L'Action Agricole Picarde 17 septembre 2020 à 09h00 | Par Alix Penichou

La prochaine récolte germe chez Exelience

L’automne débutera ce 22 septembre, et les semis des cultures d’hiver suivront. À la station de semences Exelience d’Avesnes-les-Bapaume (62), on s’affaire pour que les graines soient prêtes.

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La tour de traitement atteint 30 m de haut. © A. P. À chaque machine sa fonction : la table densimétrique écarte les graines trop légères. © A. P. L’usine possède le seul appareil de mise en big bag automatique de France. © A. P. Une quarantaine de semi-remorques partent chaque jour. © A. P. Aucune graine défectueuse n’échappe au processus de tri et de traitement. © Exelience



On récolte ce que l’on sème, paraît-il. Alors mieux vaut semer une graine de qualité pour récolter une céréale de qualité. Chez Exelience, on en a bien conscience. Depuis le 1er juillet 2019, la station de semences d’Avesnes-les-Bapaume*, née de l’union des coopératives Noriap, NatUp, Advitam, Invivo - semences de France et l’Ucac, produit des semences avec les plus grandes précautions pour fournir aux agriculteurs un produit irréprochable : faculté germinative, pureté variétale et spécifique, et protection phytosanitaire garanties. Un projet à 31 millions d’euros au total, qui fait ses preuves.
En ce mois de septembre, l’usine tourne à plein régime, à près de 1 000 t par jour. «80 % de notre activité sont les semences d’automne. Nous devons pouvoir tout fournir fin septembre», justifie Étienne Regost, directeur de l’usine. Au total, 47 000 t de semences produites chaque année permettent de semer 12 700 ha en blé, blé hybride, orge d’hiver et de printemps, pois, féveroles et avoine, mais aussi en lin, vesce commune, avoine rude, triticale, épeautre et seigle biomasse, de nouvelles cultures. «Il y a une réelle demande pour alimenter de nouvelles filières comme la méthanisation, alors nous y répondons.»
Ce 10 septembre, comme tous les autres jours depuis la moisson, les camions pleins de grain provenant du réseau des agriculteurs multiplicateurs sont dirigés vers les cellules selon le contenu et la qualité. Le grain brut est ensuite ensilé, avant de rejoindre la chaîne de triage. «Il s’agit d’une succession d’appareils : pré-nettoyeur, ébarbeur, calibreur séparateur, colonne densimétrique, cylindres alvéolaires, tables densimétriques… Chacun a une fonction bien spécifique, et écarte la un type d’impureté précis.» Le nec plus ultra de cette chaîne : le trieur optique. «Chaque grain est pris en photo et les moindres défauts sont repérés. Nous parvenons ainsi à écarter les ergots, de plus en plus présents en plaine et pourtant non tolérés pour l’export», assure Étienne Regost. Les 10 à 20 % de déchets sont redistribués aux coopératives. Ces grains, mélangés à nouveau, sont à destination de certaines filières comme l’alimentation animale.

Complexe enrobage de semences
Le grain trié est ensuite ensilé, stocké, et protégé. «L’enrobage des semences est la partie la plus complexe. L’objectif : que chaque graine bénéficie de la même dose, et que l’enrobage soit parfaitement homogène.» La sécurité maximum est assurée. «Il n’y a aucune émanation de produits phytosanitaires de la machine.»
Le tout est ensuite conditionné. Pour cela, Exelience dispose du seul outil de mise en big bag automatisé de France. Les sacs, en rouleau, sont pris un par un par les bras mécaniques. Un courant d’air leur envoie douze millions de graines en quelques secondes, puis chacun est fermé de manière hermétique. Des sacs sont aussi proposés. «Aujourd’hui, les agriculteurs ne comptent plus leurs semences en kg/ha mais en nombre de graines/m2. Ils achètent donc des bigs bags en priorité, et complètent avec des sacs. Cela évite de gâcher.»
Sur chaque contenant, l’étiquette apposée prouve la traçabilité : «on y trouve tous les procédés depuis la parcelle de la semence mère.» À chaque couleur d’étiquette sa protection phytosanitaire. Le tout est enfin stocké puis expédié. Une quarantaine de semi-remorques partent chaque jour, vers les actionnaires d’Exelience, mais aussi vers d’autres groupes français ou européens.

