L'Action Agricole Picarde 31 janvier 2018 à 01h00 | Par Florence Guilhem

«Faut-il coucher pour réussir ?» : les JA jouent la provoc’

C’est sur cette interpellation provocatrice que le syndicat JA a lancé son assemblée générale annuelle, le 26 janvier, au lycée du Paraclet, à Cottenchy.

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Du premier plan au dernier : Edouard Brunet, Guillaume Clop, Bruno Macron et Quentin Tondellier.
Du premier plan au dernier : Edouard Brunet, Guillaume Clop, Bruno Macron et Quentin Tondellier. - © F. G.

Leur phrase choc d’appel au rassemblement - «Faut-il coucher pour réussir» - et l’affiche de leur assemblée générale, auront secoué le Landerneau samarien. Shocking, comme disent les Anglais. Au point que certains élus politiques, pourtant fidèles d’ordinaire à l’assemblée générale des JA, auront joué le remake de «L’homme invisible» (et cela vaut pour les dames), et que certains professeurs du Paraclet auraient souhaité que le lycée agricole n’accueille pas la manifestation, programmant même de lancer une pétition auprès des élèves, avant de se raviser au dernier moment. «Notre assemblée générale perturbe, inquiète et interroge. Mais si nous l’avons fait, c’est parce que nous en sommes réduits à provoquer pour intéresser. Or, qui mieux que nous sommes les mieux placés et les plus légitimes pour le faire ? Ne sommes-nous pas le “poil à gratter“ de la profession ?», interroge le président des JA de la Somme, Bruno Macron.

Parlons peu, mais parlons bien. Les agriculteurs doivent-ils coucher pour réussir ? «Non, on n’est pas obligés. Notre syndicat est fort. On trouvera toujours des solutions pour ne pas en arriver là», répond Guillaume Clop, vice-président des JA de la Somme. Les solutions ? «Si on a un projet innovant et qui nous tient à cœur, on y arrivera sans coucher», répond Edouard Brunet, secrétaire général. Mais «il faut qu’on ait des prix pour pouvoir vivre et que l’on ait le soutien de l’Etat, des collectivités locales, comme celui des OPA et des citoyens. Il faut aussi que l’on soit capable de se remettre en cause et être en capacité de s’ouvrir», ajoute Bruno Macron. Nous voilà rassurés, même si, «il faut parfois en rabattre pour y arriver», nuance Quentin Tondellier, membre du bureau départemental et du conseil d’administration JA. Dans tous les cas, le sujet aura inspiré les jeunes des différents cantons du département, qui ont produit des vidéos tout aussi provocatrices les unes que les autres.

Mais si la provocation est l’apanage de la jeunesse, et c’est tant mieux, celle-ci révèle aussi  ses inquiétudes sur son avenir. Et tous de se demander comment sera leur avenir demain avec des prix qui ne sont pas au rendez-vous, les normes qui s’accumulent et changent la donne tous les quatre matins, les attentes versatiles des consommateurs, les polémiques autour des pratiques agricoles, etc. «Les futurs installés sont très inquiets. Quant aux installés, on les sent résignés», commente Guillaume Clop. Avant d’ajouter : «si le consommateur était avec nous, cela nous redonnerait plus d’espoir et la grande distribution ferait moins la maligne avec nous

Si, sur le terrain, la morosité gagne les jeunes agriculteurs, le syndicat, lui, compte bien se battre pour aider les jeunes à continuer à s’installer et à ne pas laisser partir ailleurs la valeur ajoutée de leurs productions. «Notre rôle est aussi de communiquer sur ce que nous faisons et défendre les intérêts des jeunes pour qu’ils soient fiers de leur métier et puissent en vivre», précise Bruno Macron.

Actions JA

Entre les actions de communication auprès des établissements scolaires, la défense des dossiers auprès des instances de l’Etat, les stages 21 heures, la diffusion des informations administratives, la journée installation, les actions étiquetage dans les grandes surfaces et filtrage dans les centrales d’achat, l’organisation des rencontres législatives en avril dernier, celle des foires agricoles, dont la Plaine en fête, en septembre dernier, le syndicat a été sur tous les fronts.

Parmi les bonnes nouvelles pour les jeunes agriculteurs : le dégrèvement pour les jeunes de 50 % de la taxe sur le foncier non bâti et une nouvelle modulation de l’enveloppe DJA (dotation aux jeunes agriculteurs, ndlr) permettant d’avoir un financement par dossier de 24 000 Ä en moyenne.

