L'Action Agricole Picarde 05 mars 2020 à 06h00 | Par Propos recueillis par Alix Penichou

Entrepreneuses de territoire : un forum pour donner des clés

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, la FRSEA Hauts-de-France organise un forum «de l’entreprenariat par des femmes qui se lancent», ce 9 mars, au Paraclet. Pour Marie-Françoise Lepers, organisatrice, le sujet mérite l’attention.

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Marie-Françoise Lepers, cheffe d’exploitation à Argoules, vice-présidente de la FDSEA de la Somme : «Il y a encore beaucoup de travail pour arriver à la parité dans la profession».
Marie-Françoise Lepers, cheffe d’exploitation à Argoules, vice-présidente de la FDSEA de la Somme : «Il y a encore beaucoup de travail pour arriver à la parité dans la profession». - © A. P.



Pourquoi organiser le forum «Femmes, entrepreneuses de territoire» ?

Nous voulions marquer le coup pour la journée internationale des droits des femmes, parce qu’il y a beau avoir de plus en plus de cheffes d’entreprises, y compris d’exploitations agricoles, il reste des freins à lever. Les banques, par exemple, sont parfois plus frileuses pour prêter lorsque le projet est porté par une femme. En agriculture, certains propriétaires de terres sont encore étonnés lorsque le bail est repris par une exploitante. Ce forum est l’occasion de donner des clés à toutes les femmes qui se lancent dans l’entreprenariat. Le matin, des professionnels (banques, conseillers…) traceront un scénario d’installation, avec les étapes à franchir. L’après-midi sera consacrée à des témoignages de femmes installées en commerce et en agriculture.

Vous êtes vous-même cheffe d’exploitation. Sentez-vous des difficultés à être une femme dans le milieu ?
Désormais, un chef d’exploitation sur quatre est une femme, alors nous sommes de plus en plus respectées. J’ai senti les mentalités évoluer, depuis que j’ai repris la ferme familiale d’élevage et de polyculture à Argoules, en 1999. J’étais infirmière depuis quinze ans, et changer de carrière professionnelle était un vrai choix. Il a fallu que je reprenne un Bepa au Paraclet. C’était indispensable pour obtenir l’accord des propriétaires des terres, et puis j’ai appris des choses. Mais, aujourd’hui encore, on me demande souvent de parler au patron (rire) !

La formation, justement, est-elle un enjeu pour les agricultrices ?
De nombreuses jeunes femmes s’engagent dans de longues études. Ingénieures, commerciales… Au même titre que les hommes, certaines font le choix de multiplier les expériences professionnelles dans le milieu avant de s’installer. C’est une bonne chose, car elles sont davantage prises au sérieux une fois agricultrices. Elles acquièrent aussi les armes pour défendre leurs intérêts. Mais peu d’entre elles continuent à se former une fois installées. 8,6 % des agricultrices suivent des formations, contre 13,5 % des agriculteurs. C’est pourtant nécessaire pour prendre du recul, apporter un nouveau regard sur son travail et développer son réseau. Souvent, c’est le temps qui manque aux femmes. Si on caricature, en plus de la ferme, elles doivent gérer les enfants, la paperasse… Et dans les fermes laitières, elles doivent rentrer pour traire !

Qu’en est-il de leur implication au sein des OPA ?
Il y a encore beaucoup de travail pour arriver à la parité dans la profession. Encore une fois, le temps dont elles disposent est un des freins majeurs. Pour ma part, je me suis investie à la FDSEA de la Somme après une manifestation, à Amiens, il y a quelques années. J’ai rencontré des personnes qui m’ont incitée à m’engager et j’ai suivi. Aller vers les autres me plaît réellement. Cependant, je pense que nous souffrons d’un sentiment d’infériorité par rapport aux prises de responsabilités. Avant de prendre les fonctions de secrétaire générale de la FDSEA, je doutais. Aurais-je les épaules assez larges ? Serais-je à la hauteur ?
Finalement, j’ai travaillé les dossiers, et je suis capable de défendre. Là où je pèche encore, c’est au niveau du réseau d’agriculteurs, que j’ai moins large que d’autres, car je suis arrivée dans la profession plus tard. Je participe à de nombreuses réunions techniques pour cela.


