L'Action Agricole Picarde 18 février 2018 à 06h00 | Par Arvalis-Institut du végétal

Fécule : une qualité de conservation garante de la performance économique

Températures douces en janvier, donc hygrométrie élevée, puis gel en février… Des précautions sont à prendre pour la bonne conservation des fécules.

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Le retour des températures basses va permettre de finir de sécher les tas dans lesquels une forte condensation s’était produite.
Le retour des températures basses va permettre de finir de sécher les tas dans lesquels une forte condensation s’était produite. - © LDD


Le mois de janvier a vu la persistance de conditions climatiques contrastées, au grès du passage des perturbations successives, dans la lignée des dernières semaines de 2017. L’humidité est, en effet, restée particulièrement élevée durant toute la durée du mois de janvier avec un cumul de précipitations dépassant le plus souvent les 100 litres d’eau par m2
sur une grande partie du bassin de production, voire approchant même les 200 litres par endroit. C’est dire que l’hygrométrie de l’air ambiant est demeurée haute, voire très haute durant une grande partie de la période.
Or, c’est bien cette hygrométrie élevée liée à des températures souvent douces pour la période, avec des extrêmes ayant largement dépassé 12°C et souvent flirté avec la barre des 15°C, qui a posé des problèmes ces dernières semaines. Les températures douces ont, en effet, limité les heures disponibles pour ventiler mais, couplée à une humidité relative forte, elles ont favorisé l’apparition de condensation sur les tas froids, à l’intérieur des bâtiments insuffisamment isothermes. Ces conditions ont contribué à maintenir une pression germinative élevée dans les tas, avec même parfois l’apparition d’un phénomène de tubérisation du fait de la forte hygrométrie présente.
Le contrôle de l’humidité des tas et leur maintien à une température de consigne voisine de 5°C sont les facteurs clés à gérer dans les semaines à venir pour les stockages qui doivent encore tenir sur le long terme, même si le recours à des traitements anti-germinatifs complémentaires par thermonébulisation est toujours possible en cours de conservation dans la mesure où le bâtiment dispose d’un réseau de gaines adapté. Car si Roquette devait terminer les réceptions usines ces derniers jours, celles de Tereos ne devraient pas s’achever avant un mois et demi au moins à Haussimont.
Le temps doux de janvier aura cependant permis d’éviter trop de difficultés aux stockages extérieurs dont les livraisons se sont seulement achevées le 25 janvier en Champagne. Malgré le contexte délicat, la tare moyenne reste maitrisée : 10,9 % pour Haussimont et 10,5 % pour Vecquemont. La richesse féculière moyenne s’est stabilisée depuis plusieurs semaines à 18,9 % pour l’usine picarde alors qu’elle décroit toujours légèrement pour l’usine champenoise où elle atteint désormais 18,7 %.

Attention au gel !
Le cycle des épisodes pluvieux et du maintien d’un temps frais et humide s’est arrêté, au moins pour un temps, et a laissé la place à des conditions hivernales sèches mais glaciales. Le retour d’une phase prolongée de températures basses, inférieures à la température actuelle des tas, va permettre de finir de re-sécher les tas dans lesquels une forte condensation s’était produite au grès du passage des perturbations porteuses d’un air plus chaud et humide.
La ventilation possible avec un air froid permettra également de se rapprocher de la température de consigne visée de 5°C pour limiter également la pression germinative des tas. Attention, cependant, à ne pas ventiler pendant les heures de gel. Ce dernier devrait s’intensifier pendant une semaine au moins. D’ici quelques jours, les températures pourraient même rester négatives durant toute la journée. Les stockages ne bénéficiant pas d’une isolation suffisante doivent donc être protégés d’ici là a minima par la pose d’un voile de type Toptex.
Mieux encore, la pose de ce voile pourra utilement être complétée par l’étalement par-dessus d’une couche paillée d’une trentaine de centimètres, elle-même couverte par un second voilage. Ce dispositif permettra de supporter la prolongation de températures particulièrement basses, mais sera aussi capable «d’éponger» pendant un temps un surcroît d’humidité présent dans les tas. Lors du retour de conditions plus douces, on pourra retirer les épaisseurs successives posées pour faire face au gel.
Utiliser au mieux la ventilation pour maintenir les tas secs à la température de consigne de 5°C : les conditions hivernales attendues durant les jours prochains constituent à la fois une opportunité pour un retour à une situation sèche au sein des tas et une baisse de la pression germinative, mais aussi un risque du fait du gel qu’il va falloir gérer de front pendant peut-être plusieurs semaines.

