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Lyme : «Tout le monde peut être concerné par cette maladie»

La maladie de Lyme, ou borréliose, est une maladie transmise par les tiques. Non traitée à temps, elle peut devenir un enfer pour les personnes atteintes. Explications avec le docteur Jérôme Collgros, installé à Mailly-Maillet.

Alors que plus de 50 000 cas sont dépistés chaque année en France, les médecins en dépistent plus de 100 000 en 
Allemagne. Pour les spécialistes de la maladie, les tiques ne s’arrêtent pas à la frontière, mais c’est bien en France 
qu’il existe un problème de dépistage.
Alors que plus de 50 000 cas sont dépistés chaque année en France, les médecins en dépistent plus de 100 000 en
Allemagne. Pour les spécialistes de la maladie, les tiques ne s’arrêtent pas à la frontière, mais c’est bien en France
qu’il existe un problème de dépistage.
© D. R.



Pouvez-vous nous expliquer la maladie de Lyme en quelques mots ?

La maladie de Lyme est une maladie infectieuse d’origine bactérienne. Elle peut être considérée comme une maladie parasitaire, car elle est transmise à l’homme par une piqûre de tique. Ce n’est que quelques jours ou quelques semaines après que peut se développer, en phase aiguë, un érythème (rougeur) migrant (qui change de forme et de taille). Mais il s’agit bien d’une maladie infectieuse chronique, car d’autres symptômes peuvent apparaître tels que des douleurs articulaires, des douleurs musculaires, une fatigue chronique et intense, ainsi que des troubles neuro-cognitifs. Il faut savoir aussi que les douleurs peuvent être caractérisées par des migrations d’une articulation à l’autre, ou d’un muscle à l’autre, par exemple. Mal traitée ou mal diagnostiquée, cette maladie peut devenir chronique, ce qui la rend extrêmement difficile à soigner. Une autre maladie est à signaler, très importante et très invalidante, c’est la babésiose. C’est une maladie parasitaire, qui attaque les globules rouges.

Combien de cas sont recensés en France ?
C’est une épidémiologie qui flambe depuis dix ans. En 2012, 12 000 cas avaient été recensés, puis 30 000 en 2015. Actuellement, 50 000 à 54 000 nouveaux cas sont recensés par an. Il est fort probable que ces chiffres soient sous-évalués, car il y a, d’une part, un problème de dépistage, et, d’autre part, seuls les médecins du réseau de veille sanitaire et les médecins de terrain signalent les cas de maladie de Lyme.

Quelles sont les populations les plus exposées ?
Personne n’est à l’abri. Toutes les populations peuvent être touchées, les jeunes enfants, les adultes, comme les personnes âgées qui ont des pathologies diverses. En fait, toute personne ayant un contact avec l’environnement, à savoir les jardins, les bois, les forêts, la campagne, autrement dit, les espaces naturels, comme les personnes en contact avec les animaux. Agriculteurs, chasseurs, pêcheurs, associations équestres, randonneurs, vacanciers, agents de l’ONF, gendarmes dans le monde rural, vétérinaires, etc. On est étonnés par le nombre de personnes atteintes alors que la maladie de Lyme et les autres maladies vectorielles à tiques sont considérées comme des maladies rares. Force est de constater que c’est faux.

Comment savoir si l’on a été contaminé, et vers qui se tourner pour le savoir ?
Lorsqu’il y a eu une piqûre de tique, il faut surveiller la zone autour de la piqûre. S’il apparaît une rougeur, nommée érythème, de forme circulaire, qui s’accroît chaque jour, ou plusieurs jours ou semaines après, il est indispensable de traiter par antibiotique. Si rien n’apparaît, on peut espérer que cette piqûre ne soit pas contaminante.
En revanche, certaines piqûres ne sont pas visibles (les nymphes, à la base des cheveux, sont très difficiles à observer, par exemple) et l’apparition d’un ensemble de symptômes non expliqués, et qui ne répondent pas à un diagnostic médical précis, peuvent être en relation avec une maladie infectieuse chronique. Plusieurs sphères peuvent être touchées : articulations, muscles, système nerveux, peau, système digestif, système neuro-cognitif. Dans tous les cas, il faut consulter un médecin qui appartient à un réseau de médecins aguerris sur le sujet.

