L'Action Agricole Picarde 19 mars 2018 à 06h00 | Par A.Baillet et A.Van Boxsom (Terres Inovia)

Colza : faut-il ajuster la dose d’azote totale ?

Les premiers apports d’azote sont déjà réalisés. Toutefois, il est encore temps d’ajuster la dose totale à apporter en fonction de la biomasse mesurée en sortie d’hiver et de l’état des cultures qui détermine le potentiel de rendement.

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- © AAP


Les observations réalisées avant les premiers apports d’azote indiquent une biomasse moyenne de l’ordre de 1,33 kg/m² ; ce qui est légèrement supérieur à la moyenne pluriannuelle qui oscille autour de 1,13 kg/m² en sortie d’hiver. La proportion de petits colzas est également plus faible (cf. tableau).

Cette situation s’explique par des semis précoces, des conditions favorables à la croissance automnale et un hiver peu rigoureux - avant la période d’observation - ce qui a limité la défoliation comme en témoignent les suivis de croissance réalisés par les équipes de Terres Inovia en régions.

Défoliation des colzas
Les pertes de biomasse consécutives aux fortes gelées enregistrées fin février sont très variables d’une situation à l’autre : 0 à 60 % de perte de poids verts dans notre réseau. Dans les situations les plus impactées, la question du réajustement de la dose d’azote se pose. Une analyse au cas par cas est nécessaire.
Pour les colzas tout juste redémarrés, pour lesquels l’allongement de la tige est faible à nulle, une mesure de biomasse postérieure au gel peut être prise en compte dans le calcul de la dose d’azote. Cette dernière mesure se substitue à la biomasse sortie hiver estimée avant l’épisode de gel. A défaut de pouvoir réaliser une nouvelle mesure, on peut considérer une perte de biomasse de 30 à 50 % selon la sévérité de la défoliation.
Pour les colzas à un stade avancé (D1-D2), la mesure de biomasse n’est plus représentative de la quantité d’azote absorbée à l’ouverture du bilan. La remobilisation de l’azote dans la plante a débuté. Aussi les coefficients de conversion de la biomasse en azote absorbé ne sont-ils plus valides. Par ailleurs, les premiers apports d’azote sont déjà en tout ou partie valorisés. Dans l’état actuel des connaissances, nous ne sommes pas en mesure de modifier le raisonnement pour l’estimation de la dose d’azote prévisionnelle.
Les calculs réalisés pour des cas types observés sur le terrain nous montrent qu’une augmentation de la dose de 30 kgN/ha doit suffire dans la majorité des situations où le potentiel de rendement n’est pas remis en question. Dans les parcelles où le potentiel est affecté (gel, larves, hydromorphie), il est inutile d’augmenter la dose d’azote.
La biomasse sortie d’hiver et l’objectif de rendement conditionnent fortement la dose d’azote totale à apporter. Si le premier facteur peut être objectivé par une mesure, le second est plus difficile à appréhender. Soyez raisonnable lorsque vous fixez l’objectif de rendement. La règle de décision de la Réglette azote colza® sécurise l’atteinte du potentiel et la rentabilité technico-économique. Il est donc inutile de se rassurer en surestimant l’objectif de rendement. Par ailleurs, rappelons que l’azote n’est pas le premier facteur limitant du rendement dans une situation sur deux (source 68 essais courbe de réponse du rendement à l’azote - Terres Inovia).
Certaines parcelles ont pu être affectées par des excès d’eau au cours de l’hiver ou bien encore par l’épisode de froid intense survenu fin février. Un diagnostic précis de l’état de la végétation - aérienne et racinaire – doit être réalisé pour déterminer un objectif de rendement réaliste dans le cas où le maintien de la culture est confirmé. Tant que les chantiers d’azote ne sont pas soldés, il est toujours temps de reconsidérer le potentiel de la parcelle pour ajuster le niveau des charges.
Dans les parcelles présentant de fortes biomasses à l’entrée et à la sortie de l’hiver, les doses d’azote conseillées peuvent être faibles, inférieures à 100 uN, voire proches de zéro. On comprend que tout un chacun est frileux pour baisser la dose d’azote à ce point, d’autant plus dans les «régions froides», où la minéralisation de printemps peut se faire attendre et dans un contexte de reliquats azotés faibles du à une pluviométrie hivernale excédentaire.

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