L'Action Agricole Picarde 13 juillet 2017 à 08h00 | Par Florence Guilhem

Lutte contre le ruissellement et l’érosion des sols dans le Vimeu

Le 7 juillet dernier, la Communauté de communes du Vimeu organisait une visite de tous les ouvrages agro-hydrauliques mis en place à Acheux-en-Vimeu et Miannay.

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Une mare d’expansion sur la commune d’Acheux-en-Vimeu. Capacité d’eau : 150 m2. Une noue à redents a été créée le long du chemin AFR à Miannay.
Une mare d’expansion sur la commune d’Acheux-en-Vimeu. Capacité d’eau : 150 m2. Une noue à redents a été créée le long du chemin AFR à Miannay. - © F. G.

Rien de plus beau à contempler que la nature pour l’homme, mais quand celle-ci se met en colère, l’homme se révèle bien démuni face à elle. Sur les 779 communes qui composent le département de la Somme, plus de la moitié subissent une érosion des sols. Le Vimeu n’y échappe pas avec la nature de ses sols (sols battants), leur occupation et son relief vallonné.
A cela s’ajoute une forte exposition aux épisodes orageux, principalement en périodes printanière et estivale. «Avec son bassin versant et ses cultures de printemps, comme la pomme de terre, le maïs ou la betterave, les sols sont encore plus fragiles», précise Hervé Davion, responsable du pôle de gestion des milieux aquatiques à l’Ameva.
Autre facteur aggravant : la disparition progressive de l’élevage laitier sur le secteur, avec un retournement de prairies plus conséquent, rendant la zone de plus en plus à risque. «On se retrouve désormais avec de très grandes parcelles de 700 mètres de long, avec une seule culture. Conséquence : il n’y a pas de rupture de cultures, et il y a essentiellement des cultures de printemps rendant les sols plus fragiles puisque, à cette saison, ils sont nus», ajoute Christian Magnier, ancien éleveur laitier et maire de Toeufles. Ajoutez un zest de pluviométries de plus en plus courtes, mais avec de grosses quantités d’eau en peu de temps, et vous avez le cocktail idéal pour provoquer des phénomènes de ruissellement et d’érosion des sols sur le territoire.

