L'Action Agricole Picarde 17 mars 2020 à 06h00 | Par Vincent Fermon

Des bières qui fleurent bon le patrimoine

La jeune brasserie amiénoise Ambiani fabrique des bières de manière artisanale dont les noms et les recettes évoquent le patrimoine de la ville d’Amiens et ses alentours. Logique pour Julien Labesse, un enfant du pays qui a pas mal voyagé.

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Avec Ch’lafleur, Julien Labesse a décroché une médaille de bronze lors de la dernière édition du concours général agricole de Paris. © V. F. Une gamme de six bières est ponctuellement complétée de mini-séries originales qui viendront peut-être l’élargir dans les prochains mois. © V. F.

L’entrepôt qu’il occupe au 14 rue Colbert à Amiens a déjà vu pas mal d’activités se succéder avant que Julien Labesse n’y installe sa micro-brasserie. Si c’est dans ce bâtiment en cours de réagencement qu’il fabrique ses bières de manière artisanale, c’est aussi là qu’il les fait déguster et qu’il en commercialise un certain volume. Le jour où l’on décide d’aller à la rencontre du fondateur de la brasserie Ambiani pour évoquer la médaille qu’il a décroché au dernier concours général agricole de Paris, ce dernier est justement en train de présenter sa gamme à de futurs acheteurs professionnels.

D’ingénieur à brasseur
Créée en juin 2018, la Brasserie Ambiani propose déjà une large gamme de bières «d’inspiration anglo-saxonne» ; à l’opposé, donc, d’autres bières fabriquées dans les Hauts-de-France typées «belge». Ce positionnement, Julien Labesse le doit à ses expériences professionnelles outre-Manche et aux États-Unis. Avant de se lancer dans la création d’une micro-brasserie, le désormais chef d’entreprise a parcouru une bonne partie du globe de par son métier d’ingénieur dans l’industrie pétrolière. «Après quinze ans de carrière dans ce domaine, j’ai voulu changer d’orientation, explique-t-il. J’en arrivais à faire mon métier par obligation, sans plaisir. Je passais beaucoup de temps à l’étranger, sans voir grandir mes enfants. Je gagnais bien ma vie, mais j’avais en même temps le sentiment de ne pas en profiter.» Après six ans passés hors de France, c’est lorsqu’il revient s’installer en France, à Paris, qu’il perçoit «un alignement de planètes» : «Je suis né à Amiens et je me suis toujours dit que j’y reviendrai un jour. Mon épouse, qui est enseignante, a trouvé un poste à Amiens. Dans le même temps, j’avais envie d’entreprendre et c’est comme cela que nous sommes revenus ici».

L’histoire locale à l’honneur
Entreprendre, mais dans quel secteur ? Brasseur amateur, Julien Labesse voit la fabrique de ce produit comme une évidence : «Internet a été une bonne source de connaissances. Puis, je me suis lancé». À la manière d’un chef de cuisine, il imagine puis teste des recettes qu’il partage ensuite. «Fabriquer de la bière, c’est de la pâtisserie. On cherche des arômes, des saveurs, des rondeurs tout en étant précis. Une fois qu’on a fixé une recette, il suffit de la décliner en plus grande quantité.» Reste ensuite à trouver un nom à chacune de ses bières : «Ch’Lafleur», une bière blonde de caractère, mais fleurie, en référence à la marionnette ; «Mon Jules», clin d’œil à Jules Verne d’après une recette anglo-saxonne et d’un houblon allemand ; de style «trappiste», la 1220 fait référence à l’année de la pose de la première de la cathédrale d’Amiens ; bière brune, la Tropicarde est fabriquée à partir de malts torréfiés et de fèves de cacao, avec un nez vif et fruité ; enfin, Hortellus se caractérise par des notes fruitées et de l’amertume, en hommage aux hortillonnages d’Amiens. Le nom Ambiani est un clin d’œil à la tribu gauloise qui a donné son nom à la ville d’Amiens.
Si le nom de ses bières est tiré de l’histoire locale, Julien Labesse s’attache aussi à sélectionner ses matières premières en fonction de leur provenance : «Je travaille avec la malterie Soufflet qui propose un malt d’orge certifié Hauts-de-France», explique-t-il. Les bouteilles sont, quant à elles, fabriquées dans une verrerie de l’Aisne. Matière première principale pour la fabrication d’une bière, l’eau est tirée dans la nappe phréatique amiénoise. Finalement, il n’y a que les étiquettes – elles sont imprimées en Normandie – les capsules et le houblon qui ne soient pas d’origine régionale : «J’utilise une quinzaine de variétés de houblons, dont plusieurs exotiques, détaille le brasseur. Elles viennent d’Angleterre, d’Allemagne, de Nouvelle-Zélande, d’Australie ou des États-Unis. Leur choix dépend des arômes que l’on veut trouver.»