Protéger les tas
En cas d’insuffisance, voire d’absence d’isolation du bâtiment, il est urgent de protéger le tas du gel. A minima, la pose d’un voile de type Toptex doit pouvoir suffire à l’intérieur d’un bâtiment bien étanche. Pour un stockage plus précaire, il est préférable de compléter ce voilage par la pose d’une couche paillée d’une trentaine de centimètre, elle-même surmontée d’un nouveau voile. Cette création d’une couche isolante épaisse permettra de surmonter une période de gel sévère. Si cette phase hivernale devait se prolonger, la couche paillée servira également de couche absorbante pour l’excès d’humidité qui risquerait de s’accumuler dans le tas. Il convient également de calfeutrer au mieux les ouvertures et passages d’air existants dans le bâtiment. Lorsque le risque de gel aura disparu, les différentes couches de protection pourront être enlevées de manière successive.
Un état sec et une température suffisamment basse sont les conditions minimales requises pour limiter la pression germinative et sanitaire au sein du tas. Même en cette période hivernale délicate qui se prolonge sous une autre forme, le gel remplaçant les phases de douceurs, il convient malgré tout de chercher à ventiler régulièrement le tas en profitant des périodes durant lesquelles la température extérieure est propice : à savoir supérieure à 2°C et inférieur d’au moins 1°C à la température du tas. Seul le bon paramétrage d’une régulation automatique couplée à une sonde hors gel permettra de tirer la meilleure part du faible nombre d’heures disponibles lors de ces épisodes délicats.
Même si les températures extérieures s’abaissent assez fortement pendant quelques jours, il est préférable de cantonner la température du tas à la température de consigne de 5°C pour garder le plus longtemps possible une disponibilité de ventilation et limiter le risque de condensation lors de l’arrivée des premières phases de redoux printanier.

Surveiller l’état de la germination
Alors que la germination a débuté dans un certain nombre de stockages, la situation du sommet de tas traduit souvent mal la situation réelle au cœur du tas. A condition que le tas soit maintenu sec par une ventilation froide régulière par la base, on peut estimer l’état réel des tubercules de la masse stockée en vérifiant leur comportement à 30-40 cm du sommet de tas.
Cette vérification régulière de l’évolution des tubercules permettra de décider au mieux de la nécessité de procéder ou non à un traitement antigerminatif complémentaire par thermonébulisation, en fonction de l’état germinatif des tubercules et de la durée restante avant la livraison des tubercules. Dans le cas d’une application complémentaire de CIPC, il est préférable de ne pas descendre en-dessous d’une dose 8 grammes de matière active par tonne stockée. Pour espérer une bonne efficience, le bâtiment doit être le plus hermétique possible durant l’application, en travaillant avec un débit d’air réduit en recyclage puis en veillant à laisser à l’arrêt l’installation pendant au moins 24h dans le bâtiment maintenu clos.

A retenir :
- Fin des broyages à Vecquemont
- Une fluctuation des températures extérieures
avec un impact fréquent sur les stockages
- Germination plus ou moins active selon les bâtiments

Préconisations :
- Sécher les tas encore humides
- Refroidir à la température de consigne
- Protéger les tas du gel selon l’état d’isolation
du bâtiment
- Contrôler la germination du tas


- © AAP

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