Info pratiques

Forum le lundi 9 mars, de 10h à 16h, à l’EPL du Paraclet, 80440 Cottenchy.
10h : accueil
10h30 : créer son entreprise, s’installer, comment s’y prendre ? Intervention de la chambre d’agriculture, de Somme Initiative, du Conseil régional, du Cerfrance, du Crédit agricole et des Jeunes agriculteurs
13h : repas
14h : témoignages d’entrepreneuses des cinq départements des Hauts-de-France
15h45 : conclusion par la présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme, Françoise Crété,

Inscription obligatoire au 06 25 90 16 31 ou à cquandalle@fdsea62.fr





Lucie Delbarre.
Lucie Delbarre. - © D. R.

«Notre diversité fait notre richesse»

Lucie Delbarre a repris la ferme familiale de grandes cultures à Busnes (62) il y a six ans,
et l’a diversifiée. Ce 9 mars, elle viendra témoigner de son parcours.


«Les agriculteurs ont tous des parcours différents et des activités variées au sein de leur exploitation. Nous remettons constamment en question nos pratiques et cette diversité fait notre richesse.» C’est cette diversité que Lucie Delbarre, agricultrice à Busnes, près de Béthune, souhaite partager lors du forum «Femmes, entrepreneuses de territoire», ce 9 mars au Paraclet.
Après une expérience professionnelle variée (DDPP, DDTM, Crédit agricole et FDSEA62), elle a repris l’exploitation familiale de 200 ha de grandes cultures (céréales, betteraves et pommes de terre) il y a six ans, et s’est associée avec son conjoint en EARL. Très vite, l’idée d’une diversification s’est installée. «Nous avons vu des reportages sur le self cueillette et ça nous a emballé. Sébastien (son conjoint, ndlr) est allé un an en Seine-et-Marne pour se former.» Désormais, de mai à novembre, les clients viennent se servir dans les 8 ha de fraises, courgettes, aubergines concombres, framboises, etc., selon la saison. Un verger de 80 ares a aussi été créé. «J’ai toujours voulu m’installer un jour. La vie à la campagne, travailler avec la nature et être son propre patron me plaisent. Mais je voulais absolument m’ouvrir et avoir un lien direct avec les consommateurs», confie Lucie.
Être une femme change-t-il quelques chose dans le métier ? «Pas vraiment. Nous savons conduire les tracteurs comme des hommes ! Mais nous apportons peut-être un regard différent, car nous prenons plus de recul.» Pas toujours évident, avoue-t-elle cependant, de concilier les responsabilités de cheffe d’exploitation avec celles de mère de famille.  Elle a facilement la possibilité d’aller chercher ses deux enfants de douze et dix ans à l’école mais, en revanche, les horaires de la ferme régissent l’emploi du temps. Pas de week-end pendant les sept mois de cueillette. «Les enfants s’adaptent à nous ! Les gens qui viennent à la cueillette les ont vu grandir», s’amuse-t-elle.

Créer du lien
Malgré des journées bien remplies, Lucie dégage du temps pour s’investir auprès de la FDSEA départementale. «Je fais partie de la commission des agricultrices et je suis élue de mon territoire. Je trouve important de créer du lien entre les agriculteurs et de communiquer sur notre métier vers les citoyens.» Dans la même logique, elle a rejoint le réseau des fermes pédagogiques du savoir vert. Lucie est aussi élue au conseil municipal de sa commune, «pour défendre le milieu agricole et mettre en avant la ruralité». Des missions chronophages, «mais tellement importantes pour le milieu agricole».

A. P.

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