L'Action Agricole Picarde 03 juillet 2019 à 17h00 | Par Florence Guilhem

FDSEA et JA vent debout contre l’accord de l’UE/Mercosur

A l’appel de la FNSEA, la FDSEA et les JA de la Somme ont manifesté devant la préfecture d’Amiens contre l’accord de libre-échange.

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Une bonne centaine d’agriculteurs se sont retrouvés devant la rue de la République pour dénoncer le projet d’accord 
de l’Union européenne avec le Mercosur.
Une bonne centaine d’agriculteurs se sont retrouvés devant la rue de la République pour dénoncer le projet d’accord de l’Union européenne avec le Mercosur. - © F. G.



Les agriculteurs samariens auraient-il rejoint les rangs d’Emmanuel Macron en choisissant, après avoir manifesté devant la préfecture, de défiler dans les rues d’Amiens à pied et en tracteurs, dans la soirée, pour se faire entendre ? Pas vraiment. Si une bonne centaine d’entre eux se sont mis en marche, c’est parce qu’ils ne veulent pas du projet d’accord auquel est parvenue Bruxelles avec les pays d’Amérique du Sud.

«On se sent roulés dans la farine avec cet accord. Nous, agriculteurs, nous refusons d’être les sacrifiés de cet accord, avec toutes les distorsions de concurrence qu’il engendre. Demain, des produits à base d’OGM, de farines animales, de glyphosate, d’hormones animales, et j’en passe, entreront chez nous. Qui dit mieux ? La question est donc la suivante : veut-on encore demain des paysans dans notre pays ? Si c’est non, qu’on nous le dise, on fera autre chose», s’emporte Marie-Françoise Lepers, secrétaire générale de la FDSEA de la Somme.
C’est ce deux poids deux mesures, entre ce qui est demandé aux agriculteurs européens et ce qui est toléré des producteurs du Mercosur (qui réunit l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay),  dont les normes sanitaires et environnementales ne sont pas les mêmes qu’en Europe, qui ne passe pas. «Pourquoi laisse-t-on importer des produits que nous n’avons pas le droit de produire de la même manière en raison de nos cahiers des charges bien plus stricts ?», s’interroge Thibaut Henocque, polyculteur et éleveur laitier à Vaudricourt, et vice-président de la FDSEA de la Somme. Avant d’ajouter : «Cela me fait suer de produire propre et que mes enfants mangent sale à la cantine
Puis de s’insurger contre les représentants politiques français qui, d’un côté, imposent des réglementations franco-françaises sévères et, de l’autre, sont prêts à laisser entrer dans notre pays des produits aux cahiers des charges bien moins stricts que ceux d’ici, le tout dans un contexte hyper tendu pour l’agriculture. «Avec ce type d’accord, on est en train de fragiliser le modèle agricole français», conclut-il. C’est un même discours que tient Jean-François Colson, polyculteur et éleveur de poulets de chair, à Lahoussoye. «Ce n’est pas normal qu’un gouvernement, qui se dit écolo vert foncé, nous impose des règles strictes et laisse importer tout ce qui nous est interdit de faire au niveau OGM, produits phytosanitaires et élevage. Dans cette affaire, l’agriculture est prise en otage», affirme-t-il.

Agriculture : les chiffres qui «tuent»
Si une ouverture sur certains produits tels que le vin, les spiritueux, les olives, les pêches en conserve, les fromages sera effective, les quotas n’ont rien à voir avec ce qui a été concédé aux pays du Mercosur : 99 000 tonnes de viande bovine et 100 000 tonnes de volaille à droit zéro, 180 000 tonnes pour le sucre, 450 000 tonnes d’éthanol pour usage industriel, 200 000 tonnes pour les autres usages…
«Au vu de ces quotas, nous sommes à même de nous faire du souci. Et, entre ces quotas, les pressions exercées par les ONG sur l’agriculture française, l’administration qui en rajoute toujours plus sur les matières actives, les contrôles Pac et les contraintes en matière d’irrigation, on va être dans une concurrence toujours plus déloyale. C’est intenable. Si nous n’avons pas encore évalué l’impact financier d’un tel accord pour notre agriculture, il sera conséquent. Quand on voit ce qui se passe dans la filière betterave, par exemple, entre les fermetures d’usines, les problèmes de Tereos, Saint Louis Sucre et Cristal Union, les cours du sucre en baisse, un quota supplémentaire de 180 000 tonnes pour le sucre, c’est mettre encore plus en péril la filière», indique Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme.
Une filière qui sera encore plus fragilisée avec un quota d’éthanol à 450 000 t à droits nuls, auxquels s’ajoute 250 000 t à droits réduits.  «Cette décision est encore plus préjudiciable que celle pour le sucre. A l’heure où, en France et en Europe, on relance  la production d’éthanol, cet accord remet en cause cette politique liée à la transition énergétique. On marche sur la tête. Tout cela n’est pas de très bon augure», indique, pour sa part, Dominique Fievez, président de la CGB Somme.

Le Mercosur : c’est non pour eux
«Il faut dénoncer ces accords, car l’heure est grave pour l’agriculture française et samarienne», martèle Denis Bully. Et c’est bien ce message qu’ont relayé les agriculteurs en inscrivant sur une bâche posée devant la rue de la République, «N’importons pas l’agriculture que nous ne voulons pas». En colère, les jeunes agriculteurs le sont tout autant, voyant leur avenir s’obscurcir encore plus avec de tels accords. «La charte des bonnes pratiques en élevage, nous, agriculteurs français, on la suit à la lettre. Pourquoi continuer à le faire demain si nous serons les seuls ?», s’interroge Edouard Brunet, président des JA de la Somme. Après en avoir lu quelques passages pour rappeler son contenu et les distorsions de concurrence qui ne manqueront pas d’apparaître entre les éleveurs européens et sud-américains, dans un geste symbolique, il y a mis le feu.
Une fois les messages passés et le tour de ville à pied et en tracteurs fini, un nouveau rassemblement a eu lieu devant le cirque Jules-Verne pour faire état de l’entrevue des responsables syndicaux avec la préfète de la Somme, Muriel N’Guyen. Cette dernière a rappelé que des clauses de sauvegarde étaient prévues pour se prémunir des distorsions de concurrence, que le président de la République était en état de vigilance à ce sujet, et que la ratification du projet d’accord n’était pas encore faite à l’échelle française.
En effet, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et la communauté économique sud-américaine doit encore être avalisé par les parlements nationaux et le Parlement européen. Fin octobre, tout devrait être ficelé. Cela suffira-t-il pour renverser la vapeur ? Le monde agricole l’espère et reste, pour ce faire, sur le pied de guerre. L’histoire est loin d’être finie.

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