L'Action Agricole Picarde 09 mai 2019 à 06h00 | Par Simon Playoult

Emploi : le casse-tête du recrutement pour les entrepreneurs des HDF

Entre 500 et 700 postes restent non pourvus chaque année au sein des entreprises de travaux agricoles et ruraux des Hauts-de-France. Les professionnels tentent de réagir pour inverser la vapeur.

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Les 1 248 entreprises de travaux agricoles et ruraux présentes dans les Hauts-de-France emploient 8 050 personnes.
Les 1 248 entreprises de travaux agricoles et ruraux présentes dans les Hauts-de-France emploient 8 050 personnes. - © V. MARMUSE

Au troisième trimestre 2018, le taux de chômage de la région Hauts-de-France concernait 11,3 % de la population active. A la même période, celui de la France métropolitaine affichait 8,8 %. Pourtant, certaines branches d’activité peinent toujours à recruter du personnel, les métiers de l’agriculture en particulier. Parmi eux, les entrepreneurs de travaux agricoles (ETA) et ruraux ont de plus en plus de mal à trouver de la main-d’œuvre qualifiée.

Des difficultés accrues
Les entrepreneurs des territoires (travaux agricoles, forestiers et ruraux) sont d’importants employeurs de main-d’œuvre. Les 1 248 entreprises présentes dans les Hauts-de-France emploient 8 050 personnes (6 908 en travaux agricoles et 1 142 en travaux forestiers et sylvicoles). «Les emplois permanents représentent 2 324 contrats et les emplois saisonniers 5 726», indique Marine Dambrine, déléguée régionale de la Fédération des entrepreneurs des territoires Hauts-de-France (FREDT). Une organisation, liée à la périodicité des travaux des champs, qui nécessite de faire appel à des salariés uniquement à certaines périodes de l’année.
Le recrutement des saisonniers et leur formation se font normalement au début du printemps ; une étape qui s’apparente à une corvée pour certaines entreprises. «Entre 500 et 700 postes sont restés non pourvus l’année dernière, annonce Isabelle Parmentier, du service emploi et compétences à la direction régionale de Pôle emploi Hauts-de-France. Il s’agit surtout de conducteurs d’engins ou de salariés polyvalents. D’après notre enquête annuelle BMO*, publiée début avril, 52,30 % des entreprises régionales disent rencontrer des difficultés pour recruter.»

Un manque d’attractivité
Selon Pôle emploi, l’ensemble du monde agricole est touché par cette problématique. «C’est en partie la résultante du manque d’attractivité du secteur, remarque Isabelle Parmentier. Les métiers manuels sont souvent laissés de côté pour des raisons de contraintes horaires et de conditions de travail (en extérieur, travaux physiques).» «Nos métiers sont mal connus, souligne Jean-Marie Lemaire, président des Entrepreneurs des territoires Hauts-de-France. Avec le progrès du digital et du numérique, il y a pourtant beaucoup moins de tâches rudes qu’avant, et les machines sont confortables.»
Les responsables d’ETA recherchent également des profils assez complets qui demandent des compétences multiples comme de l’expérience technique, de l’autonomie, une capacité d’adaptation, de la rigueur, une capacité à travailler en équipe... Ces aspects peuvent représenter un frein pour certains. «La concurrence avec les secteurs du transport ou du bâtiment joue aussi un rôle, car les compétences demandées sont comparables à celles sollicitées en agriculture», complète la représentante de Pôle emploi faisant état d’un autre obstacle : la nécessaire mobilité des candidats pour se rendre sur les lieux de travail, parfois au beau milieu des champs. Jean-Marie Lemaire dénonce enfin l’agribashing ambiant qui, selon lui, touche de plein fouet les nouvelles générations et les éloigne du monde agricole.

En mode action
Dans ce contexte, les entrepreneurs des territoires et leur fédération se mobilisent pour tenter d’enrayer cette spirale. «Pour agir en faveur de l’emploi, nous travaillons à la promotion des métiers et au développement des relations entre écoles et entreprises, explique Marine Dambrine. Nous voulons devenir partenaire des établissements de formation, faire découvrir la diversité de nos activités et les carrières possibles.» «Il faut aller présenter nos savoir-faire dans les lieux scolaires, surtout les collèges, complète Jean-Marie Lemaire. Si nous n’agissons pas maintenant, demain la situation sera pire !» La FREDT vient d’éditer quatre guides pour favoriser l’accueil des jeunes en apprentissage et en stage à destination des chefs d’entreprise. Face aux difficultés de recrutement, elle a également lancé depuis quelques années une formation Conducteur, conductrice de travaux en ETA. Ce cursus en apprentissage se déroule sur dix-huit mois et compte 650 heures en centre de formation, au lycée agricole de Savy-Berlette (62). «Communiquer sur les perspectives d’avenir du métier et faciliter l’intégration des futurs salariés est une bonne chose, évoque Isabelle Parmentier. Etre immergé au sein d’une entreprise est le meilleur moyen de se rendre compte des possibilités qu’elle offre.»
Autre solution qui tend à se développer : faire appel à un groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (Qeiq). Plusieurs structures de ce type à vocation rurale ont récemment vu le jour dans la région. Une multitude de dispositifs existent donc en région pour répondre aux attentes des entrepreneurs. Un important chantier attend néanmoins la profession pour redorer son image auprès des demandeurs d’emploi.

* L’enquête BMO (besoins en main-d’œuvre) est envoyée chaque année par Pôle emploi aux entreprises.

Ouvrir les entreprises aux demandeurs

Afin de renforcer son accompagnement auprès des entreprises, Pôle emploi organise depuis l’automne dernier l’opération #VersUnMétier. Cette démarche vise à faire connaître aux demandeurs d’emploi les métiers ou secteurs en tension et à renforcer leur attractivité afin de satisfaire les besoins en main-d’œuvre des entreprises. Dans ce cadre, des actions de recrutement sont engagées et des rencontres entre chefs d’entreprise et demandeurs d’emploi sont organisées. Des visites en entreprises de travaux agricoles peuvent notamment être envisagées avec des conseillers dédiés. Plusieurs entreprises agricoles des Hauts-de-France ont déjà ouvert leurs portes dans ce cadre.

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