L'Action Agricole Picarde 11 juin 2018 à 06h00 | Par Alix Penichou

Journée Optipro de Noriap

Moins de produits homologués et plus de résistances. Lors de ses journées Optipro, Noriap présente les solutions en place ou expérimentées. Rendez-vous était donné au silo de La Chaussée-Tirancourt, ce mardi.

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- © AAP

Altises, pucerons, ray-grass, vulpin, jaunisse nanisante… A lire ces mots, les polyculteurs ont les poils qui se hérissent. Ils sont l’objet de la lutte permanente que doit mener quiconque espère de bons rendements à la moisson. A partir d’aujourd’hui, le combat risque d’être d’autant plus rude que certains produits ne sont plus homologués. Ce 5 juin, Noriap accueillait ses coopérateurs à La Chaussée-Tirancourt, dans les cranettes, pour un tour des solutions existantes ou en cours d’élaboration en terres pauvres. Premier levier : l’agronomie.
Et sur ce point, la culture du colza est une des plus sensibles aux conditions d’implantation. Un semis réussi assurant une levée rapide et homogène est synonyme de bons rendements. «Pour réussir le semis et la levée, semez tôt, à partir du 20 août. Mieux vaut aussi semer clair, à 25 grains par m2, et viser un objectif de peuplement de 20 pieds/m2 sortie hiver», recommande-t-on chez Noriap. Car un excès de végétation augmente le risque phoma à l’automne et le risque verse au printemps. Semer à 45 cm permet aussi le binage mécanique.
Pour lutter contre les altises, il faut favoriser tout ce qui permet une pousse rapide du colza. Objectif stade 4 feuilles au 20 septembre. Pour cela, plusieurs techniques permettent de limiter le nombre de traitements : des semis soignés, avec une graine plombée, un apport de matière organique avant le semis, de l’engrais starter, l’association avec une culture compagne, comme de la féverole à quinze ou vingt grains par m2. Cette dernière offre une augmentation de la production de biomasse et d’azote. Comptez environ trois quintaux de plus de rendement avec cette culture compagne, mais un coût supérieur de 50 E/ha.

Memory : la solution aux pucerons ?
Mais pour le colza, l’ennemi numéro un est le puceron vert, et plus particulièrement le virus TuYV (ou jaunisse du navet) qu’il transmet à la culture, qui peut causer jusqu’à 10 qx/ha de rendement en moins. «Avec la suppression de néonicotinoïdes, nous devons trouver des solutions alternatives», explique Renée Prévost, de Noriap. Les seuls outils sont donc les variétés tolérantes. Deux nouveautés seront proposées dès les prochains semis : la Memory. «La meilleure à la station de Quevauvillers l’année dernière, avec 64,9 qx, mais assez tardive, qui s’allonge, et conseillée en bonne terre pour le moment.» Sa cousine, l’Architect, présente aussi un «très gros potentiel, même en cranettes», avec 61 qx l’année dernière. Temptation semble aussi intéressante quant à sa résistance à la jaunisse et son adaptation aux rotations courtes, car elle est résistante au phoma.
L’escourgeon, lui aussi, craint surtout la jaunisse. «Et avec l’arrêt du gaucho, que nous utilisions depuis près de trente ans, nous sommes sans véritable solution», avoue un technicien. Deux variétés tolérantes existent, nommées Margaux et Amistar, mais cette dernière est «à oublier, car elle produit environ quinze quintaux de moins que la moyenne des variétés». Margaux est une nouveauté, mais les premiers résultats sont prometteurs. Parmi les autres variétés, Visuel et Etincel (seule brassicole) s’avèrent de très bonnes précoces dans les cranettes. Quadriga reste l’incontournable fourragère, bonne en toutes terres, qui produit beaucoup de paille et peu sensible aux maladies. Une fois encore, l’agronomie a toute son importance dans la gestion des pressions de maladie : semez absolument après le 15 octobre !

Blé : les mélanges à la mode
En blé, Noriap a mis au point deux mélanges pour les semis 2018. Pour les semis du 1er au 20 octobre, le mélange est composé de Fructidor, Chevignon, RGT Libravo et Lyrik, et pour ceux du 20 octobre au 10 novembre, il s’agit de RGT Sacramento, LG Absallon et Complice. «Il y a beaucoup de demande, car opter pour un mélange, c’est simplifier le choix des variétés. Mais surtout, c’est intéressant agronomiquement, puisqu’il permet de diviser le risque de maladie.» Les résultats ont montré un rendement similaire. Pour la meunerie, en revanche, une seule variété sera de mise dans une parcelle, puisque les meuniers souhaitent acheter du «pur».
Les blés hybrides permettent une adaptation à chaque situation. Hyfi, par exemple, adaptée au blé sur blé, procure un gain de rendement moyen de 6,6 qx/ha par rapport aux variétés conventionnelles, soit un gain de marge brute de 12,50 E/ha. Hycking et Hyclick sont, elles, performantes en terres de craie. Cette dernière procure un gain de rendement moyen de 7,3 qx/ha par rapport aux variétés conventionnelles, soit un gain de marge brute de 20 E/ha. Parmi les autres variétés, les coups de cœur chez Noriap sont, en premiers semis, la Chevignon, «sortie l’année dernière, avec pour seul talon d’Achille le besoin en protéines, qui s’explique par un très bon rendement», la KWS Extase, nouveauté, qui présente une bonne résistance aux maladies. Et en deuxième semis, l’Armstrong, très bonne en limons, et la Filon, plutôt pour les terres de craie.
En termes de désherbage, Noriap a testé plusieurs combinaisons, et la plus intéressante (et homologuée) pour lutter contre le ray-grass est Fosburi à 0,6 l/ha, associé au Daiko à 3 l/ha et à l’Actirob B à 1 l/ha. Le traitement a été réalisé le 25 octobre dans la parcelle d’essai. Et mieux vaut, une fois de plus, l’associer à des techniques agronomiques adaptées : «Semer après le 15 octobre, car la terre est plus humectée, et l’ensoleillement moins intense fait que la plante pousse moins vite.» Désherber une fois au semis et une fois au stade 1 feuille.

Prochains rendez-vous le 13 juin à Catillon (60) et le 26 juin à Bennetôt (76). Les éléments terre auront lieu les 19 et 20 juin à la station expérimentale de Quevauvillers (80).

Bien s’équiper pour mieux pulvériser

La dérive, ce gros brouillard créé lors de la pulvérisation, est dénoncée depuis plusieurs années déjà. Nocive pour l’agriculteur, qui crée du gaspillage de produit, des résidus dans les cours d’eau, dans l’air et dans les cultures non cibles comme les salades, pommes, cresson… «
Si ces mauvaises pratiques perdurent, d’autres produits risquent encore d’être interdits», assurent-on chez Syngenta, spécialiste des semences et des phytos. Une solution miracle pour éviter cette dérive : les buses à injection d’air, pour remplacer les vieilles buses à fente. «Aujourd’hui, elles existent en basse pression, pour une utilisation facile et optimale», assure un spécialiste. Comptez 3 € la buse à injection d’air basse pression, soit le même prix qu’une buse à fente dépassée, et moins de 300 € pour équiper une rampe entière.

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