L'Action Agricole Picarde 18 juin 2015 à 08h00 | Par Patrick Desmedt

La Sitpa veut relancer le flocon industrie

Nestlé cherche à relancer l’activité purée en flocons en Picardie. Le plan a été présenté à l'assemblée du groupement des livreurs de la Sitpa de Rosières-en-Santerre.

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Vincent Boisseau, président du groupement des livreurs à la Sitpa : «Tous les livreurs doivent être informés des options d’achat.»
Vincent Boisseau, président du groupement des livreurs à la Sitpa : «Tous les livreurs doivent être informés des options d’achat.» - © AAP

«La récolte 2014 a donné globalement de bons résultats. Même si la teneur en matière sèche n’a pas été très élevée, elle s’est située au-delà de la moyenne pluri-annuelle», a souligné Vincent Boisseau, président des livreurs de pommes de terre à la Sitpa lors de l’assemblée générale du groupement qui s’est tenue à Rosières-en-Santerre le 27 mai. Présentant l’activité pendant l’exercice écoulé, il n’a pas manqué de mentionner le gros «couac» entre le groupement et la direction de l’usine, juste avant la récolte, quand la Sitpa a annoncé l’abandon de l’option d’achat de 6 % de tonnages supplémentaires signée en février 2014. Après une période de forte tension, le groupement a obtenu le respect de l’accord en volume et en prix. Après le départ de Bertrand Rault à la fin septembre, il a aussi fallu gérer les exigences concernant l’engagement sur les variétés à la réception.
Ces différentes péripéties vécues pendant la campagne ont amené Vincent Boisseau à considérer la situation avec inquiétude et beaucoup de questions vis-à-vis de l’industriel. En cause, les méthodes en matière de prévision, le respect des engagements, les changements d’interlocuteurs, les relations entre les échelons au sein de l’équipe dirigeante et la manière de gérer les difficultés commerciales. «Qui tient les ficelles ?», s’est-il interrogé en admettant que, pour l’instant, tout semble rentré dans l’ordre.

Des changements pour 2015
L’option de rachat de 6 % en volume est supprimée, remplacée par un engagement contractuel respecté s’il se situe dans une plage entre 94 et 103 %. Le respect de la livraison des variétés contractées ou, a minima, d’une variété figurant dans la même catégorie, sera exigé. En 2014, les surplus de «Première» ont été payés au cours du jour cette année, contrairement à la pratique habituelle qui était de les payer au prix de la dernière semaine du contrat.
«Qu'en sera-t-il pour la récolte 2015 ?» s’est-interrogé Vincent Boisseau, tout en rappelant que l’offre de rachat de pommes de terre doit pouvoir bénéficier à chaque membre du groupement. Ce qui signifie que tous les livreurs doivent être informés des options d’achat. Enfin, de la souplesse est nécessaire dans le planning pour les livreurs en difficulté.

Un écart de compétitivité à combler
Comme dans toute assemblée de ce genre, les représentants de l’industriel rejoignent les participants quand l’assemblée statutaire est close. Particularité cette année, Nestlé a délégué plusieurs de ses cadres pour présenter le «plan de relance, ensemble, de l’activité purée en flocons en Picardie».
Le point fort du groupe Nestlé est sans conteste la purée déshydratée à la marque Mousline. Largement leader sur le marché français des purées en flocons, avec près des trois quarts des parts de marché, la Mousline est fragile en raison d’un prix de vente supérieur aux marques distributeurs.
«La première raison tient à la baisse de la consommation française», a rappelé Florence Frappa, Business executive manager. «La seconde tient à la spécialisation de la matière première payée au prix fort», selon Dominique Lemaire, directeur Business Industrie.
Il en découle un manque de compétitivité vis-à-vis des produits similaires développés par les concurrents depuis quelques années à partir d’écarts de triage ou de co-produits de la transformation. «Pour nous, la seule variable d’ajustement est le prix de la pomme de terre», a-t-il lancé.
Forte d’une puissante notoriété et d’importantes parts de marché, Mousline vise à dynamiser la consommation de la purée par la relance de la communication sur le produit, l’adaptation du cahier des charges «Préférence», le lien avec l’agriculture durable via l’utilisation de la chaudière à bois et l’agro-foresterie, tels que les a détaillés Marguerite de Gouttes, responsable de marque Mousline.
Pour Vincent Gauteron, directeur du site de Rosières, «l’usine sait fabriquer les flocons «Mercédès» comme les a appelés un participant, mais elle va devoir s’orienter vers la fabrication d’autres produits moins coûteux». Au cœur du problème, un écart de compétitivité à combler avec la concurrence.

Faire passer au vert tous les critères d’ici 2017
Visualisés sous la forme d’un feu tricolore, Jean-Pierre Mogavero, responsable des achats de pommes de terre, a montré que le feu vert représente la qualité et la traçabilité du produit sur fond de développement durable en devenir. Le feu orange, c’est la couverture des contrats qui n’est pas suffisamment optimisée. «Le tonnage contracté ne devrait pas dépasser les deux tiers de nos besoins afin d’être plus proche des demandes de nos clients», a-t-il souligné. Il faudrait également mieux gérer les achats en fonction de la période de l’année pour bénéficier des conditions de marché les moins chères possibles. Enfin, le feu rouge concerne le coût de la matière première qui doit baisser afin de réduire le coût du produit fini. La promotion de contrats modulables en fonction des marchés cibles (grandes surfaces, industrie, export) a été avancée. Le recours, déjà lancé à de nouvelles variétés moins chères, est aussi une piste.
L’objectif du plan est de faire passer au vert tous les critères d’ici 2017. Les perspectives de croissance des volumes sur le seul créneau haut de gamme de la Mousline sont limitées. D’où la nécessité pour Nestlé de se positionner sur d’autres créneaux, et donc de modifier son approche du prix de la matière première qui représente une grosse part du coût du produit fini.
Pour l’instant, ce projet a plutôt laissé perplexe les intéressés. Sa réussite demandera des temps de rencontre certainement nombreux, d’autant que pour ce qui le concerne, Vincent Boisseau a conclu la réunion en disant «être resté sur sa faim».

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