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«Donner de la visibilité et redynamiser la production»

Prêt cheptel à 0 %, nouveau contrat tripartite, la coopérative régionale étoffe ses outils pour accompagner les éleveurs dans la crise.

De gauche à droite, Eric Bettens, directeur secteur porcin de Cobévial, aux côtés d'Hervé Drouvin, président de Cobévial et du conseil de surveillance du groupe Alliance, et de David Delerue, directeur du secteur bovin de Cobévial.
De gauche à droite, Eric Bettens, directeur secteur porcin de Cobévial, aux côtés d'Hervé Drouvin, président de Cobévial et du conseil de surveillance du groupe Alliance, et de David Delerue, directeur du secteur bovin de Cobévial.
© AAP



Afin de les aider à faire face à la crise actuelle, la Cobévial a mis en place plusieurs mesures d’accompagnement en faveur de ses éleveurs bovins et porcins. «Celles-ci sont le fruit d’une réflexion menée par le conseil d’administration sur les leviers à actionner pour donner plus de visibilité à nos adhérents et redynamiser leur production», indique Hervé Drouvin, président de la coopérative.

4 millions d’euros en prêts «cheptel»
Aussi les dirigeants de la Cobévial ont-ils récemment validé un nouveau prêt pour la reprise ou le développement de cheptel. Il consiste en un financement sur cinq ans à un taux de 0 % les trois premières années, puis de 2 % les deux dernières. Et ce, sans remboursement la première année. En production bovine, ce prêt cheptel à 0 % est valable pour toutes les catégories d’animaux (engraissement, vaches maigres, broutards) et est remboursable à leur sortie. En production porcine, l’éleveur peut ainsi obtenir plus de 300 € par truie et 40 € par place en post-sevrage et en engraissement. «Cela représente aujourd’hui un financement sur fonds propres d’environ 4 millions d’euros pour la Cobévial», précise Hervé Drouvin.
Toutefois, la coopérative a posé quelques conditions pour pouvoir bénéficier de cette mesure : en bovins, l’éleveur doit être engagé à 100 % avec la coopérative (livraison totale) ; en porcins, l’éleveur s’engage à respecter la génétique du groupement, à utiliser le PSE et à acheter ses coproduits à la coopérative si elle est capable de les fournir. «L’objectif étant que nos adhérents s’en sortent tout en faisant vivre leur structure», souligne Eric Bettens.
Par ailleurs, les bénéficiaires du prêt doivent aussi signer un document écrit qui autorise leur conseiller de gestion ou comptable à transmettre à la Cobévial toutes informations de bilan jugées nécessaires. Il s’agit pour la coopérative de prévenir toute éventuelle accusation de soutien abusif : «C’est un garde-fou, reconnaît Hervé Drouvin. Nous ne voulons pas être considérés comme les responsables d’une faillite potentielle. Ce prêt cheptel ne doit en aucun cas servir de dernier recours à des éleveurs déjà en grandes difficultés qui y verraient un moyen de trouver de l’argent frais».

Caisses de sécurisation
Depuis 2007 en élevage bovin et 2010 en élevage porcin, Cobévial a lancé une caisse de sécurisation pour les éleveurs. Ceux qui souhaitent se développer peuvent ainsi bénéficier sous conditions d’une garantie minimum de prix. En production bovine, l’éleveur s’engage sur cinq ans avec la coopérative qui garantit 90 à 95 % son coût de production théorique (calculé à partir du coût du bâtiment, de la main-d’œuvre, des pertes, d’un GMQ théorique, et du coût moyen ration). Si le prix du marché ne couvre pas ce coût de production théorique, Cobévial prend alors en charge la différence. Par contre, si le prix de marché est supérieur au coût de production théorique, l’éleveur touche jusqu’à 105 % et reverse l’excédent à la coopérative. «Depuis la création de cette caisse il y a neuf ans, ce n’est jamais arrivé, affirme Hervé Drouvin. Nous avons bien souvent dû décaisser des fonds faute d’un prix de marché suffisant. Certaines semaines, nous avons ainsi remis jusqu’à 150 € du taurillon.» Au terme des cinq ans, les sommes versées en plus par la Cobévial par rapport au prix de marché restent acquises à l’éleveur. A noter que pour être éligible à ce dispositif, l’atelier taurillon doit au minimum de 50 places (à la demande des JA). En production porcine, le principe est identique avec une garantie prix allant 85 à 90 % du coût de revient Ifip ; sauf que l’engagement de l’éleveur est d’une durée de sept ans et que la coopérative accepte de perdre jusqu’à 150 000 € par exploitation. «Ces dispositifs existaient déjà, mais nous avons bougé un curseur important, explique Hervé Drouvin. L’éleveur qui démarre a désormais la possibilité de cumuler à la fois un prêt cheptel à 0 % et l’accès aux caisses de sécurisation.» «Tout cela est possible, car la Cobévial est adossée au groupe Alliance et reçoit des dividendes», souligne Eric Beetens, directeur de Cobévial. En sa qualité de principal actionnaire, la coopérative touche chaque année des dividendes qui peuvent, si besoin, alimenter les caisses de sécurisation. De plus, «Cobévial redistribue à ses adhérents la totalité de son résultat d’exploitation sous forme de compléments de prix, insiste pour sa part le président de la coopérative. On peut se le permettre parce que nous avons une assise financière extrêmement solide».

