L'Action Agricole Picarde 22 septembre 2020 à 06h00 | Par C. Leroy, D. Platel

Bovin : réussir la transition alimentaire

L’automne est une période à risque pour les ruminants sur le plan métabolique avec l’arrivée des nouveaux ensilages.

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On n’a pas toujours la possibilité d’avoir plusieurs silos. Aussi les taurillons vont consommer de la pulpe fraîche 
et les ennuis vont commencer…
On n’a pas toujours la possibilité d’avoir plusieurs silos. Aussi les taurillons vont consommer de la pulpe fraîche et les ennuis vont commencer… - © D. R.

 

 

Si les animaux reçoivent la même ration toute l’année, l’automne est la période de remplissage des silos avec le nouveau maïs ou la nouvelle pulpe. L’apport alimentaire de fourrage frais par rapport au fourrage conservé provoque des troubles digestifs. Le fourrage n’a pas eu le temps de fermenter et cela représente un changement important pour les ruminants.
Les ruminants possèdent quatre réservoirs : caillette, feuillet, bonnet et la panse  ou rumen. Ce dernier est l’organe le plus sensible de la digestion des ruminants. Il fait jusqu’à 200 l chez une vache adulte. Sa phase liquide a pour origine l’abreuvement, 50 à 100 l par jour pour une vache laitière et 20 l en moyenne pour un taurillon en ration humide. À cela s’ajoute la salivation (80 à 200 l par jour en lait), mais aussi l’eau contenue dans les aliments. Au final, l’eau est le constituant principal du contenu ruminal (85 %). Le bon fonctionnement du rumen nécessite des conditions particulières : une température de 39°C (39 à 41) variable selon l’intensité des fermentations, un pH voisin de 6 (5,5 à 7) et une anaérobiose stricte. Ce pH est la résultante d’un équilibre issu des fermentations microbiennes et des substances tampons apportées par la salive (bicarbonates et phosphates). La flore du rumen est composée de microorganismes principalement des bactéries, protozoaires et champignons.

Le changement alimentaire
L’ensemble de ces microbes sont adaptés au milieu et aux fourrages consommés. Ils forment une population dense et stable qui joue un rôle capital dans la digestion et la nutrition de l’animal. La cuve à fermentation que représente la panse fonctionne donc parfaitement tant que rien ne vient la perturber. De manière simpliste, ces fourrages sont décomposés  par les microorganismes qui fournissent les nutriments aux ruminants.  L’arrivée du nouveau maïs et ou de la nouvelle pulpe va perturber l’équilibre de la flore microbienne et le digesteur va se détraquer. L’éleveur remarquera alors des bouses plus liquides, des animaux plus agités, une perte de lait en réaction à une alimentation moins profitable et une perte de croissance sur les animaux en engraissement. Tout va très vite, l’animal est affaibli, l’appétit diminue, il rumine moins bien, donc  il salive moins, de ce fait le bicarbonate et le phosphore ne sont plus recyclés correctement. Le pH baisse, l’acidose s’installe, les litières sont plus humides,  les boiteries explosent avec les problèmes sous-jacent de dermatites (Mortellaro), la fécondité est détériorée, rien ne va plus…

