L'Action Agricole Picarde 14 juin 2020 à 06h00 | Par Alix Penichou

Des potagers exceptionnels révèlent leurs secrets lors d’un concours

Chaque année, le concours national des jardins potagers récompense des potagers remarquables au niveau de la diversité des espèces et des pratiques. À l’image de celui de Patricia Auvray, à Miannay, récompensé en 2009.

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Le potager traditionnel picard de Patricia Auvray est avant tout «un réservoir de biodiversité». Les fleurs se mêlent subtilement aux légumes. © A. P.  © A. P.  © A. P.  © A. P.



On dirait un tableau d’artiste. Une multitude de couleurs composent le jardin potager de Patricia Auvray. Les fleurs, pour la plupart sauvages, de toutes tailles et de toutes formes s’épanouissent au milieu des légumes, pour le plus grand bonheur des insectes butineurs. «La performance et le  rendement ne m’intéressent pas, annonce la jardinière. Bénéficier de légumes à disposition et se nourrir sainement est une chance. Mais j’ai toujours voulu privilégier l’esthétique du jardin et son réservoir de biodiversité.» Le résultat a séduit le jury du concours national des jardins potagers* puisqu’il a décroché le grand prix en 2009.
Voilà quarante ans que Patricia réside dans cette ancienne fermette, construite en 1814. «J’ai voulu conserver la structure traditionnelle de l’habitat picard», explique-t-elle. Le terrain, tout en longueur, présente des espaces bien distincts : la maison, puis le plan, qui était souvent l’enclos de l’âne, suivi du potager, et d’un espace boisé, tout au fond. Le potager lui-même a conservé l’organisation de l’époque : une allée centrale en gazon et des lignes de légumes perpendiculaires de part et d’autre. Cinq parcelles composent cet espace d’environ 600 m2.
Chaque année, le jardin de Patricia offre un spectacle différent. Elle l’improvise selon la rotation des cultures, les associations bénéfiques et le bon vouloir de la nature. «Les capucines et les œillets d’Inde vont bien avec les tomates, car les pucerons les préfèrent. Les choux boostent la croissance des pommes de terre et des betteraves rouges, mais ils ne s’accordent pas du tout avec les poireaux», prévient-elle. On y trouve «de tout» dans son jardin, «mis à part les asperges et les salsifis.» Parmi les espèces, quelques légumes anciens sont cultivés, comme le panais, ou la méconnue arroche, de la famille des épinards, «très intéressante car elle pousse toute l’année».
Toutes ces plantes sont gérées sans pesticide, à l’aide de moyens de lutte naturels. Lorsque les associations de suffisent pas, du purin d’ortie peut être utilisé pour renforcer les besoins de la plante, ou encore une décoction à base de tanaisie s’avère un répulsif efficace… Mais avec trois printemps très secs, les légumes de Patricia ont des comportements étranges. «Mes échalotes et mes oignons étaient chétifs. J’ai d’abord pensé qu’ils souffraient de la mouche du poireau. En fait, ils avaient soif et j’ai dû les arroser, alors que cela ne se fait pas normalement !» Les oiseaux, eux, sont les bienvenus. «Il faut savoir partager. Un peu pour eux, un peu pour nous. C’est tellement un plaisir de les voir.»

Cultiver les rencontres
À quoi Patricia pense-t-elle lorsqu’elle est au potager ? «À rien du tout», Rit-elle. Il n’y a plus que les plantes qui comptent : leurs semis, ce qu’elle pourrait améliorer… Et elle y passe, du temps, au milieu des bourdons et des plantes. «Je ne pourrais même pas dire combien. Plusieurs heures chaque jour, surtout en avril, mai et juin, les mois où il y a le plus de travail.» «Elle y va tôt le matin, parfois tard le soir, même quand il pleut», ajoute son mari.
Mais ne croyez pas que cette passion solitaire la coupe des relations sociales. Au contraire. «Le jardin m’a permis de faire de belles rencontres, notamment grâce à la participation au concours.» Elle a ainsi fait la connaissance de membres engagés de l’association Noé, observatoire de la biodiversité des jardins, et elle a, entre autres, accueilli a plusieurs reprises un photographe de Rustica, magasine mensuel de jardinage. «De très riches expériences».
Les concours sont en revanche terminés pour Patricia Auvray, car «ils demandent beaucoup d’investissements.» Mais elle compte bien poursuivre les belles rencontres, et ouvre volontiers son jardin a qui veut l’admirer. 

* Le concours est organisé chaque année conjointement par la FNJFC (Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs), la SNHF (Société nationale d’horticulture de France), l’Association Jardinot et le Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et des plants)



Jardiniers, mettez à l’honneur votre potager

Vous cultivez votre potager amoureusement, avec enthousiasme et passion ? Inscrivez-le au Concours national des jardins potagers 2020 et mettez-le à l’honneur. L’envoi des candidatures est possible jusqu’au 6 juillet 2020.
Le concours tient compte de la diversité des potagers, de leur environnement et de leur vocation. Inscrivez-vous dans la catégorie qui vous convient : jardin potager privatif ; potager dans un ensemble collectif de jardins (centre de jardins, jardins familiaux…) ; jardin potager privatif situé dans un environnement paysager (demeure, château, grand parc…) ; jardin ou parcelle pédagogique, réalisé sur initiative individuelle ou avec la participation d’associations de jardiniers ou de sociétés d’horticulture ; jardins partagés, mis en place et cultivés au sein d’une entreprise ou par une association.
Le jury, composé de personnalités du jardin, désignera les lauréats en fonction de différents critères qui  pourront être adaptés en fonction du contexte de l’année : connaissance et diversité des plantes cultivées, combinaison des variétés en fonction de la saison, raisonnement et pertinence du choix des espèces et des variétés, pratiques de jardinage, esthétique. Dans ce domaine, seront pris en compte la disposition du jardin potager dans le site, l’originalité du tracé, les cultures associées (arbres fruitiers), le mariage des fleurs et des légumes. Et enfin, les motivations. Ce critère reprend l’exemplarité du jardinier, le but de son jardinage, l’originalité du jardin.
Compte tenu des contraintes sanitaires imposées par la crise du Covid-19, les membres du jury ne se déplaceront pas dans les jardins. Ils étudieront très attentivement les dossiers des jardiniers et, une fois la sélection effectuée, les candidats pourront participer à un entretien téléphonique complémentaire avec deux membres du jury afin d’établir le palmarès final. En complément des distinctions, tous les lauréats nominés recevront l’ouvrage «Saveurs gourmandes du potager», des livres de jardinage, des abonnements à des revues, des semences, des végétaux et du petit outillage de jardinage.
Pour participer, il suffit de télécharger le dossier d’inscription sur l’un des sites partenaires et de le renvoyer (par courrier ou par mail) accompagné de vos plus belles photos à la SNHF jusqu’au 6 juillet inclus, le cachet de la poste ou la date du courriel faisant foi. Le dossier et le règlement sont également disponibles sur simple demande auprès de la SNHF ou par courriel à communication@snhf.org.

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