L'Action Agricole Picarde 02 mai 2018 à 16h00 | Par Alix Penichou

En Hauts-de-France, une éolienne en cache une autre

Les projets éoliens se succèdent dans la région, créant parfois des conflits entre pro et anti-éoliens. Bilan, étapes d’un projet et perspectives…

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- © D. R.

Elles poussent presque mieux que les pommes de terre et les betteraves. Ces drôles de plantes,  nommées éoliennes, dotées d’une longue et large tige blanche, ou mât, ornées de trois pétales en hélice, ou pâles, attachés à une nacelle qui clignote la nuit. Il faut dire qu’en termes d’éolien, la région est une championne. Première de France en nombre de mâts (au 1er février 2018), avec 2 324 mâts, en puissance éolienne installée avec 5 675 MW autorisés, en nombre de dossiers d’autorisation de parcs éoliens déposés depuis 2014 avec 182 dossiers, soit 30 % du total national, et en nombre de dossiers d’autorisation éolien en cours d’instruction, soit 80 dossiers. Elle se fait néanmoins voler la vedette par sa région voisine du Grand-Est, en se classant deuxième en matière de puissance éolienne raccordée.
La Somme semble attirer davantage les promoteurs, car avec 900 mâts pour 2 177 MW, elle est le premier département éolien. Deux secteurs sont cependant attractifs depuis peu dans le Nord et le Pas-de-Calais : le Cambrésis/Ostrevent et l’Artois. Ceci s’explique en partie par le démantèlement du radar militaire de Cambrai qui grévait le territoire d’une servitude de 30 km de rayon. Parmi les secteurs les moins attractifs, ceux du Hainaut, du Lillois, du Béthunois, du Douaisis et du Calaisis/Dunkerquois. «Ces zones conjuguent parfois plusieurs contraintes rédhibitoires telles qu’une forte urbanisation, la présence du Bassin minier, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, de la cathédrale d’Amiens, de la Baie de Somme, des servitudes radioélectriques et des servitudes aériennes militaires», explique la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement).

Volonté européenne
La volonté de développer l’éolien part en fait de l’Union européenne. En 2014, elle s’est donné pour objectif de porter la part des énergies renouvelables à 27 % en 2030. Par la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015, la France a décliné cet objectif, en visant 32 % de la consommation finale brute d’énergie renouvelable en 2030. Et l’éolien en fait partie. L’objectif est d’installer entre 21 800 MW et 26 000 MW de puissance éolienne terrestre et 3 000 MW de puissance éolienne en mer d’ici fin 2023.
Pour gagner le pari, la Dreal a réalisé une cartographie qui répertorie les gisements de vent et les différentes contraintes réglementaires, environnementales, paysagères et patrimoniales. Les zones favorables identifiées constituent le volet éolien des Schémas régionaux climat air énergie (SRCAE), qui servent de base pour l’élaboration des Schémas régionaux de raccordement aux réseaux des énergies renouvelables (S3REnR). Les sociétés de projets éoliens y repèrent les terrains qui pourront accueillir les éoliennes.
A la baguette des autorisations ou des refus : les préfets. Avant l’obtention de ce Graal, les projets éoliens doivent passer plusieurs épreuves. Prise de contact avec les élus locaux, les propriétaires et exploitants agricoles, signature des promesses de bail, étude d’impact, instruction des demandes d’autorisations, demande de raccordement auprès d’ERDF, consultation publique… 2 324 mâts ont été autorisés en région, mais 4 483 mâts avaient en réalité fait l’objet d’une demande de construction.

Habitants vent debout
Mais beaucoup d’éoliennes, c’est parfois trop d’éoliennes. Pollution visuelle, bruit, dévalorisation des biens immobiliers… Les habitants sont de plus en plus hostiles à leur construction et les associations de défense se montent au grès des projets éoliens. L’association SOS de nos campagnes 80, composées d’habitants de Montagne-Fayel, a dernièrement mené une action coup de poing, en mettant symboliquement leur village de 160 habitants à vendre. La cause : huit parcs, soit cinquante-huit éoliennes, qui devraient voir le jour dans les prochains mois dans un rayon de 10 km autour de la commune, alors que cinquante éoliennes sont déjà en fonction dans le secteur. «Nous avions choisi de vivre à la campagne pour son calme, sa nature. L’invasion éolienne nous impose de renoncer à ce choix de vie», explique l’association. Un exemple parmi tant d’autres.
En Région, la question est sensible. Une nouvelle stratégie est en cours d’élaboration, mais Xavier Bertrand se dit fidèle à l’engagement qu’il avait pris lors de la campagne électorale à «s’opposer à tout nouveau projet éolien».

Xavier Bertrand pourfendeur de l’éolien régional

De la méthanisation ou l’installation de panneaux photovoltaïques, c’est le vœu du président

de la Région, toujours opposé au développement de l’éolien.

Quand on est élu local dans les Hauts-de-France, mieux vaut ne pas trop montrer d’intérêt pour l’implantation d’éoliennes, à moins de vouloir s’attirer les foudres du patron, Xavier Bertrand. Devant une assemblée de représentants du monde de la chasse, d’élus locaux et de parlementaires réunis pour l’inauguration d’un radar ornithologique à Etaples, le 12 avril, le président du conseil régional s’est une nouvelle fois élevé contre l’énergie éolienne : «Je ne suis pas contre pour le plaisir, exprime-t-il, mais je considère qu’il y a d’autres sources d’énergies renouvelables plus efficaces, avec moins de nuisances pour l’environnement».
Les charges de Xavier Bertrand contre l’énergie éolienne sont nombreuses. Pour lui, l’avenir est à la méthanisation et au photovoltaïque.
L’histoire ne dit pas si le radar ornithologique installé permettra de conforter les craintes des chasseurs et de certains naturalistes sur le rôle des éoliennes géantes dans la modification des couloirs de migration des oiseaux, mais beaucoup le pensaient. Xavier Bertrand pointe du doigt les promoteurs de l’énergie éolienne «qui promettent monts et merveilles», mais égratigne aussi au passage l’Etat et son représentant dans la région. Affirmant que la région est «la mieux pourvue en éoliennes» de France, son président envisage de lancer très prochainement une évaluation des ces installations, au travers d’un observatoire. «Nous avons le devoir de regarder vers d’autres sources d’énergies renouvelables, dont la méthanisation agricole», a par ailleurs défendu Xavier Bertrand. Puis il cite le développement de l’énergie photovoltaïque : «Cela a du sens si elle n’engendre pas de déboisement et si l’on n’accapare pas de terres agricoles pour les artificialiser.»

En mer, non également
La charge du président Bertrand contre les éoliennes terrestres intervenait au lendemain d’une nouvelle vague de départs au sein du Parc naturel marin (PNM) des estuaires picards et de la mer d’Opale. Après les membres de l’exécutif, le 20 février, les représentants des pêcheurs ont présenté leur démission le 11 avril pour contester l’avis favorable de l’Agence française de la biodiversité sur l’implantation d’un parc éolien off-shore de
62 machines au large de Dieppe et du Tréport. Le PNL des estuaires picards et de la mer d’Opale s’y étaient opposés en émettant un avis défavorable en octobre 2017. Pour les comités des pêches normands et des Hauts-de-France, ainsi que pour les pêcheurs à pied de la Côte d’Opale, le dossier éolien vient s’ajouter à un autre dossier qui n’en finit pas de les contrarier : la présence des phoques.
Vincent Fermon

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