L'Action Agricole Picarde 13 novembre 2017 à 08h00 | Par Alix Penichou

Des chats pour lutter contre les rongeurs dans les cultures

Jean-Pierre Demailly, maraîcher bio à Eppeville, a trouvé une solution originale pour lutter contre l’invasion des ravageurs dans ses plantations : cinq chats occupent désormais les lieux !

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Loustic est l’un des cinq chats que Jean-Pierre Demailly a adopté pour se débarrasser des rongeurs, dévoreurs de légumes.
Loustic est l’un des cinq chats que Jean-Pierre Demailly a adopté pour se débarrasser des rongeurs, dévoreurs de légumes. - © Alix Penichou


Des brocolis grignotés et des choux-raves bien entamés. C’est l’amer constat qu’à fait Jean-Pierre Demailly, maraîcher bio à Eppeville, l’hiver dernier. «Je ne savais pas comment faire pour écarter les rongeurs car, en bio, les raticides et autres poisons sont interdits.» Quelques pièges installés ça et là n’ont pas suffi à éradiquer les rats et les souris. «Et puis un jour, un client membre de l’Association Saint-Quentin félins, qui s’occupe de la stérilisation de chats errants et qui cherche des familles d’adoption, m’a proposé de prendre quelques chats.» L’homme a trouvé l’idée bonne et il est devenu l’heureux propriétaire de cinq chats, il y a trois ou quatre mois.

Des dégâts ? «Oui, les chats en font un peu. Quelques excréments et deux ou trois plants déracinés parce qu’ils grattent. Mais il suffit de les repiquer. Ce n’est rien par rapport aux ravages que font les rats !» Surtout, le salaire de ces employés particuliers n’est pas excessif : il s’élève à un panier à l’abri et des croquettes à volonté.
Jean-Pierre Demailly espère qu’ils seront efficaces, car sa petite carrière de maraîcher a déjà été menée à rude épreuve. L’ex-ingénieur informaticien à Lille, amoureux de la nature et jardinier passionné, a eu envie de changer de voie. Après une formation professionnelle en 2011 (BPREA), puis trois longues années de démarches bancaires et administratives, il s’est installé en mars 2014 sur cette parcelle de 15 000 m2, en plein cœur des hardines (équivalent des hortillons, à Amiens). «J’avais un projet de ferme-auberge en Ardèche, où habite ma belle-famille. Mais les banques n’ont finalement pas souhaité me suivre. Je suis donc resté en Picardie.»

Une chaîne alimentaire équilibrée
La première récolte de 2015 fut plutôt encourageante. Même si le maraîcher constate vite que, dans cette zone très humide, coincée entre de larges fossés d’eau, les nuisibles ont très peu de prédateurs. «Les chats permettent aussi de rétablir l’équilibre de la chaîne alimentaire», explique-t-il.
2016 fut, elle, une année «catastrophique». «Il a tellement plu que le terrain était totalement gorgé d’eau. J’ai tout perdu.» L’homme opte alors pour de l’achat et revente de légumes, pour ne pas perdre sa clientèle. «Je fonctionne un peu comme une Amap. Chaque semaine, je prépare des paniers, tous identiques, et les gens viennent les chercher chez moi ou chez d’autres agriculteurs qui ont des points de vente.» Mais en achat et revente, les marges sont très faibles. «J’ai dû combler les pertes avec ma trésorerie personnelle. C’était un sacré coup dur.»
Les récoltes de cette année redonnent du baume au cœur. Jean-Pierre Demailly, lui, n’a pas abandonné l’esprit de la ferme-auberge dont il rêvait avant son installation. «J’ai revendu mon pavillon à Etreillers, inadapté à la pratique du maraîchage, pour acheter une ancienne ferme à Flavy-le-Martel (dans l’Aisne, ndlr). Je peux y stocker mon matériel.» Il projette également d’y ouvrir un magasin bio. La possibilité d’aménager quatre chambres avec salle de bains lui permettrait d’ouvrir des chambres d’hôtes, «avec le dîner concocté avec mes légumes» !

Quelques signes d’efficacité…
Pour cela, les chats devront faire leur part de boulot. «J’en aperçois un de temps en temps, assez furtivement, car ils sont très sauvages. Mais je sais qu’ils sont là, car le niveau de la gamelle de croquettes diminue régulièrement.» Les empruntes laissées entre la mâche et la chicorée ne trompent pas non plus. Quelques cadavres de rongeurs et d’oiseaux prouvent aussi qu’ils se sont mis au travail. Le résultat est-il satisfaisant ? «Je pourrai répondre à la fin du printemps, si les cultures hivernales n’ont pas été mangées !», lance le maraîcher.

Salades et miel

En plus du maraîchage bio, Jean-Pierre Demailly est apiculteur. «J’ai toujours eu quelques ruches pour mon propre plaisir.
En m’installant, en 2014, j’ai décidé de développer aussi cette activité, qui m’apporte un complément de revenus», assure-t-il.
Le professionnel s’occupe désormais de soixante-dix ruches. Parmi elles, trente-cinq sont parrainées. Jean-Pierre Demailly travaille avec Pollinium, une société savoyarde spécialisée, qui installe des ruches en milieu urbain et participe à améliorer la biodiversité en ville et en entreprise.
Le principe : une entreprise s’engage à assurer une certaine part du fonctionnement de la ruche et, en échange, l’apiculteur fournit cent pots de 125 g de miel, étiquetés au nom de la boîte.
Ternoveo, par exemple, société saint-quentinoise de négoce agricole, parraine cinq ruches. «Un sacré coup de pouce financier», annonce l’apiculteur. «Nous sommes constamment en recherche de parrains pour de nouvelles ruches.»

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