L'Action Agricole Picarde 27 septembre 2019 à 06h00 | Par Propos recueillis par Vincent Fermon

Cristal Union envoie un «signal fort» pour maintenir ses surfaces

Président du groupe Cristal Union, Olivier de Bohan défend le plan de restructuration décidé au second trimestre 2019 et annonce un prix de betteraves revalorisé pour 2020.

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«Le pire pour Cristal Union aurait été de ne rien faire», défend Olivier de Bohan au sujet du plan de restructuration du groupe.
«Le pire pour Cristal Union aurait été de ne rien faire», défend Olivier de Bohan au sujet du plan de restructuration du groupe. - © Cristal Union



En avril 2019, Cristal Union annonçait la mise en place d'un plan de restructuration «afin de pérenniser son activité et garantir le meilleur niveau possible de rémunération aux planteurs». Où en est-on à l'heure où une nouvelle campagne démarre ?

Les décisions qui ont été prises ont été parmi les plus difficiles qu'il a fallu prendre dans la vie de Cristal Union. En tant qu'agriculteur et coopérateur convaincu, ces décisions de projet de fermeture des usines de Bourdon (63) et Toury (28), ainsi que la restructuration de l'atelier de condition alsacien d'Erstein me sont difficiles, mais elles sont nécessaires. La restructuration de Cristal Union se fait dans l'intérêt du groupe et des planteurs. C'est la réalité de la fin des quotas betteraviers qui a fini par nous rattraper avec de graves menaces pour nos outils et plusieurs bassins de production. Les quotas offraient une certaine sécurité aux producteurs comme aux industriels. Aujourd'hui, quand le marché mondial s'effondre en raison d'une surproduction, les répercussions se font ressentir chez nous aussi.

Existait-il d'autre recours pour Cristal Union que celui consistant à fermer plusieurs sites industriels en France ?
Nous sommes contraints d'en passer par là pour rester debout demain. Les choses suivent leur cours. Un plan social a été lancé à Toury. Concernant le bassin de production, il n'y aura pas de conséquences. En revanche, en cas de fermeture du site de Bourdon, et de sortie des coopérateurs, la production betteravière dans ce secteur pourrait être remise en cause. A Erstein, le site n'est pas remis en cause, même si la restructuration entraîne aussi un plan social. Nous sommes partout à la recherche d'alternatives pour y maintenir des activités. Mais pour l'heure, nous restons prudents dans la communication sur ces dossiers.

Ce plan de restructuration vous permet-il d'aborder 2020 plus sereinement alors que le groupe Cristal Union a enregistré une perte de 99 millions d'euros sur l'exercice 2018 et que l'année 2019 a été délicate pour la filière sucre en France ?
Le plan de restructuration engagé par Cristal Union vise à améliorer ses prix de revient. En parallèle, un programme de réduction des coûts a été lancé et il concerne l'ensemble de l'entreprise. Nous nous sommes donné les moyens de préserver et d'améliorer la valorisation des betteraves. Pour 2020, nous voyons les choses positivement. Après avoir été bas, les prix du sucre amorcent aujourd'hui une hausse, notamment sur le marché européen, et nous nous en réjouissons. C'est dans ce contexte que nous annonçons à nos planteurs un prix de betteraves en hausse pour 2020, en l'amenant à 23 euros/tonne à 16°. Nous ajouterons à cela une prime de compétitivité, et différentes primes liées à la campagne : enlèvements précoces ou tardifs, complément de prix de richesse..., ainsi que des ristournes éventuelles en fonction des résultats de l'exercice.

Quelle base de calcul sera retenue pour l'attribution de la prime de compétitivité ?
Il s'agit d'une prime de 2 EUR par tonne qui concerne les vingt-cinq derniers pourcents de l'engagement d'un planteur. Sur un engagement de 1 000 tonnes, cela reviendra à payer 25 EUR par tonne les 250 dernières tonnes, ce qui représente une plus-value de 500 EUR.
Il y a deux ans, j'ai pris la décision de  remettre en cause l'engagement de prix à 25 EUR par tonne, parce que le contexte était compliqué. Aujourd'hui, nous avons voulu rattraper les choses. Nous faisons cela suffisamment tôt pour que les producteurs puissent s'engager rapidement.

