuisibilité des attaques d’insectes, le colza doit être suffisamment alimenté (N/P/K). En situation de faibles reliquats azotés avant colza, il est fortement conseillé d’apporter une fertilisation organique en privilégiant les produits à minéralisation rapide (lisier, fientes de volaille, vinasses) qui seront rapidement utilisables par le colza. L’implantation du colza derrière une légumineuse permet aussi de garantir un stock d’azote minimal dans le sol, mais avec des niveaux différents en fonction de la légumineuse choisie (la luzerne ou autres légumineuses pérennes offrant généralement les stocks les plus importants). L’objectif à atteindre est de 1,2 à 1,5 Kg/m² de biomasse aérienne fraiche en entrée d’hiver (45 g par plante), et un pivot de 15 cm de profondeur.

Association des légumineuses gélives
L’association des légumineuses au colza apporte plusieurs bénéfices selon les plantes compagnes choisies. Entre autres, cette association peut permettre d’accroître la concurrence vis-à-vis des adventices, d’améliorer la nutrition azotée et le fonctionnement du colza à l’automne et au printemps, et d’atténuer les dégâts de larves d’insectes d’automnes.

Le choix variétal
La gestion du risque d’élongation doit impérativement être prise en compte. En semant tôt et en apportant l’intégralité des produits organiques au semis, le risque d’élongation est d’autant plus augmenté. Par conséquent, le choix d’une variété très peu sensible à l’élongation est indispensable. De plus, pour limiter la nuisibilité des méligèthes, un mélange d’une variété à floraison précoce de l’ordre de 7 % à 14 % est préconisée dans les secteurs où l’infestation des méligèthes est avérée. Les méligèthes visiteront prioritairement les fleurs ouvertes des plantes précoces qui deviennent alors des plantes pièges.


L’augmentation des surfaces en colza bio ne souffrirait d’aucun manque de débouchés, d’après Biocer... bien au contraire.
L’augmentation des surfaces en colza bio ne souffrirait d’aucun manque de débouchés, d’après Biocer... bien au contraire. - © Pixabay

Quels débouchés pour du colza bio produit dans les Hauts-de-France ?

En novembre 2019, à l’occasion d’un tour de plaine à l’EARL Plaine de vie à Bayonvillers (80) chez Sylvain Deraeve, l’association Bio en Hauts-de-France et la coopérative Biocer expliquaient à un groupe d’agriculteurs – ils étaient une petite dizaine – les opportunités représentées par la culture de colza bio. Coopérative 100 % bio depuis 1988, Biocer revendique environ 250 adhérents dont 95 dans les Hauts-de-France et collecte un large panel de produits, qu’il s’agisse de céréales, des légumineuses, de protéagineux ou de cultures émergentes telles que le quinoa, le haricot blanc et rouge, le soja, le pois chiche...

Un manque pour l’alimentation humaine...
En ce qui concerne le colza bio, Biocer appuie son développement sur deux débouchés : l’alimentation humaine pour laquelle il s’agit de fabriquer de l’huile ; et l’alimentation animale avec la fabrication de tourteaux. En ce qui concerne la première voie de valorisation, «la demande est existante et elle est importante», assurait Yannick Cosperec, en novembre dernier. Partie prenante avec Cocebi et Probiolor de l’union de coopératives bios Fermes bio, Biocer participe à la fourniture d’un contrat d’huile de colza avec le groupe de distribution Biocoop. Problème, selon Biocer, alors que le contrat porte sur 200 tonnes, Fermes Bio n’est actuellement en mesure que d’en fournir la moitié.
D’autres besoins, auprès d’autres transformateurs et/ou distributeurs sont également identifiés : entre 400 et 500 tonnes pour Bioplanet ; entre 200 et 300 tonnes pour des huiliers divers. Au total, ce ne seraient pas moins de 900 tonnes de colza qui pourraient facilement trouver preneur alors que Biocer et Fermes Bio ne sont en mesure «que» d’en fournir une centaine de tonnes. Les volumes manquants seraient produits, d’après Biocer, «par des producteurs indépendants en Alsace et en Bretagne, des régions où le colza bio marche bien et où il n’y a pas de colza conventionnel». Une part de cette demande est également satisfaite par le biais d’importations (Roumanie, Pologne...) ou par des produits de substitution tels que le tournesol linoléique.

…comme en alimentation animale
Dans le domaine de l’alimentation animale, la demande de tourteau de colza bio profite d’un essor de l’élevage de poules pondeuses, comme du développement des élevages porcins. Même s’il doit être distribué en quantité limitée (2 à 3 %) – il donne un goût à l’œuf -, le tourteau de colza est complémentaire du tourteau de tournesol dans la composition de l’aliment pour poules pondeuses. En élevage porcin, le taux d’incorporation du tourteau de colza peut être plus élevé, en complément du pois. L’association «pois + tourteau de colza» permettrait de substituer totalement l’apport de soja dans la ration des porcs charcutiers. Sans se hasarder à fournir des chiffres sur les besoins en colza bio de la filière «alimentation animale», Biocer affirme néanmoins que «les FAB (fabrication d’aliment à la ferme) seraient en mesures d’absorber la totalité du tourteau de colza si cette production venait à se développer».  

V. F.

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