Les grandes manœuvres
Si des ouvrages hydrauliques se dressent ci et là sur tout le département, dans le Vimeu, cette problématique a été prise à bras-le-corps, il y a plus d’une décennie, par l’ancienne Communauté de communes du Vimeu vert et le Syndicat intercommunal de l’amélioration des écoulements des eaux du Vimeu (SIAEEV). «Ils ont été précurseurs sur le sujet. De fait, ce territoire a été véritablement moteur sur les questions du ruissellement et de l’érosion des sols», relève Hervé Davion. L’ex-Communauté de communes du Vimeu vert a été d’ailleurs la première intercommunalité dans le département à prendre la compétence hydraulique et a initié des travaux, aujourd’hui poursuivis par la Communauté de communes du Vimeu (nouvelle intercommunalité issue de la loi NOTRe).
Un diagnostic avait été établi dès 2003 sur les 8 400 hectares du bassin versant, divisé en vingt-quatre sous-bassins. «Un premier plan de gestion entre 2007 et 2012 avait permis de restaurer des ouvrages hydrauliques présents, de recalibrer 1,2 km de voirie, de consolider 250 mètres de berges, de clôturer 2,3 km de prairies, sans oublier les opérations d’entretien annuelles», rappelle Yves Hautefeuille, vice-président de la Communauté de communes du Vimeu, en charge de l’hydraulique. En 2008, douze ouvrages hydrauliques ont été finalisés sur les communes de Grebault-Mesnil, Ercourt et Toeufles. Un programme intermédiaire en 2014 a été conduit avec l’association foncière de remembrement de Cahon-Gouy pour réaliser 1,6 km de haies, 160 mètres de fascines, 1 000 m2 de bandes enherbées.
Le dernier programme lancé, et achevé en 2016 sur les communes d’Acheux-en-Vimeu et de Miannay, a porté, lui, sur quinze ouvrages : quatre fascines pour 85 ml d’eau, huit haies pour 1 350 ml d’eau avec des essences locales, sept noues pour un stockage de 1 560 m3 d’eau, et trente-deux zones de rétention d’eau pour 4 200 m2 d’eau. Au total, les emprises de ces ouvrages portent sur près de deux hectares à Acheux-en-Vimeu et 800 m2 à Miannay. Coût total des opérations : 220 600 e, dont 23 800 e pour la commune de Miannay. Sur le montant total, plus de 99 000 e proviennent des fonds Feader, du Conseil régional des Hauts-de-France, du Conseil départemental de la Somme et de l’Agence de l’eau, soit 45 %.
Tous ces ouvrages ont un seul objectif : ralentir l’arrivée de l’eau et la dévier, en évitant un débit rapide, vers les prairies afin de protéger les biens et les personnes. Tout sauf un luxe, quand on sait que les villages d’Acheux-en-Vimeu, comme Miannay, ont été inondés régulièrement et ont subi coulée de boue sur coulée de boue, sans oublier l’effondrement de talus sur les routes. Pour les agriculteurs, les dégâts ne sont pas moindres. «Entre l’érosion des sols et le ruissellement, ce sont des pertes de terres que subissent les agriculteurs. Dans les cas extrêmes, cela peut monter jusqu’à 10 t/ha. La moyenne est de 5 t/ha. Avec le ruissellement, tous les fertilisants sont perdus et c’est la meilleure terre qui part, celle qui est en surface. Si on ne fait rien, c’est, à terme, la fertilité des sols qui sera touchée profondément, et donc le volume de production», précise Jérôme Tellier, conseiller agronomie à la Chambre d’agriculture de la Somme (Somea).
Pour remédier à cette situation, ce sont quinze ouvrages qui ont été construits à Acheux-en-Vimeu et trois à Miannay pour freiner le ruissellement et le bloquer. Sont autant traités le versant que le fond du vallon. Pour pouvoir construire ces ouvrages hydrauliques sur les parcelles des agriculteurs, l’association Somea s’est chargée des négociations avec eux. Un troisième programme devrait voir le jour sur d’autres territoires du Vimeu, mais il faudra attendre la fusion définitive des communautés de communes dans ce secteur, soit au 1er janvier prochain, pour que les décisions soient prises et les programmes lancés.



Ouvrages hydrauliques visités :

-  A Acheux-en-Vimeu : en limite à la départementale D 29 : une noue de 0,3 m de profondeur sur 3 m de large avec un merlon sur les trois autres mètres, planté d’une haie sur
305 m sur une emprise de 2 000 m2
- Sur le chemin de Courcelles : une surface d’expansion de 300 m2 créée pour limiter le ruissellement vers la prairie ; en fond de prairie, un renforcement de la haie existante réalisé avec de nouvelles plantations ; un bassin de rétention de 150 m2, sur une emprise de 45 m2, avec un débit de fuite vers le chemin réalisé ; une noue sur une emprise de 1 160 m2 avec, en aval, un bassin de rétention de 130 m2 avec une surverse aménagée sur la prairie ; deux fascines de 20 m implantées en amont de la parcelle ; une acquisition en cours pour une emprise de 444 m2 afin de créer une zone de rétention d’érosion de 200 m3 ; un merlon surmonté d’une haie sur une emprise de 3 400 m2 enherbée ; trois zones enherbées sur une emprise de 10 045 m2 pour recevoir les eaux de l’ouvrage en amont du bassin versant, ainsi que de la voirie communale par la réalisation d’un devers de la chaussée
- Sur la départementale D 65 : une zone de rétention de 205 m3 pour recevoir les eaux de ruissellement venant de l’amont de la voirie départementale. En crête du second bassin, une haie a été implantée ; une fascine en amont de la zone de rétention sur l’emprise départementale pour une longueur totale de 20 m ; plusieurs ouvrages réalisés sur 550 m de longueur (fossé, champs d’expansion, noues à redents)
A l’exception du fossé communal et de la mare, la communauté de communes est propriétaire des aménagements
- A Miannay : une noue à redents sur une emprise de 290 m2 le long du chemin AFR ; une zone de rétention d’une surface de 25 m2 en limite de la voie communale ; une zone de rétention permettant de récolter les eaux de ruissellement de la voie communale et du chemin AFR


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