Distribution locale et cours de brassage
Jusqu’à présent, les bières de la Brasserie Ambiani sont à retrouver essentiellement chez des distributeurs des Hauts-de-France... et un à Paris. Chaque premier samedi du mois, le brasseur propose à des néophytes de venir brasser avec lui le temps d’un atelier-découverte. Et la formule plait : «Nous réunissons un groupe entre six et dix participants. C’est une manière de partager un moment avec des gens qui veulent fabriquer de la bière.» Non sans une certaine malice, Julien Labesse confie retrouver parmi ses clients ceux qu’il appelle les «déçus du kit de brassage à la maison». «Pour réussir un brassin, il faut chercher à comprendre comment les choses fonctionnent.  C’est un métier qui s’apprend par étapes, car il faut être irréprochable», poursuit-il. Avec les conseils d’un professionnel, fabriquer de la bière deviendrait presque un jeu d’enfant ; et la dégustation n’en est que plus subtile.

Ch’Lafleur médaillée de bronze au concours général agricole 2020

Sur les cinq bières présentées par la Brasserie Ambiani au dernier Concours général agricole de Paris, l’une d’elles a particulièrement séduit le palais des dégustateurs du jury du concours des bières : la Ch’Lafleur. Elle décroche en effet une médaille de bronze, ce qui rend particulièrement fier son créateur. «Honnêtement, quand je les ai inscrites, je pensais plutôt que c’est la Mon Jules qui allait se démarquer, rapporte Julien Labesse. Mais je suis quand même très satisfait.» Quand il reçoit un message de la part de la Chambre d’agriculture lui annonçant la bonne nouvelle, ce fut d’abord une surprise. Pour le néo-brasseur, voir l’une de ses créations remporter un prix est un encouragement : «C’est comme une tape sur l’épaule qui fait du bien.» «Brasser, explique-t-il, c’est un métier physique et dur. Il ne suffit pas seulement d’aimer la bière. Il faut se donner du mal pour un résultat que tout le monde n’aimera pas forcément.» En obtenant une médaille au CGA, même de bronze, Julien Labesse sent que le regard de certains acheteurs sur sa bière a changé. Incontestablement, cela lui ouvre des portes, mais surtout lui donne envie de créer à nouveau. «C’est difficile à décrire, mais quand je sors dans un bar et que je vois des gens qui partagent un bon moment en dégustant une de mes bières, j’ai l’impression de participer avec eux.»

L’interprofession du houblon officiellement constituée

L’interprofession du houblon français a été officiellement lancée au salon de l’Agriculture, jeudi 27 février, à la suite de la reconnaissance par le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, de la création d’InterHoublon, le 13 février 2020. Les producteurs, les négociants et les brasseurs ont construit leur projet avec la volonté de contribuer à la structuration et au développement de la filière du houblon français, actuellement en plein développement. «En vertu du cadre de référence européen, InterHoublon pourra proposer des accords interprofessionnels pour mieux régir l’activité de la filière dans le cadre de sa stratégie», écrit l’interprofession. L’organisation aura pour missions principales de publier des informations statistiques ou économiques, de promouvoir le houblon français auprès du consommateur, de favoriser le développement de la culture du houblon sur tout le territoire ou, encore, de construire le cahier des charges de production en conduite bio et en conventionnel. La surface nationale consacrée au houblon s’élève à 500 hectares en France, dont 94 % en Alsace, 5 % dans le Nord et 1 % sur le reste de la France, une production aujourd’hui très largement déficitaire.

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