L'Action Agricole Picarde 12 octobre 2018 à 06h00 | Par Alix Penichou

Romain Meerschman a fait de l’herbe sa principale culture

Il paraît que l’herbe est toujours plus verte dans le pré d’à côté. Elle l’est sûrement chez Romain Meerschman, à Villers-Tournelle, qui en cultive quarante-cinq hectares, qu’il fait ensuite sécher en grange.

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Une fois dans la cellule, le foin, sur caillebotis, met entre deux jours et deux semaines à sécher, grâce à l’air chauffé 
par le double toit, puis ventilé.
Une fois dans la cellule, le foin, sur caillebotis, met entre deux jours et deux semaines à sécher, grâce à l’air chauffé par le double toit, puis ventilé. - © A. P.



86 ha de cultures dont la moitié d’herbe. Le ratio peut en étonner certains, mais c’est pourtant le modèle qu’à choisi Romain Meerschman, jeune agriculteur installé à Villers-Tournelle. Cette culture de l’herbe, pratique originale dans le secteur, lui a d’ailleurs permis de décrocher le trophée de l’installation remis par les JA de la Somme lors de la Plaine en fête, le 2 septembre.

«Mon père a toujours eu une entreprise à côté de la ferme pour le commerce de paille, explique le polyculteur. Il y a de moins en moins de fermes d’élevage, mais nous avons fait le constat que les centres équestres, eux, étaient toujours là. Et ils ont besoin de se fournir en foin.»
Mais les chevaux, et surtout leurs propriétaires, ont des souhaits bien particuliers : du foin de qualité équivalente toute l’année et, surtout, doté d’une belle couleur verte. «Si vous leur proposez du foin gris, même de qualité, ils n’en veulent pas». Pour répondre à cette demande, la seule solution était la construction d’un séchoir à foin. Un investissement de l’ordre de 300 000 Ä si le bâtiment est construit par un entrepreneur, que les Meerschman ont pu réduire grâce à la main qu’ils ont mis à la pâte. Une visite d’un séchoir existant, une étude, et deux ans de travaux plus tard, en 2014, l’installation était opérationnelle.

5 ha d’herbe en même temps
C’est un bâtiment impressionnant, composé de trois cellules, dont deux peuvent être remplies en même temps, capable d’accueillir 5 ha d’herbe coupés. L’air entre à chaque extrémité du hangar. Il est réchauffé grâce à un système de double toit, puis est aspiré dans un local d’aspiration. Deux ventilateurs soufflent ensuite cet air chaud et sec dans les cellules, dans lesquelles le foin repose sur des caillebotis. Comptez deux jours de séchage quand le mercure monte à plus de 25°C dehors. La température peut alors monter à 20 à 25° de plus à l’intérieur du bâtiment.  Il faudra, en revanche, presque deux semaines lorsque l’hygrométrie est plus élevée. «Un système assez coûteux, car gourmand en électricité et en temps. Comptez une heure de ramassage et de transport jusqu’au séchoir, à deux personnes, avoue Romain Meerschman. Nous l’utilisons donc quand les conditions météorologiques ne nous permettent pas de faire du bon foin à l’air libre.»
Le foin séché en grange a pourtant des qualités : l’herbe, principalement du ray-grass, n’a passé que deux jours par terre, dans le champ, après la fauche. Les qualités nutritives sont donc préservées, puisque le temps passé au soleil est réduit. Il est également moins poussiéreux. «Il est en fait équivalent au foin de Crau, (produit dans la plaine du même nom, dans les Bouches-du-Rhônes et détenteur d’une appellation d’origine constatée, ndlr), qualifié de meilleur foin de France.» Les ballots carrés, entre 400 et 500 kg, sont ensuite pressés les moins serrés possible car, dans les centres équestres, ils sont en général délassés à la main. Mais les 40 à 50 € supplémentaires par tonne de foin pèsent souvent plus lourd que l’argument de la qualité dans la filière équine… «Le débouché du foin séché en grange n’est pas encore assez fort pour tout produire de cette manière.»

Diversification des sols...
La culture de l’herbe reste une diversification intéressante pour Romain Meerschman. Une diversification de l’assolement, premièrement, peu coûteuse en produits désherbants. «Les vulpins et ray-grass résistants ne sont pas un problème, puisqu’ils sont fauchés et transformés en foin.» Seules les repousses de colza peuvent être génantes. Un coup de broyeur est alors nécessaire. «J’ai néanmoins recours à un glyphosate et à un labour occasionnel pour détruire avant les semis de la culture suivante», ajoute l’agriculteur. 2,5 coupes sont réalisées en moyenne. Mais cette année particulièrement sèche n’en a permis qu’une seule. La plus grosse période de l’activité est donc en mai et en juin pour la fauche, le séchage, le pressage, le stockage… «Contrairement à ce que je pensais au début, les céréales me prennent bien moins de temps !»

... et des revenus
Une diversification des revenus, ensuite. «La marge brute est équivalente à celle d’un blé en année normale, à 80 qx/ha et à 180 /t », précise-t-il.
Pour faire évoluer son activité, Romain Meerschman a des projets en tête. «Un système d’irrigation me permettrait de sécuriser la pousse de l’herbe, même en année sèche. Mais l’investissement est lourd.» Cette année, l’innovateur a pressé cent cinquante petits ballots, de 18 kg environ, «mais pour l’instant, je ne croule pas sous la demande», sourit-il. Une expérience qu’il va réitérer.

- © AAP

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