L'Action Agricole Picarde 06 juillet 2020 à 06h00 | Par Propos recueillis par D. Alinaghi

Geoffroy d'Evry : «Il faut maîtriser les surfaces»

Aide au retrait, augmentation et diminution des surfaces, consommation, CIPC, climat, surproduction, transformation… Le nouveau président de l’UNPT, Geoffroy d’Évry, fait le point.

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- © D. A.



Quelles ont été vos motivations pour vouloir être à la tête de l’UNPT ?

Aujourd’hui, il y a plusieurs enjeux à prendre en compte qui sont à la fois règlementaires et environnementaux. Il me semble important, après une belle présidence de sept ans d’Arnaud Delacour, de reprendre tout son travail, mais aussi de partir pour de nouveaux horizons. J’ai eu la chance de faire partie de son bureau durant de nombreuses années. Le challenge est important et nous avons de belles perspectives devant nous. Je ne suis pas seul, l’UNPT est collégiale, l’ensemble des décisions seront le fruit d’une réflexion mûrie.

Covid-19 oblige : marché paralysé, restaurants fermés... comment les pommes de terre se sont-elles écoulées ?
La filière pommes de terre n’était pas du tout prête à vivre un choc de la sorte. Du fait du confinement, l’ensemble de la restauration s’est arrêté. Il faut savoir que nous avons une part très importante en France, de 1 300 000 tonnes de pommes de terre en moyenne, qui sont destinées à l’industrie de la frite. Mais aussi à l’export pour des industries de transformation. Finalement, durant cette situation inédite, la force que l’on a eue, c’est notre cohésion au sein de l’UNPT afin de visualiser tous les champs du possible pour réduire l’impact du Covid chez les producteurs de pommes de terre. Surtout que, depuis trois ans, les impacts climatiques, avec des étés très chauds et des automnes très humides, n’aident absolument pas les exploitations. Dès lors, plusieurs solutions ont été trouvées, comme le dégagement pour l’alimentation animale, pour les méthaniseurs, pour des dons alimentaires, pour le marché du frais. Sur une moindre proportion pour ce dernier, compte tenu du fait que c’est une pomme de terre spécifique avec une charte de qualité qui est dédiée à un marché de niche.

Avec le retrait du CIPC, comment allez-vous gérer la situation ?
C’est une triste nouvelle d’apprendre que l’utilisation du chlorprophame (CIPC) pour le contrôle de la germination des pommes de terre sera interdite en France dès le 8 août 2020. Ce produit permettait de mettre fin à la germination des pommes de terre dans le bâtiment de stockage. Cependant, suite aux conclusions de son rapport, l’Efsa (Agence européenne de sécurité sanitaire), dans le cadre de la procédure de réexamen de l’inscription de la molécule au niveau européen, a conclu à des risques sanitaires chroniques et aigus pour le consommateur vis-à-vis de cette molécule, mais surtout vis-à-vis d’un de ses principaux métabolites de dégradation, la 3-chloroaniline (qui a été diagnostiquée cancérigène).
Du fait de sa dispersion dans le bâtiment de stockage, mais aussi par la poussière chargée avec la molécule, les infrastructures des bâtiments traités sont plus ou moins polluées avec le CIPC. Cette molécule est susceptible de s’y maintenir pendant plusieurs années si aucun nettoyage performant n’est pratiqué.
Il faut absolument garder la qualité intrinsèque de la pomme de terre pour qu’elle ne se dégrade et qu’elle ne germe pas. Cela nous met dans une impasse technique importante, parce que du fait de l’arrêt de cette molécule, on doit de facto trouver une solution alternative. De plus, on a mené un combat de manière scientifique avec Michel Martin, de l’institut du végétal Arvalis. Cela n’a pas encore été acté, mais cela consiste à avoir une limite de résidu temporaire qui nous permettrait de passer à une solution alternative progressivement. Passer de tout à rien est impossible !
On travaille également sur des solutions alternatives comme le bio-contrôle, mais ce dernier a un coût très important, quatre à cinq fois supérieur… On se positionne aussi sur d’autres solutions en prenant en compte le respect de l’environnement, ce qui nous semble très important. La pomme de terre est un tubercule qui est beaucoup consommée et a d’énormes vertus. On informe les consommateurs sur nos produits et on veut aller vers une pomme de terre plus proche de notre environnement.
On a engagé aussi, avec l’appui de la Région Hauts-de-France, une démarche afin que les producteurs puissent bénéficier d’un soutien pour rénover l’ensemble des bâtiments. On est sur un parc de bâtiments qui est assez ancien. Ils ont été traités par du CIPC, il nous semble opportun de changer les habitudes de conservation, de lancer un grand plan de rénovation national qui, à la fois, pourrait nous donner une meilleure performance énergétique et environnementale. Soyons ambitieux en repartant avec des bases nouvelles, la Région nous supporte.

