L'Action Agricole Picarde 13 juin 2019 à 06h00 | Par Pierre-Louis Morchoisne et Olivier Suc (CA Hauts-de-France)

Fertilité biologique des sols : sol vivant ?

Lorsque l’on parle de la fertilité des sols, les références sur la fertilité chimique ou sur la fertilité physique ne manquent pas. En revanche, la composante biologique est encore assez méconnue.

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Le suivi de la vie biologique des sols se réalise par une analyse physico-chimique des sols, une analyse de la terre, des comptages et identification des vers de terre, le calcul de la teneur et de la biomasse microbienne, l’activité enzymatique, le suivi de la décomposition des pailles et l’état structural des sols.
Le suivi de la vie biologique des sols se réalise par une analyse physico-chimique des sols, une analyse de la terre, des comptages et identification des vers de terre, le calcul de la teneur et de la biomasse microbienne, l’activité enzymatique, le suivi de la décomposition des pailles et l’état structural des sols. - © CA Hauts-de-France



La fertilité biologique des sols est complexe, elle repose sur le fonctionnement d’une chaîne alimentaire (on parle de chaîne trophique) qui transforme la matière organique en composés minéraux assimilables par les cultures et participe à la stabilité du sol. L’ensemble des organismes vivants qui participent à cette chaîne alimentaire peut-être regroupé en grands ensembles : vers de terre, bactéries, insectes, champignons… Si on se focalise sur les bactéries, leur rôle peut être comparé aux performances d’un véhicule. On surveillera le niveau de carburant disponible, la puissance du moteur et la vitesse atteinte.


La matière organique labile
La matière organique est le carburant de la vie du sol. Elle se divise en trois composantes qui agissent différemment. En tout premier lieu, les résidus grossiers, qui jouent un rôle de protection du sol et forment la réserve des autres fractions de matière organique. A l’opposé, la matière organique fortement transformée constitue les molécules humiques qui s’associent à l’argile et au calcium pour former le complexe argilo-humique. Ces molécules complexes ont une longue durée de vie (supérieure à cinquante ans).
Elles sont essentielles à la stabilité du sol et au fonctionnement chimique, mais ne contribuent pas au fonctionnement de la vie du sol. Entre les deux fractions précédentes, la matière organique labile, constituée d’éléments fins, est la réelle source d’alimentation de la chaîne trophique du sol.
Ainsi, au-delà d’une simple analyse de la matière organique, l’agriculteur qui s’intéresse à la fertilité biologique de sa parcelle devrait faire une analyse de fractionnement de la matière organique. Ce réservoir de carburant représente généralement entre 15 et 30 % de la matière organique totale.

Biomasse et diversité bactériennes
Ce sont deux indicateurs de la puissance du moteur de l’activité biologique. Pour que la matière organique soit bien dégradée, il faut que les bactéries soient nombreuses et adaptées. Pour poursuivre la métaphore mécanique, on peut dire qu’il s’agit de la cylindrée du moteur.
La quantité de bactéries est mesurée par l’analyse de la biomasse bactérienne. Généralement comprise entre 2 et 4 % de la matière organique du sol, une biomasse bactérienne élevée permet de transformer rapidement la matière organique. Mais une valeur élevée peut aussi révéler un travail du sol intensif qui peut favoriser le développement des bactéries. Sur le plan qualitatif, une bonne diversité des populations bactériennes permet une plus grande adaptabilité face aux différentes sources de matières organiques disponibles. Cet indicateur varie entre 1 et 5. Il peut être comparé au couple du moteur.
Enfin, la vitesse des processus biologiques doit être mesurée par l’analyse de la vitesse de libération de l’azote. Placée en condition contrôlée de température et d’humidité, la matière organique du sol libère de l’azote. La valeur de l’ABM (azote biologiquement minéralisable) donne la proportion de l’azote qui est rapidement libérée par l’activité microbienne. Cette valeur est généralement comprise entre 0 et 4 %, mais peut aussi être plus élevée pour les sols riches ou, au contraire, parfois inférieur à 0 % quand la parcelle reçoit des apports de matière organique très difficilement dégradable.
Ces analyses sont aujourd’hui réalisables en routine à des tarifs qui deviennent accessibles (de 50 à 90 € HT selon les paramètres et les laboratoires). Il ne s’agit pas de faire toutes les parcelles de l’exploitation, mais de choisir avec l’aide de votre conseiller une parcelle représentative de l’itinéraire technique et les analyses les mieux adaptées au projet : incidence d’un travail en TCS (Techniques culturales simplifiées), passage en SD (semis direct)...
Alors qu’on imagine parfois aujourd’hui des pratiques radicalement différentes pour faire face à des problèmes de baisse de la fertilité de certaines parcelles, avoir quelques bons indicateurs sur le tableau de bord, c’est très utile pour aller dans la bonne direction.

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