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«La consommation d’œufs de plein air s’accroît»

Richard Devisme est producteur d’œufs de plein air à Mailly-Raineval depuis 2000. Pourquoi il a choisi cette production dite alternative.

Richard Devisme : «Faire cette production relève d’un bon choix sur le plan économique.»
Richard Devisme : «Faire cette production relève d’un bon choix sur le plan économique.»
© AAP


S’installer sur la ferme familiale, oui, mais à condition de diversifier l’activité, sait Richard Devisme. Une étude de faisabilité, l’attente de plus en plus croissante de consommation d’œufs de plein air et l’opportunité de reprise d’un contrat d’œufs de plein air proposée par Matines, lui font franchir le pas. «Cette tendance d’œufs de plein air émergeait aussi au niveau de la Politique agricole commune. Puis, l’élevage en cage, cela ne me plaisait pas. C’était trop industriel à mon goût, et j’étais sensible à la question du bien-être animal», ajoute l’agriculteur.
Une fois tous ces éléments recoupés, ne reste plus qu’à franchir le pas, d’autant que les producteurs d’œufs de plein air ne sont pas encore légion au début du millénaire. En 2000, il demande alors un prêt pour construire un petit poulailler pouvant accueillir 8 000 poules pondeuses. Impératif : chaque poule doit disposer de 4 m2 de pâture, en droite ligne des normes européennes. Ses poules sortent de 11 heures du matin jusqu’à la tombée de la nuit grâce à un bâtiment entièrement automatisé gérant les entrées et les sorties. Le choix est gagnant.

Une demande croissante
Toute sa production est rachetée par Matines. Un rachat intéressant puisque le contrat est indexé au prix de l’aliment. Traduction : si le prix de l’aliment augmente, le prix de l’œuf de plein air suit la même courbe. Mais «à nous d’être bons techniquement, car le cahier des charges de Matines est très strict, et nous faisons l’objet d’une forte surveillance tant de la part de la grande distribution que des services vétérinaires, sans compter les audits réguliers auxquels nous som­mes également soumis», indi­que cependant Richard Devis­me.
Une fois cela dit, la tendance de consommation d’œufs de plein air se confirmant, n’ayant d’ailleurs eu de cesse de croître depuis le début du millénaire, «faire cette production relève d’un bon choix sur le plan économique. La demande est là, et augmente chaque année», con­firme-t-il. Au point que, en 2011, une fois le remboursement de ses prêts terminés, l’agriculteur investit dans un autre poulailler de taille plus grande.
Le nouveau bâtiment, une volière, peut accueillir 22 000 poules pondeuses. En respectant la règle des
4 m2 de pâture par poule, ce sont neuf hectares qui leur sont consacrés. Certes, l’investissement a été plus conséquent que pour le premier poulailler, mais avec les deux bâtiments, Richard Devisme élève au­jourd’hui 30 000 poules pondeuses pour sa production d’œufs de plein air, ce qui lui permet de répondre aux demandes croissantes de Matines.
Et une demande qui ira crescendo au vu du choix de la grande distribution de ne vendre dans ses rayons d’ici 2020, voire 2025, que des œufs de plein air ou du bio. «Si cette décision m’encourage dans mes choix et m’incite à aller encore plus loin, il n’en reste pas moins qu’elle va avoir des conséquences lourdes pour ceux qui produisent des œufs de cage, d’autant que beaucoup ont investi en 2012 pour mettre aux normes leur bâtiment. Du coup, changer de nouveau la donne pour eux va s’avérer très compliqué, d’autant que les investissements sont conséquents et qu’il faut disposer de foncier. Or, au vu du prix du foncier et de sa rareté, c’est quasiment mission impossible pour la plupart. Puis, on ne peut pas changer de production du jour au lendemain», relève Richard Devisme. Et de redouter une désorganisation de la filière. «Il va bien falloir gérer la production d’œufs bio et d’œufs de plein air pour conserver une filière cohérente», ajoute-t-il. Ce n’est pas gagné, serait-on tenté de commenter.

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