L'Action Agricole Picarde 30 janvier 2020 à 09h00 | Par Propos recueillis par Alix Penichou

«La demande de lait sans OGM est exponentielle»

En octobre, Lact’Union invitait ses éleveurs à s’engager dans une démarche «lait d’animaux nourris sans OGM». Celle-ci est désormais sur les rails et devrait prendre de l’ampleur. Le point avec Olivier Vermes, président de la coopérative.

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«Le lait sans OGM est une réponse aux attentes sociétales, car nous abordons ainsi des sujets tels que le bilan carbone, 
ou la déforestation au Brésil», commente Olivier Vermes.
«Le lait sans OGM est une réponse aux attentes sociétales, car nous abordons ainsi des sujets tels que le bilan carbone, ou la déforestation au Brésil», commente Olivier Vermes. - © Pixabay



Comment s’est mise en place la collecte de lait non OGM chez Lact’Union et où en est-elle aujourd’hui ?

Il s’agit à la base d’une demande de l’enseigne de grande distribution Lidl, un de nos clients. Au départ, nous avions prévu dix millions de bouteilles, soit 13 millions de litres de lait à la laiterie d’Abbeville. Cela concernait vingt à vingt-cinq élevages. Et pour l’usine de Braine (02), la demande portait sur un volume de 18 millions de briques. Mais finalement, Orlait, l’un de nos partenaires, ne participe pas à l’opération. Les volumes ont donc été répartis, et un peu moins de dix-neuf millions de bouteilles sortiront de la laiterie d’Abbeville. Les conditions restent les mêmes pour les éleveurs : une prime de 15 €/1 000 litres, dès le début de la phase de conversion. C’est ce qu’offre Lidl, et nous reversons l’intégralité aux éleveurs.

Les éleveurs laitiers ont-ils répondu présents à votre demande ?
Rien qu’à Abbeville, nous avons reçu quatre-vingt candidatures ! Trente-huit exploitations ont été sélectionnées. Elles sont trente-neuf à Braine. Nous avons choisi en priorité celles qui étaient la plus prête à franchir le cap des animaux nourris sans OGM, car la demande était urgente. Six mois de conversion sont nécessaires, donc pour une livraison en juin, il fallait être opérationnel au 1er décembre 2019. En rejoignant cette démarche, les éleveurs s’engagent aussi dans la «Ferme bas carbone», et devront réaliser un diagnostic CAP’2ER dans leur exploitation.

Quel est l’enjeu de cette démarche ?
Pour l’éleveur, le principal enjeu est le soja. Celui-ci apporte une qualité de protéines importantes, mais le soja sans OGM coûte très cher. Trop cher, même avec une prime de 15 €/1 000 l. Il faut aussi préciser que produire du lait «sans OGM» implique que tous les bovins de l’exploitation, y compris les allaitants, soient nourris sans OGM. Ceux pour qui la conversion sera la plus facile sont les troupeaux menés en systèmes très herbagés, ou complémentés à base de tourteaux de colza origine France, avec un fournisseur reconnu STNO (Socle technique «nourri sans OGM»). Pour l’élevage en général, cette démarche va booster la recherche pour de nouvelles plantes, qui nous permettraient l’autonomie protéique.

Pensez-vous augmenter les volumes de «lait d’animaux nourris sans OGM» au sein de Lact’Union, à l’avenir ?
Oui, et nous avons déjà des contacts avec d’autres distributeurs. C’est une question de mois ! En Allemagne, 50 % du marché est déjà «sans OGM». Chez nous, la demande est aussi exponentielle. C’est une réponse aux attentes sociétales, car nous abordons ainsi des sujets tels que le bilan carbone, ou la déforestation au Brésil.

Qu’en est-il du lait bio chez Lact’Union, qui est aussi une attente sociétale ?
Produire du lait bio est beaucoup plus lourd à mettre en place, pour les éleveurs, que de produire du «lait d’animaux nourris sans OGM». Aujourd’hui, vingt et un agriculteurs sont engagés avec nous, pour 7 millions de litres de lait bio. Nous devons acheter pour compléter, car nous avons un besoin de 23 à 25 millions de litres. Alors il y a de la place pour les exploitations bios ! Nous avons cependant conscience que la conversion dans notre région abbevilloise, où la culture du lin est importante, est difficile.


Des annonces sur les prix

Lact’Union a profité de ses réunions d’information pour faire des annonces sur les prix payés aux éleveurs. En 2019, le prix moyen payé était de 364,60 €/1 000 l, soit 28,60 € de plus que l’année précédente. Ce prix comprend le prix de base (327,80 €/1 000 l), les réfactions Criel, les primes qualités, l’incidence matière… Et un complément de prix de 20 €/1 000 l.
La coopérative annonce avoir réalisé «une opération financière importante et stratégique sur les titres de participation détenus dans les filiales infantiles». «Ainsi, ce mouvement d’actifs financiers a nécessité une actualisation de leur évaluation qui a généré une importante plus-value, fruit de la bonne gestion des associés», ajoute-t-elle. Cette plus-value a en fait été en grande partie réinvestie dans le groupe Materna «afin de sécuriser nos débouchés sur les produits infantiles». L’opération a aussi permis de consolider dans la durée les contrats commerciaux. Lact’Union n’a cependant pas oublié de donner une part du gâteau à ses adhérents «qui ont permis ces investissements de croissance externe», en leur distribuant un complément de prix de 20 €/1 000 l sur les apports de 2019.

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