L'Action Agricole Picarde 11 janvier 2019 à 06h00 | Par Vincent Fermon

Dossier forêt-bois : une ressource à exploiter localement

Aidés par la Région Hauts-de-France, les acteurs régionaux de la filière bois se mobilisent autour de plusieurs pistes contribuant à utiliser davantage le bois issu des forêts publiques comme privées.

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La forêt dans les Hauts-de-France représente 446 000 ha (13 % du territoire). Elle est majoritairement détenue par des propriétaires privés (70 %), au nombre de 120 000.
La forêt dans les Hauts-de-France représente 446 000 ha (13 % du territoire). Elle est majoritairement détenue par des propriétaires privés (70 %), au nombre de 120 000. - © L. Meissonier



On peut être l’une des régions les moins boisées de France et afficher quand même une certaine volonté de gérer durablement la ressource sylvicole. Cette ambition, c’est celle que portent les acteurs de la filière forêt-bois régionaux rassemblés au sein de l’organisation Fibois Hauts-de-France. L’organisation d’un colloque le 7 décembre à Arras, intitulé «perspectives d’approvisionnement et leviers de développement de la filière», a d’abord été l’occasion de dresser un panorama de la ressource, puis d’évoquer les perspectives de mobilisation et de valorisation. Dans un second temps, plutôt orienté marchés et organisation de filière, il aura été question des besoins en bois et des perspectives de développement.

Quels bois en région ?
D’après les données recueillies par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), les surfaces couvertes par la forêt dans les Hauts-de-France représentent 446 000 hectares, soit 13 % du territoire. A titre de comparaison, la forêt française s’étend sur 31 % du territoire métropolitain. Elle est majoritairement détenue dans la région par des propriétaires privés (70 %), au nombre de 120 000.
40 000 d’entre eux détiennent des surfaces supérieures à un hectare et 10 000 ont plus de quatre hectares. Gérée par l’Office national des forêts (ONF), la forêt publique est moins dispersée. D’une manière générale, toutes propriétés confondues et hors plantations de peupliers, les départements de l’Aisne et de l’Oise sont ceux où la forêt est la plus répandue, avec respectivement 140 000 et 129 000 hectares. Viennent ensuite la Somme (56 000 hectares), le Nord (54 000 hectares) et le Pas-de-Calais (52 000 hectares). La région compte aussi une grande diversité d’essences forestières, au premier rang desquelles on retrouve le chêne, le hêtre et le frêne. Le peuplier est, quant à lui, plutôt présent dans des zones vallonnées. Avec 6 % de la surface forestière régionale, les résineux et conifères ne sont pas en reste, plantés sur le littoral, pour fixer des sols pauvres à très médiocres, ou replantés dans certaines forêts abimées à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

Pour quelle(s) valorisation(s) ?
L’ensemble de la propriété forestière des Hauts-de-France représente un potentiel d’exploitation de 76 millions de mètres cubes de bois par an. Pour la coopérative Nord Seine forêt aménagement approvisionnement (NSF2A), «la ressource est donc réelle et abondante, contrairement à ce que l’on pense». Si la forêt fournit des bois d’œuvre utilisés pour la construction, l’emballage, la menuiserie, la tonnellerie, ou encore le chemin de fer (traverses), le bois énergie reste bien la première source d’énergie renouvelable en France, comme en région. Les formes sont diverses puisque le bois se consomme aussi bien en bûches qu’en bois déchiqueté, ou sciure agglomérée. Dans la construction, où le secteur progresse, le bois est aussi utilisé pour bâtir maisons individuelles, immeubles de grande hauteur ou pour la rénovation et l’agrandissement de bâtiments existants.

