L'Action Agricole Picarde 01 novembre 2012 à 18h59 | Par Gaetane Trichet

L’agriculture un potentiel d’emploi sous-estimé

L’un des quinze colloques régionaux sur l’emploi en agriculture organisés par la Fnsea s’est tenu le 24 octobre à Saint-Quentin.

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Table ronde sur le coût du travail : les intervenants se sont accordés sur le fait qu’il faut le baisser en France pour rester compétitifs. Or, le gouvernement prend le chemin inverse.
Table ronde sur le coût du travail : les intervenants se sont accordés sur le fait qu’il faut le baisser en France pour rester compétitifs. Or, le gouvernement prend le chemin inverse. - © Aap

Montrer l’importance de l’emploi dans les filières agroalimentaires et sa contribution à la vitalité des territoires ruraux était bien sûr l’objectif de ce colloque. Claude Cochonneau, président de la commission emploi de la Fnsea a expliqué : «malgré la dispersion des employeurs sur tout le territoire, malgré la petite taille des entreprises, l’agriculture permet aujourd’hui à 1,7 million de personnes d’avoir une activité professionnelle. Avec son amont et son aval, ce sont 3,5 millions de personnes qui travaillent dans ce secteur. Et ces emplois ne sont pas facilement délocalisables. En période de crise profonde, il me semble important de rappeler à la société et en particulier à nos décideurs politiques, le potentiel d’emploi que représente l’agriculture».

Des choix gouvernementaux déconcertants
Une première table ronde sur l’emploi en milieu rural, sa place et ses enjeux et une deuxième sur le coût du travail et la compétitivité résumaient bien les propos de Claude Cochonneau. «Nous, employeurs, participons au dynamisme des territoires ruraux, à l’aménagement du territoire, à la vie sociale de nos villages. Nous désirons aussi dire que nous sommes une force pour notre pays. Tant du point de vue économique que du point de vue social. Or, nous sentons aujourd’hui que ce message a du mal à passer dans la classe politique» at- il regretté. «Quand on regarde les choix gouvernementaux récents comme l’abandon de la TVA sociale, le retour en arrière sur les mesures en faveur de l’emploi des salariés en CDI, l’amputation des exonérations de charges sociales pour l’emploi de salariés occasionnels, nous ne comprenons pas. C’est déconcertant pour un secteur comme le nôtre qui emploie encore beaucoup à l’heure actuelle».

Coût du travail : il faut une harmonisation européenne
L’agriculture est peut-être le secteur le plus exposé à la concurrence internationale du fait du poids de la main d’oeuvre dans le prix de revient des produits. «Nous faisons face à un voisin européen comme l’Allemagne qui n’impose aucun minimum de salaire dans le secteur agricole, sans parler de l’Espagne ou des pays plus à l’est. Il faut une politique d’harmonisation européenne. Nous avons donc besoin d’agir de manière forte sur le coût du travail pour rester compétitifs. Or, que fait le gouvernement ? Il prend le chemin inverse en renchérissant le coût du travail. La mesure d’amputation de 20 % des exonérations pour l’emploi des travailleurs occasionnels coûte aux employeurs 140 millions d’euros de charges supplémentaires ! Et la réforme du mode de financement de la protection sociale que nous appelons de nos voeux avec la TVA sociale pour faire participer les importations à notre protection sociale, est abandonnée pour des raisons dogmatiques ! Bref, nous sommes consternés par le décalage entre les discours prônant la sauvegarde de l’emploi en France et les actes pénalisant notre compétitivité». Surtout lorsque le taux de chômage dépasse les 3 millions d’individus. «Il faut donc un véritable choc de compétitivité car l’agriculture est à l’origine d’emplois solides et saisonniers. Et lorsque l’on parle de compétitivité, il ne faut pas oublier la recherche et les innovations» a conclu Xavier Bertrand, député-maire de Saint- Quentin.

Claude Cochonneau, président de la commission emploi de la Fnsea : «l’agriculture permet aujourd’hui à 1,7 million de personnes d’avoir une activité professionnelle».
Claude Cochonneau, président de la commission emploi de la Fnsea : «l’agriculture permet aujourd’hui à 1,7 million de personnes d’avoir une activité professionnelle». - © Aap

Attirer les jeunes en agriculture
Claude Cochonneau réclame une définition des métiers agricoles. «Nous avons un problème d’image que l’on essaie de gommer d’ailleurs. Nous devons avoir une vision la plus large possible». Finie la caricature du salarié agricole peu cultivé, avec ses bottes et sa fourche. L’agriculture est moderne et les salariés suivent des formations pointues. La diversité de l’agriculture française, filières longues, circuits courts, productions de qualité et biologique… offrent une palette considérable de métiers variés susceptibles d’attirer les jeunes. Et ce d’autant plus qu’il y aurait actuellement 70 000 emplois non pourvus dans l’agriculture selon la Fnsea. C’est pourquoi les intervenants ont appelé les lycées agricoles à travailler toujours plus en ce sens tout comme le Pôle Emploi pour les aider à trouver du personnel qui corresponde aux attentes des exploitants en mettant en adéquation l’offre et la demande.
De son côté, et après «les métiers à la mode» en 2009, la Fnsea lance une nouvelle campagne de communication sur les métiers de l’agriculture sur le thème : «ils font tourner la terre» .

Recréer un lien social
Toutefois, pour attirer des personnes en agriculture, il faut désenclaver les communes. Certaines zones sont accessibles mais des efforts restent à fournir notamment sur les loisirs, les services aux personnes (transports, crèche,...). «Aujourd’hui les élus politiques ont une vision urbaine du milieu rural. C’est une vision déformée et le monde rural sera de moins en moins représenté. Il faut se prendre en main». «Les citoyens n’ont plus de vue sur le métier, alors qu’autrefois, on entrait dans les fermes, on discutait avec l’agriculteur. Il faut valoriser le métier et offrir vos exploitations ou vos usines» a complété Jean-Pierre Mabillon, secrétaire général de Force Ouvrière, responsable du secteur agricole. La question du salaire et notamment des horaires supplémentaires a été abordé. «La défiscalisation des horaires sup plémentaires a un intérêt clair en termes de pouvoir d’achat des salariés. Cet argent est directement réinvesti dans l’économie. La croissance en France repose pour 60 % sur la consommation» a-t-il été précisé, en expliquant que les salaires ne pouvaient être augmentés sous peine de perte de compétitivité.

Des emplois grâce à la création de valeur ajoutée
«Il faut aussi pouvoir offrir une carrière à un salarié, notamment dans les industries agro-alimentaires » a renchéri Jean-François Villard, directeur des ressources humaines chez Téréos. Thérèse Spriet, endivière et présidente de la Commission emploi du Nord explique : «Dans notre métier, il y a peu d’évolution de poste alors nous compensons par des moments sympathiques, de convivialité. Ils restent fidèles à notre entreprise et nous n’avons pas de turn over». Jean-Yves Bricout, président de la Commission emploi de l’USAA, y voit tout l’intérêt de recréer du lien social autour des emplois ruraux. «L’avantage de ces emplois c’est qu’ils sont bien répartis sur l’ensemble du territoire et ils constituent un maillage social très important» a-t’il poursuivi, s’étonnant lui aussi de la difficulté de recrutement de salariés. En conclusion, il faut que la France fasse preuve d’un minimum d’intelligence économique pour conserver ses secteurs de production, employeurs de grand nombre de salariés, sur son territoire. Ces emplois sont possibles grâce à la création de valeur ajoutée, fruit d’une agriculture dynamique et offensive.

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