L'Action Agricole Picarde 23 avril 2019 à 06h00 | Par Jérôme Larcelet (responsable nutrition chez Oxygen et Optival)

Elevage : peut-on limiter la baisse du taux de matière grasse ?

Une certaine baisse du taux de matière grasse du lait est observable alors que la saison estivale approche. Pourquoi survient-elle à ce moment-là et comment la limiter ? Décryptage du phénomène.

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Lorsque la température dépasse 24-25°C, la vache commence à souffrir  de la chaleur. Son ingestion et sa rumination vont alors baisser. © Oxygen  © D. R.

Entre avril et septembre tous les producteurs peuvent constater une baisse du taux de matière grasse du lait produit par leurs vaches. Le phénomène peut parfois être très marqué et avoir une incidence forte sur le prix du lait.
En fonction des saisons, la luminosité influence la production de matière grasse. Les mois d’hiver, avec leurs journées plus courtes, sont propices à son augmentation : + 1,5 g TB/kg (taux butyreux : teneur en matière grasse) au mois de décembre, tandis que l’été la pénalise avec ses jours plus longs : -1,5 g/kg au mois de juin. Sur cet aspect, malheureusement le producteur n’a aucun levier.

La mise à l’herbe : une période critique
Pauvre en cellulose et riche en énergie très fermentescible, l’herbe jeune provoque une grande production d’acides gras volatils (AGV). La rapidité de l’ingestion, la faible rumination et la réduction du bicarbonate apportée par la salive facilitent une baisse du pH (acidité) du rumen et l’installation de l’acidose ruminale. Elle est aussi très riche en acides gras polyinsaturés, notamment en oméga-3. Ces deux phénomènes conjugués sont propices à la production d’acides gras intermédiaires Trans 10 du rumen qui inhibe la synthèse de la matière grasse au niveau de la mamelle. Ainsi, des chutes très importantes du TB (> 5 g/litre) peuvent s’observer suite à la mise à l’herbe.
Pour assurer une sécurité ruminale, il faudra réaliser une transition alimentaire progressive de trois à quatre semaines en sortant les vaches seulement quelques heures une fois que la ration à l’auge aura été consommée et que les rumens seront pleins. Il faudra également songer à mettre de la fibre de qualité à disposition afin de favoriser la motricité du rumen et ralentir les transits. Apporter une substance tampon, permettra, enfin, de prévenir les déséquilibres du rumen et de maintenir un pH ruminal optimum.

Stress thermique : les mesures à adopter
Lorsque la température dépasse 24-25°C, la vache commence à souffrir de la chaleur. Son ingestion va alors baisser, de même que sa rumination, le tri à l’auge, lui, va augmenter, tout comme le temps passé debout. Une autre conséquence d’une température élevée : c’est le rythme respiratoire qui augmente pour expulser la chaleur. Le dioxyde de carbone (CO2) est donc excrété en plus grande quantité. Comme le rapport CO2/bicarbonate reste constant dans le sang, le bicarbonate est excrété par voie urinaire en plus grande quantité afin de maintenir un équilibre. La salive, qui en est donc moins chargée, ne tamponne plus le rumen efficacement. L’ensemble de ces facteurs favorisent les risques d’acidose. S’ensuit alors une baisse du TB, d’autant plus marquée que les températures sont élevées.
Il est nécessaire d’adapter la conduite alimentaire du troupeau pour limiter ces effets : favoriser la consommation d’eau, faire plusieurs distributions par jour pour favoriser l’ingestion, éviter les échauffements à l’auge (avancement des silos, conservateurs…), vérifier la structure de la ration, apporter du bicarbonate de sodium pour compenser les pertes par sudation et ventilation et limiter le risque d’acidose (250 à 300 g par vache et par jour). Ces éléments viennent en complément des mesures de conduite de troupeau telles
que l’ombre, les ventilateurs, la brumisation...

Digestibilité des maïs
Sous la bâche, le maïs d’ensilage évolue dans le temps. L’amidon qu’il contient va se dégrader de plus en plus rapidement dans le rumen. La dégradabilité peut atteindre 95 % au bout de six à sept mois de conservation contre 60 à 80 % à la confection du silo. A teneur en amidon identique dans le fourrage, cela signifie que la part d’amidon ruminal augmente dans le temps. Il va donc falloir être vigilant lors de la période estivale sur les quantités d’amidon ingérées et surtout sur leur rapidité de dégradation.
Un excès d’amidon fermentescible au niveau du rumen va provoquer une acidose ruminale. Le conseil sera donc d’éviter l’apport d’amidon fermentescible (céréales à paille), de rationner l’ensilage de maïs et d’apporter d’autres sources d’énergie sans amidon, comme la pulpe de betterave ou la coque de soja.
Les causes d’une chute du taux butyreux sont multifactorielles et bien plus complexes qu’un simple manque de fibre. En anticipant les périodes à risque, il est possible de maintenir une production de matière grasse convenable. De nouveaux indicateurs comme les acides gras dans le lait - à disposition des éleveurs et des conseillers Oxygen - vont permettre d’être plus réactif et de gagner en précision sur l’origine des troubles.

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