L'Action Agricole Picarde 12 octobre 2017 à 08h00 | Par Raphael Lejeune (Avenir conseil élevage)

La marge brute lait pour trouver sa cohérence

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Il est impératif de connaître sa marge brute lait pour l’améliorer et pour que élevage puisse subvenir aux besoins.
Il est impératif de connaître sa marge brute lait pour l’améliorer et pour que élevage puisse subvenir aux besoins. - © Avenir Conseil Elevage


Pour commencer, quelques précisions méthodologiques sur le calcul de la marge brute sont nécessaires : pour permettre une comparaison pertinente, chaque élevage est situé selon son système fourrager, et plus particulièrement la proportion d’herbe consacrée à l’atelier. En complément, Avenir conseil élevage (ACE) distingue les élevages robotisés et ceux en agriculture biologique.

Au global, la quantité de lait livré par exploitation atteint 716 000 litres pendant cette campagne, soit 40 000 litres de plus en un an ! La quantité par hectare de SFP, à 10 475 l/ha de SFPc, est en baisse de 600 litres. Le rendement de la surface fourragère, et par conséquent le chargement, a été impacté par la sécheresse estivale 2016.
Attendons-nous à des résultats encore difficiles dans certains systèmes herbagés pour la campagne en cours, puisque les rendements en herbe ne sont pas à la hauteur dans certaines régions.
Pour la campagne clôturée au 31 mars 2016, avec une nouvelle baisse de 11 €/1 000 l, la marge brute (MB) moyenne s’établit à 177 €/1 000 l. C’est le résultat le plus faible depuis 2009.
A 343 €/1 000 l, les produits sont en baisse de 13 € (- 2 € pour le produit viande, et - 11 € pour la valorisation du lait) alors que les charges sont globalement restées stables (42 € de frais d’élevage et 126 € de coût alimentaire). L’explication de la baisse de la moyenne se situe donc au niveau des produits. Cependant, chaque résultat doit être analysé de manière individuelle.

L’hétérogénéité toujours présente
Avec un écart de MB de 81 €/1 000 l entre les quarts inférieur et supérieur, l’hétérogénéité des situations est toujours aussi présente. Elle représente, pour le volume moyen de 716 000 litres, environ 58 000 € en une année !
Le poste «alimentation de l’atelier lait» explique une part importante de cet écart. Pour autant, il ne s’agit pas toujours de la véritable origine de l’écart. Il faut faire attention aux raccourcis et aux solutions trop évidentes.
Avec seulement 12 € d’écart entre le quart inférieur et supérieur, le produit viande de l’atelier lait (qui intègre la variation d’inventaire, les veaux laitiers, les génisses et les vaches laitières) est trop souvent mis au second plan. Or, c’est un bon indicateur de l’état de fonctionnement global du troupeau. En effet, un bon produit viande est synonyme d’une bonne gestion de la reproduction autorisant un renouvellement largement suffisant et le maintien de la productivité du troupeau, avec une bonne efficacité alimentaire et une bonne qualité du lait. Une bonne reproduction et une bonne gestion de la mortalité sont donc une base technique solide pour favoriser le résultat économique.
Cela étant dit, la quantité de concentrés distribués par litre de lait vendu devrait être inférieure à 200 grammes. Pour cela, la qualité des fourrages distribués est prépondérante en veillant au stade et au mode de récolte (ensilage, foin, enrubanné) et à la bonne conduite technique.

La cohérence du système
L’optimisation des surfaces fourragères, notamment celles en herbe, constitue dans bon nombre de cas une piste de travail sérieuse pour améliorer la cohérence du système d’exploitation.
Même si la MB/1 000 l est un critère pertinent, une exploitation est, très souvent, constituée d’autres ateliers : cultures, viande, etc… Le revenu de l’éleveur provient de l’addition de l’ensemble des marges brutes de chaque atelier. L’amélioration de chacune passe par la «cohérence du système d’exploitation».
L’analyse des résultats en fonction de la SFP permet une première appréciation de cette cohérence. Bien évidemment, le critère «quantité de lait par ha» va dépendre du pourcentage d’herbe dans la SFP et du potentiel agronomique des surfaces. Néanmoins, dans des systèmes similaires, on observe des différences de près de 4 000 l/ha. Ce qui se traduit, pour un quota de 500 000 l, par une surface de 13 hectares supplémentaires utilisés pour l’atelier lait.
En améliorant la conduite fourragère, c’est donc tout le système d’exploitation qui peut être impacté positivement !

Chiffrer pour orienter la technique
L’intérêt de calculer la marge brute lait est de pouvoir dégager précisément les pistes de travail (produits ou charges) afin d’améliorer les résultats.
Dans le cas d’un produit viande qui n’atteint pas le niveau espéré, voici quelques questions à se poser : la valorisation des animaux vendus est-elle en cause ? Quelle est le niveau de mortalité ? IVV, prolificité… la reproduction est-elle bien gérée ?
Toutes ces hypothèses méritent d’être vérifiées pour ensuite approfondir le sujet sous un angle plus technique.
Pour finir, même si le prix du lait détermine la tendance du niveau de marge brute moyen, d’une campagne à l’autre, la disparité des résultats reste du même ordre. Il est donc impératif de connaître et travailler à l’amélioration de ces chiffres, quel que soit le contexte, pour que, dans tous les cas, l’élevage garantisse un niveau d’excédent brut d’exploitation suffisant pour subvenir aux besoins : rembourser, investir, sécuriser et vivre !

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