L'Action Agricole Picarde 06 juillet 2018 à 06h00 | Par Propos recueillis par Dominique Lapeyre-Cavé

Grand témoin : Lionel Deloingce, d’intercéréales

Le point sur la filière avec Lionel Deloingce, président du conseil d’administration de l’Association nationale de la meunerie française et vice-président d’Intercéréales.

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Quelles sont les difficultés rencontrées par les meuniers ?

C’est un secteur qui a subi des disparitions et des regroupements par manque de compétitivité. Nous travaillons des produits agricoles qui sont au cours mondial, et il nous faut sans cesse être performants par rapport à nos concurrents.
Ces enjeux dépassent largement nos frontières, et nous devons analyser les mouvements afin d’anticiper et de nous adapter. Les pouvoirs publics, lors des Etats généraux de l’alimentation, ont montré leur volonté de voir émerger des filières cohérentes, et il est vrai que la meunerie française ne pourrait plus exister sans une filière céréales solide. La meunerie se trouve être à l’interface entre les producteurs céréaliers, la transformation et la distribution.
Nous subissons, par ailleurs, depuis de nombreuses années, une baisse de la consommation de pain. Et surtout, le consommateur est le fruit de l’éducation qu’il a reçue. Il demande de la qualité nutritionnelle, sanitaire, de la traçabilité, de l’information sur les modes de production. La meunerie et la filière doivent donc répondre à ses attentes, et les réponses doivent être la résultante d’une dynamique entrepreneuriale, signe d’une filière en mouvement, qui doit se réinventer sans cesse, sans opposer de résistance.
C’est la meilleure chose que nous puissions faire pour assurer la pérennité des moulins. Nous avons la chance pour le moment de ne subir des importations de farines que de façon marginale, moins de 10 %. Et encore, ce sont des importations intra-européennes : Allemagne, Belgique, Espagne… qui n’ont pas les mêmes coûts du travail et ne subissent pas la taxe sur la farine dont nous réclamons la suppression, tout comme la Cour des comptes. Nous avons besoin de retrouver de la compétitivité pour aborder les grands enjeux économiques et sociétaux qui s’imposent à nous.

La meunerie s’est-elle impliquée lors des Etats généraux de l’alimentation ? Quelles positions a-t-elle défendues ?
Au départ, les Etats généraux de l’alimentation ont surtout été organisés pour des filières en crise (viande et lait). L’objectif était surtout de mieux répartir la valeur ajoutée dans ces filières en remontant le prix de vente aux éleveurs. Mais, comme les prix des céréales sont aussi en baisse, finalement, toutes les filières ont été mises à contribution. C’est ainsi que la meunerie française, au travers d’Intercéréales, a participé à l’élaboration du plan de filière céréales.
Il faut que l’interprofession soit plus efficace afin que l’ensemble de la filière se réinvente globalement. Mais attention à ne pas créer en céréales un prix payé au producteur artificiel, qui mette hors-jeu le reste de la filière qui ne serait plus alors compétitive face à des concurrents moins chers. L’enjeu de ce plan de filière est d’assurer une bonne rentabilité à chaque maillon de la chaîne.
La volonté des pouvoirs publics est de réorganiser toute la filière afin que la valeur ajoutée ne soit pas confisquée par la distribution. Je pense que c’est tout à fait réalisable. Je crois à la segmentation des marchés et au fait que le consommateur soit capable d’estimer la juste valeur de ce qu’on lui vend à condition d’apporter la preuve des engagements pris par la filière. Chaque maillon de la filière doit respecter ces grands principes que sont le respect de l’environnement, la qualité sanitaire, la traçabilité…
Par exemple, la remise en cause du glyphosate n’est pas qu’un problème de producteur agricole dont le meunier pourrait se laver les mains. Les solutions doivent être recherchées ensemble, de manière pragmatique et sur de réelles bases scientifiques afin que chacun améliore ses pratiques. Notre avenir dépend de notre capacité à rester en mouvement.
Et puis nous n’avons pas à rougir des efforts qui ont été fournis depuis de nombreuses années dans l’amélioration des pratiques, notamment sur l’usage des produits phytosanitaires.

Que pensez-vous de la loi issue des Etats généraux de l’alimentation ?
Partir du prix de revient de l’agriculteur n’est pas évident, surtout en céréales où le prix n’est pas lié au coût de production, mais au cours mondial. Il faudra peut-être trouver des solutions plus construites que ce prix de revient. Si on veut des filières efficaces, il faut laisser du temps pour ces réflexions. Par exemple, en céréales, la filière estime qu’il faut gagner 15 Ä/t pour être compétitive. Entre la production, la collecte, la logistique et la transformation, cela doit être possible.

Les Hauts-de-France sont une grande région céréalière. Les blés qui y sont récoltés correspondent-ils aux attentes de la meunerie française ?
Avant, le Nord de la France était beaucoup tourné vers l’export. Mais, depuis de nombreuses années, la volonté des meuniers a été claire de s’approvisionner plus localement pour des raisons de coût logistique.
La meunerie française a fait connaître ses besoins aux collecteurs et aux producteurs et, aujourd’hui, nous trouvons des blés panifiables de qualité partout. Le blé de nos campagnes, c’est aussi un argument auquel le consommateur est sensible.

L’ANMF

L’Association nationale de la meunerie française (ANMF) a pour vocation de représenter les 420 moulins qui existent encore en France auprès des pouvoirs publics. La meunerie française écrase cinq millions de tonnes de farine, emploie 6 000 personnes, et génère un chiffre d’affaires de deux milliards d’euros. Elle défend les intérêts de la filière auprès de l’Etat français, de l’Europe et des corps constitués.

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