Comment évoluent les surfaces de pommes de terre ? Pourquoi ne produit-on pas tout en France ?
Les producteurs de pomme de terre, par définition, sont atypiques dans le milieu agricole. Ils ont une veille extrêmement attentive de leur environnement économique. Derrière, on a aussi la chance d’avoir des industriels en France et des pays limitrophes comme la Belgique et le Pays-Bas, avec un marché de la frite qui a explosé dans le monde. Il y a une évolution constante de la demande et de l’offre. Tous les ans, les parts de marché grandissaient et nous avons essayé de répondre à cette demande. En revanche, on met un point d’honneur à dire de faire attention afin que l’offre ne dépasse pas la demande.
Ces dernières années, nous avons eu des rendements qui ne sont pas à la hauteur du potentiel des terres, ce qui assure l’équilibre de l’offre et de la demande. Si, demain, on a une production normale conventionnelle dans les cinq pays les plus producteurs, à ce moment-là, l’offre sera largement supérieure à la demande.
Les emblavements en pommes de terre de conservation s’élèvent à 154 900 ha en 2020 contre 152 700 ha en 2019, ce qui correspond à une hausse de 1,4 % des surfaces, soit plus de 2 190 ha de plus. Ces derniers sont essentiellement observés en Haute-Normandie (+ 900 ha) et en Champagne (+ 550 ha). À elle seule, la région Hauts-de-France représente plus de 63 % des surfaces françaises de pommes de terre de conservation. Les gros atouts que l’on a en France sont la qualité du travail et l’hygiène irréprochable, le potentiel de production, un territoire sein, une filière plants qui est très forte. En France, on est très majoritairement sur du plant certifié. Beaucoup d’industriels étrangers viennent se fournir en France, cela montre une certaine notoriété.
De plus, au sein de l’Hexagone, il y a un projet de Clarebout à côté du port de Dunkerque pour monter une unité de transformation. On a d’excellentes relations avec nos pays voisins. D’ailleurs, avec la crise Covid, cela a montré la force d’être groupé pour pouvoir discuter avec un industriel et la force du contrat car les industriels ont respecté leurs engagements. Ils ont donc respecté le prix sur lequel ils étaient engagés auprès des producteurs.

Quels messages pour la nouvelle campagne ?
J’espère que l’on n’aura pas un été encore caniculaire qui va mettre à mal les producteurs de pommes de terre. Très clairement, aujourd’hui, les gens ont emblavé leurs surfaces, mais soyons mesurés. Il faut alimenter le marché, mais rester prudent.
À chaque marché sa pomme de terre ; les produits étrangers ne doivent pas remplacer les produits français. Le marché de la pomme de terre est suffisamment alimenté, j’appelle à la prudence, il faut maîtriser les surfaces pour que l’offre ne dépasse pas la demande.


Marché de la fécule

La production d’amidon de pomme de terre était organisée et contingentée au niveau européen. Suite aux conclusions du bilan de santé, cette OCM est désormais complètement démantelée. La production est cependant organisée depuis 2012 par l’accord interprofessionnel signé entre les différents intervenants. En France, deux usines transforment la pomme de terre en fécule : le groupe Roquette à Vecquemont, dans la Somme, et le groupe Tereos à Haussimont, dans la Marne. L’approvisionnement est assuré par deux coopératives. L’industrie alimentaire est le principal débouché, à haute valeur ajoutée de l’amidon issu des 950 061 tonnes de pommes de terre transformées. Viennent ensuite l’industrie papetière (papier, carton) et l’industrie pharmaceutique. La recherche d’une meilleure valeur ajoutée a entraîné une évolution significative des débouchés ces dernières années.

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