Si certaines choses avancent, les jeunes agriculteurs sont loin d’être sortis de l’impasse. «Après une année très compliquée pour nous en 2016, l’année 2017, certes meilleure, n’a pas permis pour autant à la plupart d’entre nous de sortir la tête de l’eau», rappelle Bruno Macron. Avant d’ajouter : «Au vu de ce contexte, nous sommes en droit de nous poser la question : jusqu’où faut-il aller ? Et de nous demander si nous sommes prêts à accepter tout ce que l’on nous inflige

Aussi le syndicat compte bien poursuivre sa mission principale, la défense des intérêts des jeunes agriculteurs, en étant acteur de leur installation, qu’il accompagne avant, pendant et après l’installation. Il milite aussi auprès des administrations pour la simplification des démarches. «Etre agriculteur n’est pas un long fleuve tranquille. Nous sommes bien placés pour le savoir, mais arrêtons de semer des embûches», commente le président des JA de la Somme.

Leurs vœux les plus chers ? Trouver une issue commune entre les agriculteurs, le syndicat, les OPA et partenaires, les services de l’Etat et les parlementaires, avoir des échanges constructifs et un pacte gagnant-gagnant. «Les agriculteurs nourrissent le monde. Il ne faut pas l’oublier. Ils créent des emplois et maintiennent de la valeur ajoutée. Alors, ne gâchons pas tout. L’agriculture est entre nos mains. Les vôtres comme les nôtres», concluait Bruno Macron dans son rapport moral.

Le point de la DDTM sur les dossiers agricoles

Exercice oblige, le directeur de la DDTM, Jacques Banderier, a clôturé l’assemblée générale des JA, en faisant le tour des dossiers agricoles. Sur l’année 2017, ce sont 49 installations de jeunes qui ont été enregistrées contre, en moyenne, 44 les années précédentes. Trois installations portent sur le maraîchage, dont deux en bio et une en conventionnel, les autres concernant la polyculture et l’élevage. 2017 a aussi vu la mise en place, en juillet, d’une nouvelle dotation pour les JA. Les prêts bonifiés, non utilisés, ont été reportés sur les DJA, faisant passer le financement de 14 000 Ä en 2016 à 23 800 Ä en 2017. Autre enveloppe : celle du stage 21 heures. Sur un montant, en 2017, de 7 600 Ä, 6 700 Ä ont été consommés. Enfin, sur les 60 000 Ä pour le point accueil installation, les crédits d’Etat ont été consommés. «Des simplifications administratives ont été mises en place depuis décembre dernier. Il n’y a plus de retard sur le traitement des dossiers installation. Les seuls qui ne l’ont pas été sont ceux où il manque des pièces», précise Jacques Banderier.
Sujet délicat s’il en est, enchaîne-t-il, celui des prairies permanentes. Le régime d’autorisation qui s’applique est sur 350 ha, soit «une marge de manœuvre étroite puisqu’il faut répartir le nombre d’hectares sur les cinq départements des Hauts-de-France», commente le directeur de la DDTM. Or, 74 demandes de retournement ont été déposées, représentant 372 ha. «Nous avons réussi à passer seize dossiers pour 74 ha. On est à la limite du ratio», dit-il. Pour ce qui est de la cartographie des cours d’eau, l’idée est de mettre à disposition une cartographie sur Internet pour que les agriculteurs puissent consulter les règles applicables sur leurs terres.
Enfin, le représentant de l’Etat ne pouvait pas terminer son intervention sans évoquer les rapports entre les JA et l’administration, ainsi que le titre de l’assemblée générale retenu par les premiers. «Je sais la défiance que vous éprouvez à l’égard de l’Etat, les difficultés que vous avez pour vous installer, comme pour développer des projets. Une fois cela dit, ne perdez jamais de vue que l’administration des territoires est d’abord là pour vous conseiller avant d’être une administration de contrôle et de sanction», rappelle-t-il. Quant au titre provocateur de l’assemblée générale, le directeur de la DDTM a préféré s’interroger sur quels moyens déployer pour ressembler à ce que l’on veut être. Et de répondre : «Je sais que c’est très compliqué au niveau des contraintes qui sont les vôtres.» Dont acte. Pour aller de l’avant, notamment sur la question du foncier, avec la mise en place des PLUi sur tout le territoire samarien, le représentant de l’Etat a incité les JA à rejoindre la commission qui traite du sujet pour peser sur les décisions. Y a plus qu’à...

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