L'Action Agricole Picarde 10 septembre 2018 à 12h00 | Par Emilie Ledieu (spécialiste fourrages) à Avenir conseil élevage

Ensilage de maïs : récolter n’est pas jouer

Même si le jour de l’ensilage est déterminant pour assurer un bon résultat, attention à ne pas lever les bras trop vite. Pour gagner la partie, il est essentiel de marquer le dernier point : la conservation.

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L’objectif est de récolter entre 30 et 35 % de matière sèche.
L’objectif est de récolter entre 30 et 35 % de matière sèche. - © D. R.

La conservation idéale vise à maintenir dans le temps la qualité nutritionnelle de l’ensemble du fourrage récolté. Il est souvent admis que le taux de perte moyen est d’environ 10 % (avec de fortes disparités pouvant atteindre 20 % de pertes), soit un hectare perdu tous les dix récoltés !

Règle numéro 1 : ensiler au bon stade
L’objectif est de récolter entre 30 et 35 % de matière sèche (MS), car ce stade est le meilleur compromis entre la conservation et la digestibilité des fibres. Pour ne pas faire d’erreur, il est indispensable de visiter les parcelles en observant les grains. Les analyses de MS avant récolte sont également une aide précieuse pour déterminer la date de récolte.

Règle numéro 2 : adapter la taille des particules
Plus le taux de MS est élevé, plus il faut réduire la taille des particules. Dans tous les cas, il faut limiter les grosses particules de plus de 20 mm qui sont difficiles à tasser et nuisent à l’ingestion du fourrage. Le jour de l’ensilage, il faut prendre le temps de réaliser un ou même plusieurs tamisages pour valider les réglages de la machine. Le simple test de la bassine, qui consiste à déposer une poignée d’ensilage à la surface d’une bassine d’eau, permet d’avoir un aperçu très rapide de l’éclatage des grains.

Règle numéro 3 : le tasseur est le chef d’orchestre
Avec des ensileuses de dix ou douze rangs, le rythme des chantiers est rapide (souvent trop). Actuellement, le facteur limitant est clairement le tassage, c’est donc au tasseur d’imposer son rythme. Pour tenir celui-ci, il faut adapter le nombre de tasseurs et la masse totale des tracteurs selon le débit. Pour faire simple, dans la majorité des situations, il faudrait deux tasseurs. Ainsi, le premier met en place le fourrage pour que le deuxième le tasse correctement.
L’organisation a également son importance. Ainsi, le chantier débutera par les parcelles les plus proches. En effet, c’est lorsque les silos sont vides que les tasseurs sont capables d’absorber le débit le plus élevé. Le tassage est efficace lorsqu’il est réalisé par couche de 20 cm maximum avec une vitesse réduite (environ 3 à 4 km/h) et continue.

Règle numéro 4 : mettre en route la fermentation
Une fois l’ensileuse et les chauffeurs partis, le chantier d’ensilage n’est pas fini ! L’idéal serait de bâcher le silo aussitôt pour le rendre hermétique et ainsi lancer le processus de fermentation. Son principe est basé sur la baisse du pH en dessous de 4. Pour cela, les bactéries lactiques, naturellement présentes dans le maïs, vont produire des acides lactiques en se nourrissant de l’oxygène et des sucres solubles. Il faut compter quatre semaines pour la fermentation totale et que le silo soit stabilisé.
Pour être efficace, il faut privilégier les bâches neuves et labellisées sur le dessus du tas, mais aussi sur les parois qui souvent ne sont pas hermétiques à l’air. Le coût peut paraître important, mais il est à relativiser face aux milliers d’euros que représente le maïs stocké.

Règle numéro 5 : adapter l’avancement du silo
Pour éviter les échauffements au front d’attaque, il faut adapter les dimensions et l’avancement du silo. Pour cela, l’avancement doit être de 10 cm/jour minimum en hiver et 20 cm/jour en été. Cette dernière règle de la reprise est importante, puisque l’échauffement du maïs va entraîner le réchauffement de toute la ration à l’auge et, par conséquent, diminuer l’ingestion, la production, les taux…
En quelques jours, l’ensilage du maïs de l’élevage va déterminer le cap alimentaire de l’année à venir. Un fourrage récolté au bon stade et bien conservé constitue certainement les meilleures fondations à la construction d’un résultat économique performant.

- © D. R.
- © D. R.

Suivi de la matière sèche du maïs ensilage dans la Somme
Les récoltes progressent, mais il faut tout même surveiller l’évolution du grain.
La récolte du maïs ensilage se réalise progressivement dans le département de la Somme. Les températures sont typiques d’un début de septembre. Les cumuls de températures sont de l’ordre de 10°C jour, ce qui va permettre de prendre le temps d’effectuer la récolte. Les matières sèches (MS) ont évolué de 0,6 % MS du 24 au 31 août. Cette année, il est préférable de récolter à taux de MS aux alentours de 35 % plutôt que 32 à 33 % pour assurer la maturité du grain (d’autant plus dans le cas de maïs desséchés en partie).
Il faut prêter une attention toute particulière au tassement du silo. L’objectif est d’atteindre 220 kg MS/m3,
pas évident à évaluer… Pour cela, il faut mettre tous les atouts de son côté pour assurer l’évacuation de l’air du maïs ensilage. Il faut adapter le tassage au débit de l’ensileuse. Aujourd’hui, presque la totalité des ensileuses permettent des débits de chantier de 3 ha par heure. Il faut assurer avec deux tasseurs minimum.
Pour une ration avec des pulpes surpressées, il est intéressant d’essayer de hacher le maïs le plus long possible (18-19 mm avec une ensileuse conventionnelle et 25 mm avec la technologie shredlage). Ne pas oublier que la priorité reste l’éclatement du grain. En vache laitière, un grain simplement «touché» ne sera pas digéré suffisamment, car les transits sont trop rapides. Pour ajuster la longueur de coupe, se référer au tableau du message du 21 août. Il faut adapter la longueur de coupe en fonction de la fibrosité des autres éléments de la ration et du matériel de reprise.
L’ensilage doit fermenter au moins trois mois pour obtenir un amidon stable et une fermentation homogène. En pratique, c’est plus compliqué. Il faut tout de même prévoir une transition de trois semaines minimum. Plus votre grain est mûr (amidon vitreux), plus l’amidon va évoluer dans le temps pour devenir plus rapide (six à huit mois). Au contraire, si le grain est à dominante amidon pâteux, l’amidon sera rapide dès le premier mois de fermentation.

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