L'Action Agricole Picarde 26 août 2018 à 06h00 | Par Nicolas Bareil (Arvalis - Institut du végétal)

Comment lutter contre les insectes au cours du stockage ?

La présence d’insectes vivants dans les stocks représente un frein à la commercialisation des grains.

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Arvalis - Institut du végétal préconise de suivre un itinéraire raisonné du stockage basé sur la prévention du risque. Cela passe d’abord par le nettoyage des locaux et du grain, puis par la mise en œuvre d’une ventilation de refroidissement, avec suivi des températures du grain et, enfin, l’utilisation de méthodes de lutte curative si nécessaire.
Un stock de grains est un milieu propice au développement d’insectes, qui, à l’exception de l’alucite, ne proviennent pas du champ. Il existe deux types d’insectes de stockage : les insectes primaires et les insectes secondaires. Les premiers comme les charançons et le capucin s’attaquent aux grains entiers et se développent à l’intérieur du grain. Seuls les adultes sont visibles, ce qui complexifie la détection et la lutte ; on parle aussi d’insectes à formes cachées. Les deuxièmes, comme les silvains et les triboliums, se nourrissent uniquement de grains brisés, de brisures, voire de poussière provenant des grains. Ceux-ci se développent en dehors des grains, leurs larves et leurs nymphes sont donc visibles dans un stock infesté. On parle aussi d’insectes à formes libres uniquement.

Les actions préventives
La lutte contre les insectes se complexifie. En quelques années, le nombre de produits phytopharmaceutiques disponibles s’est considérablement réduit, et de plus en plus de débouchés excluent leur usage. L’utilisation de méthodes alternatives devient donc un impératif.
Il est donc indispensable de privilégier toutes les actions préventives de lutte qui peuvent être rassemblées dans un itinéraire technique du stockage (cf. figure 1), dont chaque étape apporte sa contribution à la maîtrise finale des insectes.

Comment ça marche ?
Avant la récolte, il convient de nettoyer au mieux les installations de stockage et le matériel de manutention (et de récolte) afin d’éliminer les reliquats de grains et les amas de poussières qui constituent un refuge pour les insectes, et donc une source d’infestation potentielle pour la récolte suivante. Ce nettoyage peut être complété par un traitement des parois de cellules et du matériel avec un insecticide de contact homologué.
Lors de la récolte, un bon réglage de la moissonneuse est important afin de réduire la teneur en impureté du grain (balles, paille, grains cassés). Si possible, un passage au nettoyeur séparateur permet d’éliminer ces impuretés qui, d’une part, obstruent les espaces entre les grains et réduisent le passage de l’air de ventilation dans le stock et, d’autre part, constituent une source de nourriture pour les insectes secondaires.
Une fois le grain stocké, il est indispensable de le ventiler avec un matériel adapté afin d’en abaisser la température.
La ventilation se conduit en trois paliers successifs avec un objectif de température de plus en plus bas au fil des saisons (20°C en été, 12°C en automne et 5°C en hiver). La propreté du grain facilite la ventilation, d’où l’importance du nettoyage. Il est primordial de suivre la température du grain à l’aide d’un système de thermométrie fixe ou mobile afin de détecter le plus précocement possible une élévation anormale de température. Il faut savoir qu’une ventilation bien conduite a systématiquement un effet répulsif et peut même présenter un effet insecticide.
A partir de ce niveau de technicité, les traitements curatifs devraient être quasiment inexistants. Néanmoins, la pose de pièges à insectes au-dessus des stocks et leur contrôle régulier permettent de déceler précocement une présence d’insectes et de mettre en œuvre des méthodes correctives tant que l’infestation est minime. Ces méthodes de lutte curatives consistent encore, dans la plupart des cas, à réaliser un traitement des grains à l’aide d’un insecticide de contact. La fumigation est aussi une technique intéressante mettant en œuvre un gaz insecticide dans une cellule ou une case. Des techniques alternatives sont actuellement à l’étude, en particulier le traitement des grains à la chaleur par passage dans un séchoir (thermodésinsectisation). Cette dernière a prouvé son efficacité et est en cours d’amélioration.
Arvalis dispose sur son site de Boigneville (91) d’une plateforme expérimentale de stockage : la plateforme métiers du grain (PFMG). Cet outil permet des expérimentations autour des composantes du stockage (réception des grains, séchage, nettoyage, ventilation, fumigation…).

La ventilation de refroidissement
Les insectes ne peuvent vivre et se reproduire correctement que dans des conditions bien précises de température. Lorsque le grain n’est pas ventilé, il reste d’abord chaud avant de se réchauffer par lui-même du fait des phénomènes de respiration et de fermentation ; les insectes prolifèrent alors allègrement (cf. figure 2). A l’inverse, la ventilation de refroidissement limite leur développement, voire les tue.
Il est ainsi conseillé d’abaisser la température avec pour objectifs des seuils de 20, 12 et 5°C pour des grains ayant une teneur en eau proche des normes commerciales. Pour le premier palier, une température du stock inférieure aux températures diurnes dissuade les insectes d’infester le stock. Pour le deuxième, le seuil de 12°C correspond, quant à lui, à la température à partir de laquelle le développement du charançon est stoppé.
Enfin, une température de 5°C maintenue sur plusieurs mois est létale pour les insectes. Elle a aussi l’avantage de permettre aux grains de rester à moins de 12°C lorsque les températures remontent au printemps. En réalisant ces trois paliers, le grain peut ainsi être conservé jusqu’à l’été suivant.
Le pilotage du ventilateur à l’aide d’un thermostat optimise le refroidissement d’un stock.

Le nettoyage des grains améliore les performances
Le nettoyage des grains à l’aide d’un nettoyeur séparateur (ici un nettoyeur rotatif) élimine une partie des impuretés d’un lot de blé tendre (cf. tableau). Les impuretés à base de brisures constituent une source de nourriture pour les insectes à formes libres ; leur élimination diminue donc le stock alimentaire de ces insectes.
Les impuretés comme les balles ou la paille obstruent les espaces entre les grains. Leur élimination au moment du nettoyage libère ces espaces et favorise le passage de l’air au travers du stock. Les performances de la ventilation sont alors améliorées (figure 3). Dans le cas présent, le nettoyage augmente de 8 % le débit d’air et le débit spécifique. Cela permet de refroidir plus rapidement le grain tout en consommant moins d’électricité.

- © D. R.

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