Choisir sa variété : tout un concept
Quelles semences pour quels agriculteurs ? Pour Étienne Regost, c’est du cas par cas. «Choisir une variété, c’est choisir un concept, selon le type de sol, le précédent, la protection, le débouché, etc.» Les éleveurs voudront un blé suffisamment haut pour valoriser la paille, les planteurs de betteraves choisiront une variété tardive, à semer après l’arrachage… Les semences utilisées pour du blé sur blé représentent toujours 12 % des ventes. «On propose donc des graines protégées avec du latitude en enrobage, efficace contre le piétin échaudage.» Certaines variétés sont mêmes produites pour une poignée d’agriculteurs. Ce 10 septembre, de l’Arkeos était justement trié, à destination d’une filière meunerie de la coopérative Noriap.
Les professionnels de la semences ont en fait en tête les trois composantes du rendement : le tallage, soit le nombre de tiges au m2, le nombre de grains par épis et le poids de mille grains (PMG). «Dans nos terres profondes des Hauts-de-France, on privilégie la fertilité des épis et le PMG, alors qu’en terres séchantes, on favorise le tallage.» Ainsi, KWS Extase et Chevignon sont les deux variétés qui se détachent au Nord de France. Ces variétés récentes sont le reflet de l’évolution des modes de production agricoles. «La semence, c’est une voie noble, certifie Étienne Regost. La génétique est le premier levier de la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires.» La source du progrès se trouve donc en partie entre les murs d’Exelience.

* Exelience compte trois sites : en plus de celui d’Avesnes-les-Bapaume (47 000 t), celui du Val-de-Scie (76) est spécialisé en semences de lin (18 000 t) et celui de Vernouillet (78) en espèces secondaires (10 000 t).


Agriculteur multiplicateur : expertise requise

D’un grain naît cinq pieds, qui produiront eux-même cinquante grains. Voilà la base de la multiplication de semences. Chez Exelience, cette étape clé est réalisée par les cinq cent cinquante agriculteurs multiplicateurs (12 700 ha), soumis à une charte stricte. Ceux-ci sèment une semence G4, la semence mère, et doivent être très assidus sur le désherbage et l’homogénéité du semis. L’état sanitaire de la parcelle et la rotation sont également suivis. Il faut dire que les parcelles sont systématiquement contrôlées. Au-delà d’1 ‰ d’impuretés (plante d’une autre variété, hybride naturel, disjonction ou autre aberrant), la pureté variétale ne peut être certifiée.
Bien que la filière soit exigeante, être multiplicateur de semences est intéressant. Ceux-ci bénéficient d’un contrat bien établi et de primes, mais les places sont chères : «Nous avons un taux de fidélité de 99 %, précise Étienne Regost. Il y a beaucoup de demandes, mais peu de places…»



Un cycle en cache un autre

La station Exelience tourne 24h/24 pendant trois mois, de juillet à septembre. «Ensuite, nous passons en travail journalier pour produire de quoi réapprovisionner les agriculteurs qui font un deuxième ou troisième semis. Nous enchaînons sur les cultures de printemps jusque début mars», explique Étienne Regost, le directeur. La maintenance de l’outil est faite en mars et en avril, pour que l’outil soit impeccable pour la moisson. Mai et juin sont deux mois intenses : «nous devons contrôler la pureté variétale pour 13 000 ha de cultures, aux stades épiaison pour les céréales et floraison pour les protéagineux.» Les contrôles sont effectués par le personnel d’Exelience, agréé par le Soc (Service officiel de contrôle et de certification).

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