L'Action Agricole Picarde 12 septembre 2018 à 15h00 | Par Florence Guilhem

Main-d'œuvre saisonnière : opération recrutement dans les vergers du domaine de Moismont

Le 6 septembre, Bernard Nicolaï, arboriculteur à Vron, organisait une réunion pour recruter des saisonniers dans le cadre du lancement de la cueillette des pommes et des poires sur son exploitation.

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Avant même l’heure de la réunion, les candidats saisonniers se massaient devant l’entrée de l’exploitation de Bernard Nicolaï, au lieu-dit Domaine de Moismont, à Vron.
Avant même l’heure de la réunion, les candidats saisonniers se massaient devant l’entrée de l’exploitation de Bernard Nicolaï, au lieu-dit Domaine de Moismont, à Vron. - © © F. G.



Trouver de la main-d’œuvre saisonnière est un véritable casse-tête chinois, pour ne pas dire mission impossible aujourd’hui, en cette saison de vendanges et de cueillette des fruits d’automne. Bernard Nicolaï est bien placé pour le savoir. Arboriculteur au lieu-dit Domaine de Moismont, à Vron, sur l’exploitation familiale, il doit faire face chaque année à cette épineuse question, comme aux défections d’une partie des troupes saisonnières. «
L’an dernier, sur cent saisonniers embauchés, un sur quatre a jeté l’éponge en moins d’une semaine», raconte-t-il. Comment enrayer cette difficulté et trouver, de surcroît, de la bonne main-d’œuvre et locale.
L’arboriculteur décide de changer de braquet, en communiquant par voie de presse, radio et réseaux sociaux dès l’été. Le lancement de son opération «réveil musculaire» pour les cueilleurs fait le buzz, dix minutes d’échauffement obligatoire avant le temps de travail, pour aider le corps à mieux supporter les efforts qui l’attendent. Si beaucoup ont souri et commenté cette initiative, la greffe prend cependant, puisque le Domaine de Moismont se fait connaître. A la suite de cela, l’exploitation reçoit d’ailleurs plus de mille appels de candidats pour la saison. Il faut cependant aller plus loin pour que ces derniers aient conscience de la difficulté de la tâche.

Opération réussie
Un autre round est donc organisé, avec une réunion publique, le 6 septembre, sur l’exploitation. «Les candidats doivent comprendre que la cueillette, c’est compliqué, mais aussi l’aboutissement de leur travail. Cela nécessite de la résistance physique, mais aussi un savoir-faire. Pour que tout soit clair pour eux et éviter les problèmes de défection, j’ai pour habitude de leur poser la question suivante : achèteriez-vous la pomme que vous allez cueillir en magasin ? Cela provoque normalement un déclic»,commente-t-il. Au programme de la réunion : présentation de l’exploitation, du travail de la cueillette, projection d’une vidéo, puis entretien d’embauche, en version speed dating, pour un travail rémunéré au Smic horaire.
6 septembre, peu avant 14h sonnantes, lieu-dit Domaine de Moismont : plus de trois cents personnes patientent à l’entrée de l’exploitation, CV en main ou en poche. La plupart viennent de la Somme et du Pas-de-Calais, département voisin. Les autres n’ont pas hésité à faire la route de Normandie et du Nord pour déposer leur candidature. Tous les âges et sexes sont représentés. Certains sont des habitués, d’autres fraîchement débarqués. Quelques groupes se constituent et discutent entre eux discrètement.
Une fois la stupeur passée devant cette «marée» humaine, Bernard Nicolaï donne le coup d’envoi de la réunion, accompagné de son chef de cultures, de la responsable qualité et de la responsable administrative. Juché sur des palox, dans un entrepôt faisant office de la salle de réunion pour l’occasion, il présente rapidement son exploitation intégrée au label vergers écoresponsables, puis le travail des saisonniers, ce qu’il attend d’eux, avant de projeter un film sur la cueillette, puis son conditionnement et sa transformation. La présentation sera renouvelée à trois reprises, l’entrepôt ne pouvant accueillir tout le monde.

Qualités requises
A l’instar d’un capitaine d’équipe, l’arboriculteur égrène les valeurs importantes auxquelles les candidats doivent impérativement adhérer pour être recrutés : l’écoute active, l’esprit d’équipe, le sens des responsabilités, la réactivité et la productivité (150 kg/h, soit dix bacs à remplir en une heure de cueillette), le respect des heures. «On doit être une équipe pour réussir, un peu comme l’équipe de France. Sans un esprit collectif, elle n’aurait jamais remporté la Coupe du monde. Sachez aussi qu’ici, il n’y a pas de problèmes, mais seulement des solutions, et que personne ne travaille individuellement», explique Bernard Nicolaï à la cantonade.
Et d’insister ensuite sur la productivité : «Pour être cueilleur chez moi, il faut cueillir 150 kg par heure au minimum. Je sais que la cadence n’est pas facile, mais ce n’est pas non plus une demande folle. Si j’insiste sur ce besoin de productivité, c’est qu’en dessous des 150 kg/h, soit 1,5 à 2 tonnes par jour, on perd de l’argent. Or, ni vous, ni moi ne sommes là pour en perdre.» Autre critère d’importance : ne pas souffrir du vertige à l’heure d’aller cueillir les pommes sur les branches les plus hautes. S’il fallait encore ajouter un point, c’est, bien sûr, le respect attendu de la part des saisonniers pour l’environnement, qu’il soit de leur travail ou dans les vergers.
Autant de critères qui résument en fait ce que doit être un bon cueilleur. A cette question, l’arboriculteur répond : «C’est quelqu’un qui est à l’heure, qui a un esprit d’équipe, ainsi qu’une bonne cadence de travail, qui cueille avec soin les fruits, et qui saura motiver et aider ses coéquipiers quand ils auront un coup de fatigue, le tout dans la joie et la bonne humeur
La joie et la bonne humeur, la plupart en faisaient preuve ce jeudi dans la cour de la ferme, en attendant de passer leur entretien express. Certains cependant repartaient contrariés, ne pouvant candidater faute de moyens de transport. «Nous travaillons actuellement avec la Région pour mettre en place un transport collectif, qui permettrait à ceux qui veulent travailler, mais sans véhicule ou deux-roues de pouvoir rejoindre l’exploitation. Mais le dossier n’a pas avancé assez vite pour le moment. Je ne désespère pas de pouvoir mettre en place cette option la saison prochaine», indique Bernard Nicolaï.
Avec une campagne qui démarre plutôt bien, un tonnage correct et des fruits sucrés - même s’il manque un peu de calibre du fait de la sécheresse - et un recrutement de saisonniers qui devrait rouler, l’arboriculteur peut déjà se frotter les mains. La récolte du jour a été bonne : 289 CV ont été déposés.

- © AAP

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