Derrière ce geste, faut-il voir une manière de fidéliser les planteurs de Cristal Union, d'en attirer de nouveaux, ou les deux ?
L'objectif pour Cristal Union est d'au moins maintenir nos surfaces. C'est pour cela que nous envoyons un signal fort. En 2017, les surfaces ont augmenté de 20 %. Elles ont été stables en 2018 et ont légèrement baissé en 2019 (- 7 %). Au cours des deux dernières années, on voit donc que nos planteurs ont joué le jeu en ne diminuant pas trop leur engagement. Si nous voulons continuer comme cela, nous devions répondre présents. Nous sommes en mesure d'accepter quelques milliers d'hectares supplémentaires parce que nous avons les capacités pour les transformer, avec des usines situées dans un périmètre relativement proche, tout en maintenant des durées de campagne raisonnables. Il s'agit d'une nouvelle opportunité pour des planteurs de betteraves de sécuriser leur activité betterave tout en bénéficiant des investissements réalisés par les coopérateurs historiques.

Comme vous le redoutez, en quoi la mise en place d'OP pour les planteurs livrant à Saint Louis Sucre peut-elle jouer en défaveur de votre volonté d'accueillir de nouveaux planteurs et d'augmenter les surfaces transformées par Cristal Union ?
Les agriculteurs doivent garder la possibilité de rejoindre une coopérative et Cristal Union veut pouvoir leur donner cette possibilité. Je ne suis pas là pour juger la situation des autres entreprises de transformation de betteraves, ni leur organisation, et je comprends tout à fait que des agriculteurs soient tentés de s'organiser pour livrer une usine. Il faut simplement avoir connaissance de ce que la mise en place d'OP peut changer puisque cela est très encadré. Dès lors qu'un agriculteur s'engage dans une OP reconnue, il a l'obligation d'apporter la totalité de sa production à cette organisation. Cela l'empêche donc de devenir associé d'une coopérative comme Cristal Union. Si un producteur veut jouer sur les deux tableaux, libre à lui de le faire, mais il devra préalablement adhérer à notre coopérative avant de devenir éventuellement membre d'une autre OP.

Quels sont, selon vous, les avantages à rejoindre une organisation coopérative  ?
Devenir coopérateur, c'est une manière de prendre son destin en main et de préserver nos outils comme nos productions. C'est un conseil d'administration composé à 100 % d'agriculteurs qui décide des orientations de notre coopérative. Nous sommes là pour travailler pour les adhérents. Nos assemblées générales sont l'occasion de s'exprimer sur les choix à faire, mais pour cela, il faut y participer. Quand on économise quelques euros sur certains postes et qu'on améliore notre rentabilité, on le fait pour que cela profite aux agriculteurs. Le capital investi n'est pas perdu. Si 90 % des betteraviers sont aujourd'hui réunis au sein de coopératives, c'est qu'il doit y avoir de bonnes raisons de le faire.

En juin 2019, vous déclariez votre volonté de voir Cristal Union «rester maître de son destin». La participation d'Unigrains au financement de votre coopérative depuis septembre dernier y change-t-elle quelque chose ?
Cette opération ne va pas interférer dans le fonctionnement de l'entreprise Cristal Union. Nous restons propriétaires de nos outils. Mais cette opération a surtout le mérite de rassurer tout le monde et permet de renforcer notre structure financière. C'est le signe que notre situation financière est saine, même si nous connaissons des difficultés. Si Unigrains a fait le choix de nous accompagner, c'est parce que nous avons eu le courage de prendre certaines décisions. Le pire pour nous aurait été de ne rien faire.

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