L'Action Agricole Picarde 09 mars 2020 à 06h00 | Par Propos recueillis par Alix Penichou

Pomme de terre : «reprenons la main sur nos pratiques»

Retrait de produits phyto, nouvelle réglementation, certification, irrigation… Pour Arnaud Chombart, administrateur à l’UNPT, qui cultive 200 ha de pommes de terre à Vraignes-en-Vermandois (80), la résilience de la culture de pomme de terre passe par une prise en main des sujets par les agriculteurs.

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Arnaud chombart : «Nous devons transformer les contraintes réglementaires en un avantage pour nos terres.»
Arnaud chombart : «Nous devons transformer les contraintes réglementaires en un avantage pour nos terres.» - © Pixabay




Quelles sont les conséquences du retrait du CIPC pour la conservation des pommes de terre, pour la profession ?

Aujourd’hui, ce retrait est acté. C’est une charge pour les agriculteurs, bien que certains industriels comme McCain ont décidé de nous accompagner pour cela, mais nous devons nous adapter. L’interprofession a beaucoup travaillé sur le sujet et a obtenu une LMRt (limite maximale de résidus temporaire) de 0,4 mg/kg pendant trois ans. Arvalis-Institut du végétal propose de son côté un processus de nettoyage des bâtiments, que les agriculteurs doivent suivre. Nous aimerions des remontées des acteurs pour que, dans trois ans, nous puissions demander une nouvelle LMRT si nécessaire, même si elle doit être plus basse. Pour l’anti-germinatif, il existe d’autres solutions,
comme l’huile essentielle de menthe (Biox M), qui agit sur le germe, le Dormir et l’éthylène, qui retarde le réveil de la pomme de terre. Ces trois produits nécessitent d’avoir des bâtiments étanches et peu ouverts, car ils sont volatiles. Ce retrait est un parfait exemple : nous allons connaître d’autres évolutions du genre et nous devons les anticiper. Pour moi, c’est le milieu agricole qui doit reprendre la main sur ses pratiques.

La certification HVE (haute valeur environnementale) est un exemple des obligations qui se présenteront aux producteurs. Quels sont les enjeux ?
Nous travaillons au niveau de l’interprofession pour obtenir une équivalence entre le référentiel de bonnes pratiques agricoles GlobalGAP et le niveau 2 de la certification HVE. Mais, pour moi, le vrai enjeu est le niveau 3. On ne raisonne plus à l’échelle d’une seule culture mais de l’exploitation dans son ensemble. Il faudra remplir toutes les cases de la HVE, soit la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et de l’irrigation. Il n’existe cependant pas de recette miracle : «pour atteindre le niveau 3, faites comme cela». Il y a un vrai parcours technique pour y arriver à l’horizon 2030. Il faut voir le bon côté des choses : l’agriculture a besoin d’évoluer, à nous d’être inventifs, en s’entourant de personnes compétentes pour y arriver. La technique est de toute façon l’essence même de notre métier.

Dans votre exploitation, quelles avancées avez-vous obtenues ?
Il y a cinq ou six ans, j’étais au pied du mur. Je me suis rendu compte qu’il fallait que je change mes pratiques, car celles-ci allaient me faire perdre la capacité de production. Plus on augmente les quantités de phyto, plus la plante stresse, moins elle produit de matière. J’ai donc travaillé la réduction de doses. Pour nos pommes de terre à chair ferme (consommation et industrie), j’ai réussi à réduire de 30 à 40 % les fongicides. Je travaille à 70 l/ha. Ce travail est forcément technique : il faut prendre en compte l’hygrométrie, le vent, la qualité de l’eau, travailler sur le niveau de pH des bouillies… J’ai également complètement arrêté les labours de printemps. La charrue est utilisée en bouée de sauvetage, quand elle s’avère réellement indispensable. Le sol est accompagné par des couverts végétaux. Des mélanges d’espèces qui piègent le plus d’éléments possibles. Encore une fois, il s’agit de transformer une contrainte réglementaire, celle des Cipan, en un avantage pour nos terres.

Qu’en est-il de l’irrigation ?
Là aussi, la réduction est possible. Chez moi, j’ai investi et, désormais, 90 % de l’irrigation se fait grâce aux rampes. Cela m’a permis de réduire de 20 % ma consommation d’eau, car quand une rampe consomme 20 mm, un canon en consomme 25 mm. Réduire trop fortement l’eau est cependant compliqué, puisqu’en pomme de terre de consommation, on est lié à la contrainte de présentation. Une pomme de terre doit être belle pour être vendue, et cela passe par beaucoup d’eau en début de cycle. Des OAD (outils d’aide à la décision) se développent néanmoins, avec des sondes qui mesurent l’humidité du sol et donnent des indicateurs d’intervention. Ils peuvent être intéressants. Pour cela, comme pour tous les sujets de résilience en culture de pomme de terre, l’évolution est possible, si le terrain reprend la main… tout en restant prudent : il n’y aura pas de révolution. Les risques sont trop élevés pour cela.

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