Un nouveau contrat à «risques partagés»
Par ailleurs, la Cobévial entend développer sa contractualisation pour la production de taurillons laitiers. Le contrat mis en place en 2010 avec Bigard et Mc Key pour les restaurants Mc Do porte sur
1 400 jeunes bovins par an (sur les 30 000 bovins viandes et maigres produits chaque année par la coopérative). «Cela ressemble à une vente à terme, détaille David Deleru, directeur secteur bovins chez Cobévial. L’éleveur engage un veau dont le prix est fixé dès sa naissance et tient compte du coût de production théorique avec un objectif minimum de 330 kg carcasse. L’avantage d’un tel système est que l’éleveur est couvert avec un revenu garanti par animal lors de la sortie du taurillon.» À noter que ces six dernières années, ce contrat a été à l’avantage très net des éleveurs cinq fois sur six : «Il permet de tirer le prix de marché vers le haut dans cette catégorie, constate David Delerue. On sent bien que la contractualisation aura aussi sa place demain sur d’autres segments que celui du taurillon laitier pour assurer un revenu décent à l’engraisseur.» Enfin, la coopérative vient de négocier un nouveau contrat tripartite avec Bigard : «Il s’agit d’un contrat à risques partagés destiné aux engraisseurs de taurillons Charolais et croisés Charolais, basé toujours sur le principe du coût de production théorique, mais avec des dates de sortie des animaux spécifiques (du 1er octobre 2016 au 31 mars 2017)», annonce Hervé Drouvin. Durant cette période, si le prix de marché est inférieur au coût de production théorique, la Cobévial, Bigard et l’éleveur supporteront chacun un tiers de la perte. Par contre, si celui-ci s’avère supérieur, alors la répartition de la plus-value se fera selon les mêmes modalités.

Pour tout renseignement concernant les contrats bovins, vous pouvez contacter David Delerue au 06 09 86 93 25.

Cobévial et le groupe Alliance

La coopérative détient à 85 % le groupe Alliance qui emploie 1 700 salariés en France et réalise un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros. Celui-ci regroupe une dizaine de filiales de l’agroalimentaire dans les secteurs de la nutrition animale (Alliance nutrition animale), la fabrication de plats cuisinés frais et surgelés (Charcuteries Bahier, DéfialNormival, Alliance élaborés, National 1), le négoce international de produits alimentaires (Interpral-Ulysse), la logistique et le transport frigorifique (Frévial), des magasins de vente de viande au détail et demi-gros (Centrale frais), la déshydratation de légumes (Sodéleg) et la commercialisation de pommes de terre (Touquet Savour). Le groupe Alliance est également actionnaire minoritaire (29 %) du groupe Bigard. Le périmètre de Cobévial s’étend du Nord-Pas-de-Calais jusqu’à la Seine-Maritime en passant par la Somme, l’Aisne et l’Oise. La coopérative compte 550 adhérents, son chiffre d’affaires en 2016 s’élèvera à environ 100 millions d’euros. La production porcine représente aujourd’hui 55 % de son activité (en Nord-Pas-de-Calais, ce chiffre atteint même 70 %), tandis que la production bovine pèse, quant à elle, 45 %.

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