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L’arbre : une autre ressource fourragère au pâturage

L’Inra travaille à quantifier et qualifier la valeur alimentaire des feuilles de ligneux pour l’intégrer dans l’alimentation des ruminants.

Certaines espèces ligneuses sont tout à fait adaptées d’un point de vue de la valeur alimentaire à des utilisations variées (types d’animaux, mode d’alimentation).
Certaines espèces ligneuses sont tout à fait adaptées d’un point de vue de la valeur alimentaire à des utilisations variées (types d’animaux, mode d’alimentation).
© C. Delisle



«L’absence de données quantitatives et qualitatives sur la capacité des ressources ligneuses à intégrer la ration des ruminants est l’un des principaux freins au développement de l’agroforesterie en élevages. C’est pourquoi, nous avons cherché à évaluer la valeur alimentaire des feuilles de ligneux (arbres, arbustes, lianes) disponibles en exploitations d’élevages et à identifier les facteurs de variation», explique Jean-Claude Emile, chercheur à l’Inra de Lusignan, dans la Vienne, lors du séminaire de clôture du programme Arbèle.
Ainsi, depuis 2014, plus de cinq cents échantillons différents de feuilles d’arbres, provenant de cinquante espèces, ont été collectés et ce, dans diverses conditions (zones climatiques, sols, altitudes, années) et à différents stades. Ces échantillons ont été séchés à l’étuve ou congelés-lyophilisés puis broyés. Divers critères ont ensuite été analysés pour évaluer la valeur nutritive de ces fourrages : les fibres (NDF, ADF, ADL), les matières azotées totales (MAT), la digestibilité enzymatique, les minéraux (Ca, Mg, P, K, Na + Cu, Fe, Mn, Zn) et les tanins condensés (200 échantillons). Les cinétiques de dégradation dans le rumen ainsi que la digestibilité intestinale avec des vaches fistulées ont également été regardées.

Une grande variabilité
«La forte variabilité existante au sein des échantillons collectés est le premier élément qui ressort. La MAT oscille de 5 à 30 % dans la feuille entière pour atteindre une moyenne de 14,5 %. La digestibilité, quant à elle, varie de 40 à 93 % avec une moyenne à 67 %. Les espèces ligneuses sont de qualité au moins similaire à celle de fourrages traditionnels (prairies, maïs, méteil…). L’espèce influe par ailleurs sur la valeur nutritive et la composition. On trouve ainsi des espèces d’excellente valeur alimentaire (énergie et azote), comme le mûrier blanc ou le frêne, d’autres de bonne valeur, comme le châtaignier, les noyers, le tilleul, les aulnes, les ormes et également des arbustes et lianes. On a également des espèces de moindre valeur qui peuvent correspondre à des animaux aux besoins modérés ou à une ration composite. On déniche ainsi des espèces adaptées à des utilisations variées», souligne Jean-Claude Emile.
La saison représente un autre facteur influençant. Au cours de l’année (juin – août – octobre), on observe une forte augmentation de la MS, une diminution de la MAT qui reste tout de même supérieure à celle d’un maïs à 8 %. La digestibilité est par ailleurs meilleure au printemps puis se stabilise entre l’été et l’automne. «La dégradation de la valeur alimentaire reste moins importante au cours de l’année que pour une prairie.»
Le mode de conduite fait également varier la valeur nutritive et la composition des feuilles. Lorsque l’arbre est conduit en trogne, têtard ou cépée, on constate une diminution de la MS et une augmentation de la MAT par rapport à un arbre de haut jet (même lieu et même date). Le travail de l’arbre n’a par ailleurs aucun effet sur la digestibilité ni sur les minéraux ou tanins condensés. Ainsi, la conduite de l’arbre ne dégrade pas la valeur alimentaire des feuilles.

Des stratégies différentes
«Ces résultats montrent que les feuilles d’arbres peuvent tout à fait rentrer dans la ration des animaux. Les stratégies adoptées sont de deux ordres. Soit tactique : la ressource peut être utilisée en cas de difficultés (sécheresse estivale…). Soit stratégique : la ressource peut être intégrée dans un système fourrager. En pratique, de nombreuses questions restent à résoudre concernant l’implantation, la conduite, la protection et l’insertion de cette ressource dans les systèmes fourragers», conclut le chercheur.

Casdar Arbèle

Face aux nouveaux enjeux auxquels l’élevage est confronté (contexte économique instable, attentes environnementales, changement climatique), l’agroforesterie apparaît comme une solution intéressante et innovante pour les systèmes d’élevages herbivores. Ainsi, le programme Arbèle (l’arbre dans les exploitations d’élevages herbivores : des fonctions et usages multiples), a pour objectif d’étudier et d’évaluer la pertinence des différentes pratiques agroforestières. Différentes actions seront conduites, afin d’une part, de cerner les atouts et limites de l’agroforesterie (intérêt fourrager, bien-être animal, bois litière, bois-énergie, impacts environnementaux...) et, d’autre part, de capitaliser des références technico-économiques (évaluation des coûts, temps et matériel des chantiers, itinéraires d’exploitations…). Ce projet s’appuie sur des partenaires de l’élevage, de l’arbre, de l’agroforesterie et du conseil ou de la formation.

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