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Installation : les moutons et la plaine ne font qu’un

Émile Drouvin s’est installé en 2019 sur l’exploitation familiale de polyculture et élevage ovin, à Longpré-les-Corps-Saints. Son projet est basé sur la complémentarité entre la plaine et les moutons.

Pour l’installation d’Émile, 250 brebis ont complété le troupeau. La gestion du pâturage et les installations 
ont été optimisés.
Pour l’installation d’Émile, 250 brebis ont complété le troupeau. La gestion du pâturage et les installations
ont été optimisés.
© A. P.



Les moutons n’ont pas toujours été la passion d’Émile Drouvin, même s’il savait qu’il serait agriculteur un jour. Jusqu’à ce qu’il soit amené à y passer du temps. «Je faisais mes études et je vivais toujours chez mes parents. Alors le soir, en période d’agnelage, je prenais le relais pour décharger mon père. À force d’y être, j’ai attrapé le virus», sourit-il.
Après un BTS de technico-commercial et une licence agronomie, Émile s’est alors orienté vers un certificat de spécialisation ovin dans les Vosges. «J’y ai découvert plein de systèmes différents, j’ai rencontré des professionnels du mouton… Et puis j’étais en apprentissage à la maison. Ça m’a conforté dans mon choix : je voulais m’installer. Le projet d’optimisation de l’exploitation est devenu mon projet d’installation.» Tout est ensuite allé très vite : le parcours à l’installation à débuté en 2019 et, le 26 avril suivant, la société se transformait en Gaec de deux associés : Émile et son père, Pascal. Victor, le petit frère, est en alternance à la maison, et un salarié à temps plein complète l’équipe. Depuis quelques mois, Open, un jeune border collie, a aussi intégré la famille et aide aux déplacements des moutons, «même si tout n’est pas encore parfait», plaisante Émile.
La recette d’une installation si rapide ? «C’est, entre autres, dû au fait que je n’ai pas fait de reprise de terre, explique-t-il. Nous avons augmenté le troupeau de brebis.» L’exploitation comprend 250 ha de SAU (betteraves, blé, colza, semences, pois, orge d’hiver pour les moutons), dont 25 ha de prairies permanentes et 10 ha de prairies temporaires. 10 ha ont été remplacés en herbe cette année. Le troupeau, lui, est passé de sept-cent-cinquante à mille brebis. Des Île-de-France dont les agneaux sont commercialisés pour la plupart en Label rouge.
La gestion de l’herbe, pour un tel nombre de bêtes, est une question d’organisation. «L’automne, elles pâturent sur les repousses et les intercultures», explique Émile. Du temps à passer pour clôturer, mais une économie non négligeable et un intérêt pour les terres, d’autant que leurs cranettes, connues pour être assez pauvres, sont menées en agriculture de conservation, en non labour, depuis un peu plus de cinq ans. «Les moutons sont de très bonnes tondeuses, ajoute-t-il. Ils permettent une destruction du couvert naturelle et permettent aux prédateurs, comme les rapaces, de réguler les mulots.» Une complémentarité entre la plaine et les moutons que les agriculteurs essaient d’optimiser.

Des économies plus que du rendement
Tout, chez les Drouvin, est basé sur la recherche d’économie. «Le potentiel de nos sols est limité, commente Pascal. On ne cherche donc pas à produire plus, mais plutôt à réduire les frais de matériel et d’intrants. Par exemple : nous consommions 100 l de fioul/ha tout compris auparavant. Depuis que nous avons cessé de labourer, on en utilise moins de la moitié. Et puis contribuer à améliorer la vie du sol et à stocker le maximum de carbone est valorisant.»
Les infrastructures ont elles aussi été optimisées. La bergerie, construite en 2010 à 800 m du corps de ferme, est en train d’être élargie. La paille, jusqu’alors stockée près du corps de ferme, l’est désormais dans un nouveau bâtiment voisin à la bergerie. L’ancienne grande de stockage, elle, a été rénovée pour les aliments (pulpes de betteraves, amyplus, luzerne sèche). «Ainsi, il y a beaucoup moins d’engins sur la route, et nous gagnons du temps. Le fait de pouvoir stocker les aliments nous permet de les acheter lorsque les prix sont intéressants.» Un gain moyen de 18 €/t.
Les heures de travail sont elles aussi bien cadrées. L’élevage impose deux grosses périodes, en novembre-décembre et en mai-juin, pour les agnelages. «C’est beaucoup de surveillance, soigner les agneaux, vérifier que tous aient bu le colostrum, les boucler au bout de 24 heures…» Émile s’est désormais pris au jeu du suivi génétique, «indispensable pour la gestion du troupeau», qu’il gère de près grâce à l’informatique. L’objectif : avoir de bonnes brebis, qui élèvent des agneaux qui poussent bien, pour atteindre 40 à 50 kg au bout de cent-vingt jours. Ce qui lui plaît le plus dans ce métier, «c’est qu’il est plusieurs métiers à la fois ! Je suis nutritionniste, gérant d’entreprise, maçon, électricien… On ne s’ennuie jamais». Le travail à plusieurs permet aussi à chacun de se dégager du temps pour soi. «Un point important pour le bon équilibre !» A-t-il des projets d’avenir ? Poursuivre ce qui l’a toujours motivé : «pousser encore plus loin la complémentarité des cultures et de l’élevage».

Retrouvez une vidéo de l’ingénieuse bergerie des Drouvin ici

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