Comment assurer la transition
Avoir un silo de report permet d’éviter ses problèmes en continuant la distribution en automne du maïs ou de la pulpe fermentée. Il est reconnu qu’après trois mois de fermentation l’amidon du maïs est mieux valorisé. Ouvrir un nouveau silo représente cependant un changement, mais il se fera en douceur en intégrant progressivement le nouveau fourrage à l’ancien. Cette transition peut durer trois semaines. Les laitiers le font depuis longtemps alors que les engraisseurs de taurillons subissent encore le problème.
Dans le cas où le maïs est distribué en frais, il est nécessaire de limiter son ingestion sur une courte période. En effet, l’ensilage frais est très appétant car vert et riche en sucres. Les animaux peuvent faire des gros repas et dans un temps très court si on ne le limite pas. Il est donc recommandé de diminuer la quantité de fourrage distribuée d’un tiers et augmenter la fibre grossière. Un apport de foin ou d’enrubannage est conseillé chez les vaches laitières alors que la paille sera préférée en production de taurillons. Croissance et production laitière vont s’effondrer, mais cela aurait aussi était le cas avec une pleine ration. La fibre aura le mérite de préserver la rumination et la production de salive qui, au travers de sa production abondante, permet la production de bicarbonate et le recyclage du phosphore.
Chez la vache laitière, un apport de céréales fermentescible est recommandé pour compenser la moins bonne disponibilité de l’amidon du maïs. En effet, l’amidon d’un maïs frais est moins disponible au départ et se traduit par des grains dans les bouses. L’apport de 1 kg de blé permettra donc de compenser le manque d’énergie lors de la transition de maïs.
L’apport conseillé de bicarbonate (450 €/t) est de 0,7 à 1,5 % kg de matière sèche ingérée : 10 kg pour un taurillon et jusqu’à 25 kg en vaches laitières. On se positionnera sur la valeur maximum pour tamponner le contenu digestif.
Augmenter l’apport de sel (190 à 250 €/t) qui est habituellement de 50 g maximum. Mais comme vous avez augmenté ou apporté du bicarbonate ce n’est pas utile parce que le bicarbonate de soude (ou de sodium c’est la même chose) en apporte 27 %.  La présence et la multiplication de bloc à lécher de sel est une bonne mesure.
Augmenter la quantité de minéral (500 à 1 100 €/t). «Le besoins des bactéries en phosphore représente deux fois et demi le besoin d’entretien d’un bovin. La particularité, c’est que les bactéries peuvent uniquement utiliser le phosphore soluble. Or, seule une petite partie du phosphore provenant de l’alimentation est solubilisée dans le rumen, et elle ne suffit pas à couvrir le besoin des bactéries. 60 à 75 % des besoins des bactéries sont couvert par le recyclage salivaire par l’intermédiaire d’un important flux de phosphore soluble qui remonte du sang vers la salive.», (F. Meschy, Inra). D’autre part, il faut relancer la multiplication de la flore qui sera alors avide d’oligoéléments et surtout de Cobalt, Cuivre, Zinc et soufre.
La diarrhée des animaux irrite le système digestif. L’apport de 100 à 150 g d’argile (300 € à 350 €/t) sera salutaire à la cicatrisation des micros plaies. Les protéines apportées sont mal dégradées et l’argile captera une partie de la production d’ammoniac et des toxines éventuelles. L’argile peut aussi être mise en libre-service.
Pendant combien de temps faut-il faire supporter ce régime ? Il faut trois semaines minimum pour recoloniser l’appareil digestif et retrouver un équilibre, c’est long et tous ces produits sont coûteux. En fait, c’est à vous de vérifier l’état des bouses et l’état général du troupeau et revenir progressivement au rythme normal. Le risque habituel c’est d’aller trop vite sur les quantités de fourrage distribués, le vrai remède c’est la rumination, alors pas de précipitation.
À l’écriture de cet article, on s’aperçoit bien qu’une pincette de ceci plus une pincette de cela s’apparente à de la «magie coûteuse» alors que l’on ne fait qu’atténuer les effets d’une  transition brutale. L’objectif est aussi de remettre rapidement sur «pied» la flore du rumen pour ne pas perdre gros sur les performances techniques et économiques de votre troupeau.


Ce graphique reprend les résultats du groupe engraissement sur 6 171 taurillons abattus sur l’année 2019. On constate que sur une croissance moyenne de 1 420 g, on a un décrochement moyen de 70 g sur octobre, novembre, décembre et janvier, période des changements alimentaires avec souvent une livraison de pulpe en septembre et décembre. 70 g de croissance, c’est 21 kg de carcasse en moins ou un allongement de présence de quinze jours pour un coût estimé à 70 €.
Ce graphique reprend les résultats du groupe engraissement sur 6 171 taurillons abattus sur l’année 2019. On constate que sur une croissance moyenne de 1 420 g, on a un décrochement moyen de 70 g sur octobre, novembre, décembre et janvier, période des changements alimentaires avec souvent une livraison de pulpe en septembre et décembre. 70 g de croissance, c’est 21 kg de carcasse en moins ou un allongement de présence de quinze jours pour un coût estimé à 70 €. - © D. R.

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