Pourquoi est-ce si compliqué de poser un diagnostic ?
A mon sens, il y a deux grandes raisons à cela : la formation médicale et les tests sanguins. Actuellement, le programme médical universitaire ne forme pas les médecins à envisager qu’il existe des formes chroniques à la maladie de Lyme. Très peu de référents universitaires admettent la possibilité que la maladie de Lyme soit chronique.
De plus, les tests sanguins ne sont pas très efficients, ce qui accrédite la thèse que cette maladie est rare, même si c’est faux au vu des cas recensés et du développement de l’épidémiologie. J’ajouterai à ces raisons, une troisième, celle de la polémique entre les médecins, qui détectent ces maladies, et les sociétés savantes médicales, qui considèrent que ces maladies vectorielles ne sont pas suffisamment implantées dans notre territoire. Tout cela n’incite pas les médecins à se pencher sur la question, ni à ce que soient développées des recherches, au niveau clinique, sur ces maladies. Autre conséquence : il n’y a pas de fonds alloués à la recherche.
Pourtant, le ministère de la Santé a reconnu, le 18 juin 2018, l’existence de cette maladie, nommée le syndrome persistant polymorphe après une possible piqûre de tique (SPPT), et considérée comme un vrai problème de santé publique. Depuis, des recommandations ont été émises. Au niveau de l’internat, cette maladie fait partie des trente maladies prioritaires à traiter dans le cadre de la santé publique. En dépit de cela, pour le milieu hospitalo-universitaire, ces maladies ne sont pas prioritaires.

Comment peut se soigner une personne qui découvre qu’elle est atteinte de la maladie ?
Pour éviter toute errance médicale, il est préférable de se rapprocher d’un professionnel de santé en lien avec ces problématiques, comme des associations de patients atteints de la maladie de Lyme, qui sont de bon conseil et peuvent mettre les patients en relation avec les médecins. Si le diagnostic est posé à temps, un traitement anti-infectieux de trois semaines suffira dans la plupart des cas.

Comment prévenir les piqûres et comment réagir face à une piqûre ?
La première recommandation est la tenue vestimentaire. Que ce soit dans son jardin ou en balade dans un espace naturel, il vaut mieux éviter les shorts et les chaussures ouvertes. Le port d’une casquette est aussi conseillé, car les tiques ne sont pas seulement dans l’herbe. L’usage de répulsifs, à base d’huiles essentielles, à appliquer sur la peau ou sur les vêtements, est aussi conseillé. On peut aussi prendre des préparations à base d’huiles essentielles (tea tree, eucalyptus, lavande, cannelle, etc.). Quelques gouttes, matin et soir, suffisent.
Si l’on découvre une tique sur sa peau, il ne faut rien mettre sur elle. Il faut la retirer avec un tire-tique, sans l’arracher, puis on désinfecte avec des huiles essentielles comme du tea tree sur la zone de piqûre. Ensuite, il faut observer ce qui va se passer. Si rien ne se passe au niveau local, c’est qu’aucune infection n’est présente. Dans le cas contraire, si un érythème apparaît, il faut consulter tout de suite.

Quels sont les traitements qui peuvent être appliqués ?
Les antibiotiques peuvent être utilisés, mais pas en permanence, pour éviter l’émergence de résistance à ces médicaments et la perte de leur efficacité. Après deux à quatre semaines d’antibiotiques, on peut associer le traitement avec des plantes aux vertus anti-infectieuses sur la maladie et les co-infections. Ainsi, des compléments alimentaires, l’aromathérapie ou la phytothérapie permettent de poursuivre ce traitement plusieurs mois.

Pourquoi la France est-elle si en retard sur le sujet ?
Le paradoxe, c’est que l’on s’intéresse plus, dans notre pays, aux maladies exotiques qu’aux maladies vectorielles. Il y a aussi ce problème de reconnaissance au sein du milieu hospitalo-universitaire et des sociétés savantes médicales qui entrent en ligne de compte. D’autres raisons expliquent sans doute ce retard, mais j’avoue avoir du mal à les comprendre. Pourtant, il faut avoir conscience que tout le monde peut être touché par cette maladie liée à l’environnement, soit à toutes les activités humaines dans la nature, et transmissibles de la mère à l’enfant par le placenta, comme par les animaux. Sa reconnaissance et sa prise en charge sont donc impératives pour éviter l’errance médicale, car l’épidémiologie se développe. C’est un vrai problème de santé publique.


Conférence sur les maladies vectorielles à tiques

Cette première conférence-débat sur ces maladies (borréliose ou maladie de Lyme), babésiose, bartonellose, encéphalite à tiques et autres co-infections) est organisée par le comité d’informations cantonal d’Acheux-en-Amiénois, avec le concours de la Fédération française des maladies vectorielles à tiques (FFMT).

Intervenants : docteur Raouf Ghozzi (infectiologue, FFMT), professeur Alain Traumann (immunologiste, directeur au CNRS), docteur Hugues Gascan (immunologiste, directeur d’Inserm) et Agnès Caubert (présidente de France Lyme). La conférence sera suivie d’un débat et de témoignages d’intervenants locaux.

Rendez-vous à la salle des fêtes de Mailly-Maillet, le samedi 16 février, à 14h. Entrée gratuite.

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