L'Action Agricole Picarde 21 août 2020 à 06h00 | Par Vincent Fermon

Le plaisir d’aménager avant de chasser

L’ouverture de la chasse au gibier d’eau dans les marais intérieurs, c’est ce vendredi 21 août, à partir de 6 heures. Mais avant cela, ses adeptes ont dû passer de nombreuses heures à l’entretien de leurs marais.

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Derrière le marais de Woignarue, on distingue la ville d’Ault et ses falaises. © V. F. L’entretien d’une installation de chasse au gibier d’eau, en intérieur comme à l’extérieur, demande des investissements conséquents. © V. F. La préparation d’une saison de chasse au gibier d’eau est un travail d’équipe qui mêle sérieux et convivialité. © V. F. Une fois les abords de la hutte aménagés, reste à s’occuper du plan d’eau. © V. F.

Combien d’heures ont-ils passé au bord de leur «flaque» à couper les roseaux, ramener à une hauteur raisonnable les herbes ou à enlever la vase du fond d’un plan d’eau ? Et combien d’argent ont-il dépensé ?«On préfère ne pas savoir, sinon on ne ferait plus rien...» s’esclaffe Mickaël Quennehen. Le jeune homme est depuis peu le détenteur d’un bail de chasse sur la commune de Woignarue, dans le marais, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de la réserve du Hâble d’Ault. Celui-ci lui a été octroyé par la commune de Woignarue, suivant une procédure d’adjudication. L’endroit est privilégié et bien connu des amateurs de chasse au gibier d’eau, des chasseurs de plaine aussi, comme de nombreux touristes qu’il n’est pas rare de croiser en ce moment sur les chemins de pierre qui serpentent entre les cours d’eau naturels, les pâtures où l’on croise encore quelques bovins, et les mares.

Tonte, débroussaillage, blettage

Si le marais de Woignarue est un spot réputé, l’installation occupée aujourd’hui par Mickaël paraissait à l’abandon avant qu’il n’en obtienne la jouissance. Avec quelques amis, il en a réaménagé l’intérieur puis les abords. Pour espérer tirer quelques canards à la hutte, «il faut la rendre accueillante. Si on laisse un marais à l’abandon, le milieu se referme et on n’y voit plus rien». Néanmoins, pas question non plus d’en faire trop : «Il faut que cela reste naturel». En ce début de semaine, ne restait plus à peaufiner que quelques détails, dont le blettage. Le blettage, c’est cette pratique qui consiste à positionner sur une mare des formes de canards pour attirer de vrais oiseaux. Si on n’en trouve pas de définition lexicale sur Internet, c’est parce que le blettage, «c’est toute une science», explique Mickaël. Peu importe qu’il y ait de l’ironie dans le propos ou que ce soit la vérité d’un passionné, on conçoit aisément que les lignes de blettes se doivent d’être correctement positionnées sur la surface en eau pour ne pas gêner le tir des chasseurs lorsqu’ils tirent depuis la hutte. Une fois la saison terminée, ces blettes seront sorties de l’eau, nettoyées, parfois repeintes puis remisées.

Un début de saison timide

Ce qu’ils attendent de l’ouverture, ce samedi matin, à 6h tapantes, c’est d’abord «de passer un bon moment». «Je serai là depuis la veille», assure quant à lui Mickaël. Voir des canards survoler son installation serait une bonne chose ; en prélever un serait merveilleux. Mais, «pour l’instant, on ne voit pas grand chose...», expliquait Fabrice Vue en début de semaine, lui aussi passionné de chasse au gibier d’eau et investi dans l’entretien de plusieurs installations. Ce dernier chasse le gibier d’eau depuis une hutte familiale depuis 27 ans dans une zone un peu plus au sud que son camarade. Les raisons ? Une reproduction peu dynamique dans le marais et un niveau d’eau insuffisant, aux yeux des chasseurs. «Ce ne sera pas terrible, mais l’ouverture, c’est toujours un jour spécial», indique Mickaël. «On fait l’ouverture parce qu’on attend cela depuis plusieurs mois, mais ce n’est pas à cette période de l’année que l’on voit le plus d’oiseaux», constate pour sa part Fabrice. «Il y a des oiseaux sédentaires et déjà quelques migrateurs, mais c’est le tout début».

En ce début de saison, les espèces les plus fréquemment rencontrées sur le marais sont les sarcelles, les souchets et bien sûr l’incontournable colvert. A partir de la fin du mois de septembre, «début octobre», «dès qu’il y a aura de belles nuits de migration, on devrait voir des siffleurs, des pilets, des chipeaux... et quelques oies», avance Fabrice. L’an dernier, pour le premier jour de la saison, Mickaël et l’ami qui l’accompagnait pour l’ouverture ont tué une sarcelle : «Ce n’est pas grand chose, mais ça suffit à notre bonheur, sourit-il. On ne demande pas à faire un mont». Juste à être récompensés des travaux qu’ils réalisent au milieu d’un site préservé tant par l’activité agricole que par la chasse.

Le patron de la chasse française signe un livre

Que trouve-t-on dans le livre «Un chasseur en campagne» écrit par le président de la fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen ? Dans cet ouvrage disponible depuis le 18 août , celui qui est aussi le président de la fédération des chasseurs du Pas-de-Calais propose une «immersion dans (ma) vision de la chasse et de la ruralité».
Le livre est disponible «dans toutes les bonnes librairies, dans les grandes surfaces, sur les sites de vente par correspondance, mais aussi dans toutes les fédérations de chasseurs qui ont choisi de l’acheter».

Eric Dupont-Moretti, Garde des Sceaux et avocat de la chasse

Dans un ouvrage paru le 18 août aux éditions Gerfaut sous la plume de Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Eric Dupont-Moretti, Garde des Sceaux et ministre de la Justice, se livre lui aussi sur sa passion de la chasse. Signant la préface de ce livre intitulé «Un chasseur en campagne», Eric Dupont-Moretti qui pratique notamment la fauconnerie, narre les plaisirs que lui procure cette activité : «Quand sur un arrêt de mon setter irlandais je tue un perdreau, je n’ai pas honte ; et quand je me délecte de la chair de l’oiseau accompagnée de choux, je n’ai pas honte», écrit-il. S’attaquant frontalement aux défenseurs de la cause animale, il les traite ouvertement d’«illuminés» et d’«intégristes» selon lui coupables d’«extrémisme» et de «dogmatisme aveugle». Il termine sa préface en indiquant : «Ce livre, il est fait pour que les chasseurs relèvent la tête. Enfin ! Ce livre, les ayatollahs de l’écologie s’en serviront pour allumer le barbecue où ils cuiront leurs steaks de soja.». Les intéressés apprécieront les propos de celui qui n’était alors que «simple avocat pénaliste». La polémique n’a pas tardé à enfler et le Garde des Sceaux a tenu à préciser sa pensée sur Twitter le 16 août : «On peut être contre l’interdiction d’une certaine chasse et défenseur du climat et de la nature, comme je le suis et l’ai toujours été. Je n’ai jamais incriminé les écologistes mais des ayatollahs de l’écologie. Les premiers sont pour moi bien différents des seconds.»

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