L'Action Agricole Picarde 11 août 2019 à 06h00 | Par Sophie Chatenet

Gauvain Sers, la campagne à fleur de mots

Dans son deuxième album, «Les Oubliés», le chanteur creusois peint un monde rural qui dans l’ombre des villes, s’éteint peu à peu. Entre nostalgie et justesse, Gauvain Sers met son coup de crayon au service d’un coup de gueule. Avec brio.

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Gauvain Sers, le chanteur creusois qui monte. © D. R. Son deuxième album est sorti en avril dernier. © D. R.




Remarqué en 2017 avec son premier album «Pourvu», Gauvain Sers cultive à dessein la dégaine du titi parisien, en amoureux inconditionnel du film
Amélie Poulain(¹), à une différence près, le chanteur fait figure de titi des campagnes. Originaire de la Creuse, à vingt-neuf ans, le jeune homme signe des mélodies sensibles peignant avec une infinie justesse la chronique du temps présent. «Dans la bagnole de mon père», «Le poulet du dimanche», «Comme si c’était hier»…autant de titres découverts dans le premier album qui cohabitent avec des morceaux plus engagés «Mon fils est parti au djihad» ou encore «Hénin-Beaumont». Une mélodie au piano flirtant avec la mélancolie et quelques mots bien sentis puisant dans l’imaginaire poétique… Cela ne vous rappelle rien ? Gauvain Sers est un disciple de Renaud. Non seulement le chanteur ne s’en cache pas, mais l’aîné a même adoubé le jeune artiste, en lui offrant le plus beau des cadeaux : assurer la première partie de ses concerts en octobre 2016. Depuis, le jeune creusois a rencontré son public. De cafés-concerts en pianos-bars, de festivals en scènes ouvertes, Gauvain Sers s’est fait un nom.

Un album militant
Son deuxième album sorti en avril dernier, baptisé «Les Oubliés», conforte le talent de l’artiste et ne trahit en rien ce qui a fait le succès de son premier opus. «On est les oubliés/La campagne, les paumés/Les trop loin de Paris./Le cadet d’leurs soucis». Le refrain résonne comme un écho à cette lancinante désertification que n’en finissent pas de dénoncer les acteurs du monde rural, agriculteurs en tête. Dans cette chanson, et dans bien d’autres, il rend hommage à cet instituteur «de la craie plein les mains», à cet agriculteur «Y’a longtemps que tu comptes plus les heures, sur ton tracteur», à ces artisans des campagnes, «dont les bonbecs font finir par coller»… «Je voulais dénoncer l’abandon de tous les services publics, en général. Je me rends compte à chaque fois que je retourne dans la Creuse, qu’il y a de moins en moins de trains, de postes. Les écoles qui ferment, je trouve que c’est cela le plus terrible par l’effet boule de neige que ça entraîne sur la vie de la campagne où tout disparaît. C’est triste de voir l’évolution et de vouloir tout centraliser», confie l’artiste.

La lettre de l’instituteur
C’est la lettre d’un instituteur rencontré durant un concert qui a inspiré le titre «Les Oubliés» au chanteur : «Cet homme me parlait de la lutte pour essayer de sauvegarder son école qui était menacée de fermeture. Il en parlait avec énormément de passion pour son métier, cela m’a touché. C’est quelque chose que je ressens aussi. Je sais ce que c’est, j’ai grandi dans un village à la campagne dans la Creuse, mon père est prof de maths. L’Education nationale, c’est un milieu que je connais, j’en ai beaucoup entendu parler à table quand j’étais enfant. L’école, c’est un symbole hyper fort dans un village. Cela faisait quelque temps que je voulais écrire sur la désertification en milieu rural, des campagnes, mais je n’avais pas encore trouvé l’angle pour attaquer la chanson. Quand j’ai reçu cette lettre, ça a été l’élément déclencheur.» Au-delà de la chanson, le chanteur a décidé de consacrer un documentaire sur la fermeture de cette école de Ponthoile dans la Somme. Le tournage s’est déroulé au début de l’année.  Avant de se produire au Zénith de Limoges et de Paris en avril 2020, Gauvain Sers a entamé une tournée acoustique depuis le 26 juin. Tournée qui l’amènera à sillonner les campagnes, l’un de ses terreaux d’inspiration.

(¹)Jean-Pierre Jeunet, le réalisateur d’Amélie Poulain a signé le clip «Pourvu» de Gauvain Sers.

Gauvain Sers a grandi en Creuse, s’est fait un nom à Paris, et revient souvent dans cette province qui l’inspire. 
Gauvain Sers a grandi en Creuse, s’est fait un nom à Paris, et revient souvent dans cette province qui l’inspire.  - © D. R.

Bio express

Né à Limoges, Gauvain Sers a vécu dans son enfance à Dun-le-Palestel dans la Creuse. Son père est professeur de mathématiques et sa mère, Corinne, est pharmacienne. Il a trois frères. Après son baccalauréat scientifique, il va étudier en classes préparatoires scientifiques à Paris, puis intègre l’école d’ingénieur ENSEEIHT à Toulouse. Ensuite, il suit des cours de composition musicale et d’écriture à la Manufacture Chanson à Paris.

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