Côté transformation, plutôt des PME
Une fois qu’on a réalisé cet état des lieux de la ressource, reste à découvrir qui sont les opérateurs susceptibles de valoriser ces volumes de bois. Trente-sept entreprises se chargent de la première transformation du bois dans les Hauts-de-France, dont deux sont spécialisées dans le déroulage de peupliers et une dans la merranderie (transformation des grumes). La majorité de ces entreprises transforment chaque année entre 7 000 et 12 000 m3 de bois, avec un effectif salarié moyen de onze personnes. Leurs essences de prédilection sont le peuplier, le chêne et le hêtre. Frêne et châtaignier sont considérés comme des essences «secondaires». Leur rayon d’approvisionnement varie de 50 à 250 kilomètres, ce qui sous-entend que certaines entreprises trouvent aussi leur matière première hors des forêts françaises. De moins en moins nombreuses, et même s’il existe des exceptions, les entreprises de transformation auraient, d’une manière générale, certaines difficultés à investir. Selon l’organisation interprofessionnelle Fibois et son conseiller en développement, Guillaume Debrabandère, «la faiblesse des investissements entraîne un vieillissement des équipements d’exploitation et cela impacte forcément la rentabilité des entreprises». D’après une étude réalisée auprès des entreprises de première transformation, un tiers des entreprises des Hauts-de-France renoncerait à investir, faute de capacité financière.
A l’échelle régionale comme nationale, les acteurs de la filière bois ont à faire face aux mêmes difficultés, à commencer par une concurrence féroce : «Notre environnement concurrentiel est très difficile, constate Nicolas Douzain-Didier, délégué générale de la Fédération nationale du bois (FNB). Contrairement à l’agriculture, le marché européen du bois n’est pas du tout régulé.» Poursuivant sa comparaison avec le secteur agricole, il rappelle que «le poids des normes et des réglementations pèse pour 5 % du chiffre d’affaires des entreprises de transformation du bois».

Convaincre propriétaires et citoyens
Pour le représentant du Centre régional de la propriété forestière (CRPF) des Hauts-de-France, François-Xavier Valengin, le morcellement de la propriété forestière privée expliquerait que l’on y récolte moins de bois que ce que permet l’accroissement biologique, en comparaison à ce qui se pratique dans les forêts publiques. Néanmoins, il ne s’agit pas de la seule raison. Pour nombre de propriétaires, la valeur des bois n’est en général pas suffisante et l’attachement au patrimoine est fort.
Toujours selon le CRPF, «la difficulté, c’est de réussir à convaincre les propriétaires de mettre des bois sur le marché. Il s’agit plus de difficultés d’ordres patrimonial et économique que technique». Installé dans l’Oise, l’expert forestier Jean-Marc Peneau est du même avis : «Nous réussirons à augmenter l’exploitation durable des forêts privées quand on aura réussi à prouver aux propriétaires que c’est intéressant.» Du côté des scieries régionales, plusieurs d’entre elles ne seraient pas opposées à la mise en place d’une politique contractuelle avec les propriétaires forestiers. «On ne doit pas se voiler la face, estime Pierre Ducray (NSF2A). Nous savons très bien que les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme destinent beaucoup de leurs bois d’œuvre à l’export. Nous devons changer cela. Un contrat d’approvisionnement, c’est se mettre d’accord sur une qualité et sur un prix d’achat. Une fois que cela sera fait, que les approvisionnements seront un peu plus sécurisés, on pourra s’intéresser à la manière de faire baisser les coûts d’immobilisation et à d’autres sujets.»

Inesthétiques, les coupes à blanc ont quand même leur utilité

Jugées parfois inesthétiques, les coupes à blanc réalisées dans certains massifs forestiers sont néanmoins nécessaires, selon l’Office national des forêts. Pourquoi ? «
Parce qu’elles sont un outil d’exploitation de la forêt et qu’elles contribuent à son renouvellement», explique Eric Marquette, directeur de l’agence territoriale de l’ONF pour le Nord-Pas-de-Calais. Selon lui, la filière bois comme les opérateurs engagés dans la gestion de la ressource sont confrontés à un déficit de communication : «Nous devons expliquer pourquoi on coupe des arbres et pourquoi il faut tuer des animaux», assure-t-il, en référence à la chasse. «Nous ne dégageons pas suffisamment de marges pour faire de la communication, regrette-t-il, contrairement aux associations environnementalistes qui ont de gros moyens.»

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